Un ghetto en cache un autre
Le même scénario se répète à chaque fois que des familles bénéficient de logements neufs. Des citoyens émus déclarent aux caméras de télévisions qu’ils viennent de (re)naître, des vieilles qui affirment avoir vécu des décennies dans les bidonvilles que rasent des bulldozers et les objectifs balaient des immeubles, exhibant des logements flambant neuf. Le rituel se répète depuis des lustres, donnant l’impression que le pays sort d’une guerre civile. Ces opérations de relogement de familles démunies sont, souvent l’occasion, pour des opportunistes, de parader sous les feux des projecteurs, et faire des déclarations comme s’ils étaient les initiateurs des projets immobiliers, alors que dans beaucoup de cas ils ont été responsables des lenteurs enregistrées et des désordres que crée la distribution des logements.Cent familles qui croupissaient dans le plus ancien des bidonvilles du pays, celui de Bourouba dans la capitale, viennent de «renaître». Une façon pudique de dire qu’elles redeviennent des êtres humains. Le ghetto de Boummezar a été érigé en 1932, selon ceux qui arrivèrent les premiers. Il est difficilement croyable que, depuis l’indépendance du pays il y a plus de 44 années pour ne prendre que cette référence, aucun responsable n’ait songé à ces pauvres hêtres. Des citoyens qui brûlaient sous la fournaise des tôles et qui gelaient l’hiver au moment où l’on dilapidait les devises et endettait le pays pour importer des bananes et du gruyère et distribuait des traveller’s chèques pour jouer aux touristes. Une opération destinée à masquer le détournement de sommes colossales en dollars, des crimes que les citoyens sont en train de payer jusqu’à ce jour. Que cesse ce cirque qui veut que des responsables locaux ameutent tout le pays en ramenant l’ENTV pour humilier leurs compatriotes en les montrant nus dans leur misère intime.
S’il s’agit du programme du président de la République qui a décidé d’éradiquer les bidonvilles comme le soulignent les opportunistes qui font tout pour apparaître face aux caméras, qu’ils fassent leur boulot honnêtement et épargnent à leurs congénères d’être montrés comme des bêtes qui viennent d’accéder à un nouveau statut. Car à ce rythme, bientôt l’on verra sur nos écrans de télévision des jeunes universitaires -que les vicissitudes de la vie ont transformés en hittistes- pleurnicher et assurer qu’ils renaissent parce qu’ils viennent de décrocher un emploi. L’acquisition d’un logement est une belle chose. En Algérie, cependant, le plus dur reste à venir avec les coupures d’eau, d’électricité, les ordures qui s’amoncelleront et la clochardisation ambiante. Ce qui transformera les jolies cités en bidonvilles, à la différence que le béton aura remplacé la tôle.
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Miloud Hor
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com