Pourquoi El Hedda ?
L’Espagne est en train d’en-registrer un dramatique re-cord en matière d’émigration clandestine. A mi-chemin de l’année en cours, le nombre des candidats au Paradis européen a largement dépassé celui enregistré en douze mois l’année dernière, et pulvérisé le triste record établi en 2002. Des centaines de cadavres balisent la voie des Iles Canaries, après que la surveillance autour des barbelés-frontières de Melilla ait été encore renforcée. La route vers l’île italienne de Lampedusa n’est pas moins fréquentée et apporte, elle aussi, son lot de cadavres.
Moins dramatique, parce que moins médiatisée ou parce que les Algériens sont mieux lotis, l’émigration clandestine algérienne n’est pas en reste. Des milliers de jeunes s’évadent chaque jour du pays. En pensée ou en acte. Ils rêvent de traverser la grande bleue et se voient de retour, l’été d’après, au volant d’une voiture, une blonde assise à côté. Il est difficile de savoir si ces projets sont bâtis pour réaliser un rêve ou pour montrer que ces jeunes sont capables du meilleur, pour peu que l’occasion leur est donnée de tenter leur chance.Certains imiteront leurs collègues subsahariens en courant l’aventure à l’aide de moyens plus sophistiqués; d’autres en embarquant, dans des conditions inhumaines, dans le premier rafiot en partance; d’autres, encore, en se shootant. Mais les plus malins ont eu la main heureuse en acquérant une carte de résidence, et peu importe à quoi ressemble la mariée. C’est l’incroyable destin qu’a choisi un jeune de 27 ans, sans diplôme et sans niveau, qui vient d’épouser une divorcée émigrée de 40 ans, mère de 4 enfants dont deux sont handicapés et qui, espérant marier sa fille de 20 ans, se retrouva, elle-même, en robe blanche.
Pourquoi un tel gâchis? Si des jeunes en sont arrivés à de tels extrêmes, c’est qu’il y a problème. Que des Subsahariens fuient les guerres civiles et la misère qui minent leur existence, est plus ou moins compréhensible. Que les enfants d’un pays, que ces mêmes subsahariens voient en Eldorado, fuient le leur l’est moins. Où se situe la ligne de fracture? Dans l’entêtement d’une jeunesse, éblouie par des images venues du ciel, à vouloir vivre l’européen dream? Dans le manque de possibilités locales? Ou dans l’étroitesse d’esprit des chéfaillons intermédiaires, pour ne pas dire plus haut dans une hiérarchie gangrenée? En attendant, c’est le corps d’un être humain décapité qui vient d’être pris dans des filets d’un bateau de pêche. Encore un rêve brisé, en attendant de retrouver la tête consommée par des poissons sans âme.
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com