A qui profite le statu-quo?
L’été, consumé à moitié déjà, est annonciateur d’une rentrée agitée si les choses ne bougent pas sérieusement. En 1988, les services chargés de prévenir les séismes sociaux avaient tiré, à plusieurs reprises, la sonnette d’alarme et attiré l’attention des responsables sur une implosion de la société qui sourdait. Ces avertissements n’avaient pas été pris en compte et la vie reprit son cours, plusieurs morts plus tard, sans que des correctifs aient été apportés. Cette situation permit à d’autres d’occuper le terrain et bâtir une crédibilité qui échappa à des autorités réconfortées par l’intervention de l’armée qui calma, momentanément la rue.
La malvie, l’augmentation subite de denrées alimentaires de base, la démission des responsables convaincues que les signaux les avertissements des services compétents étaient alarmistes et injustifiés et un pouvoir d’achat qui s’érodait dangereusement sous les coups de boutoirs d’une crise économique impitoyable due à la chute vertigineuse des prix du baril, caractérisèrent l’été 1988. Une décennie de sang et de violence plus tard, la barre a été redressée et l’espoir revint. L’Algérie échappa de justesse à une tentative d’Afghanisation et la République faillit sombrer dans un khalifa moyenâgeux et rétrograde qui n’allait qu’aggraver les problèmes qui existaient. S’il est réconfortant de constater que le pays s’éloigne de la zone d’instabilité politique, l’été 2007 est annonciateur de dangers sociaux. Beaucoup a été fait pour rattraper les travers d’une gestion qui a renvoyé le pays des années en arrière avec en prime le déversement violent d’une rancœur trop souvent refoulée par une génération qui préférait, plutôt, supporter des difficultés que de s’exposer à une insécurité qu’ils étaient loin d’imaginer atteindre l’horreur vécue. Avec le retour à une vie normale, les Algériens -la nouvelle génération- ont redécouvert l’exclusion, la pauvreté, le chômage, et pire, une corruption assassine. Certains préférèrent fuir, en optant pour l’immigration choisie ou clandestine, d’autres continuent de résister. La patate devient un produit de luxe, les autres légumes, les fruits, le poulet et les laitages ont fui le couffin des citoyens de la classe moyenne qui disparaît et la viande n’est qu’un lointain souvenir. Septembre frappe, déjà, à nos portes. La rentrée scolaire, le mois de ramadhan et l’Aïd el Fitr sont synonymes de dépenses -et d’augmentations- supplémentaires et donnent des cauchemars aux pères de familles. Que faudra-t-il faire pour contenir la crise qui se profile? Les syndicats se «réunissent» et les responsables accusent en aval des spéculateurs. Les riches s’enrichissent et les couches défavorisées s’étendent, élargissant un fossé qui consacre une fracture à tous les niveaux. Seul le Président, qui aurait dû légitiment goûter à un repos mérité, est encore dans l’arène. Que se passe-il et à qui profite cette situation? La session exécutive de l’UGTA qui s’est tenu à Boumerdès parviendra-t-elle à contenir, sans trop de casse, le bouillonnement d’un front social plus que jamais décidé à en découdre faute de voir ses revendications aboutir? Le pacte économique et social, signé l’année dernière ne devait-il pas éviter ce genre de situations?
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com