11.000 importateurs jettent l’éponge
Le gouvernement a lancé une série de réformes financières concernant les importations dans le but d’améliorer la productivité et de réduire la contrebande. Qu’en est-il sur le terrain?
Sur le court terme, ces mesures risquent d’entraver l’activité économique du pays, du fait de sa dépendance envers les importations. L’Algérie importe en effet des produits alimentaires, céréales et blé, des biens de consommation, des produits chimiques, des médicaments et des boissons. Les principaux fournisseurs de l’Algérie durant les six premiers mois de l’année ont été la France (2,2 milliards de dollars), l’Italie (958 millions de dollars), la Chine (722 millions), l’Allemagne (710 millions), les Etats-Unis (655 millions) et l’Espagne (519 millions). Les importations augmentent aussi sensiblement en provenance du Moyen-Orient et surtout de l’Asie. Ce secteur a explosé au début des années 90, avec plus de 45.000 importateurs présents sur le marché, mais a été bousculé depuis que le gouvernement, en l’an 2000, a commencé à vouloir brider les activités illicites.
Les réformes financières, introduites en septembre 2005, ont placé d’importantes restrictions sur les importateurs. Selon des données récentes, les importations algériennes ont baissé de plus de 4% durant les six premiers mois 2006, une étape que le gouvernement estime toutefois inévitable pour le développement du pays. Le gouvernement a lancé cette réforme pour mettre fin à des années de volatilité et de désordre dans le secteur des importations. Le changement de loi a créé un cadre légal qui régule les biens franchissant les frontières et entrant dans les ports algériens. Les observateurs insistaient depuis longtemps sur la nécessité de réguler les importations. En raison de l’instabilité des années 90, époque de la «tragédie nationale», les contrôles étaient réalisés par l’Etat. Le marché était inondé de produits contrefaits, les entreprises utilisaient de fausses déclarations, les importations étaient gérées sans autorisation ni adresse. Les produits contrefaits, produits alimentaires et médicaments ayant dépassé les dates de consommation présentaient par ailleurs un risque sanitaire pour les consommateurs algériens. L’instabilité causée par ce que l’on appelle l’économie «trabendo» ou de contrebande a donc rendu cette réforme nécessaire. Celle-ci pose toutefois de nombreux défis aux importateurs. La principale mesure exige en effet d’une entreprise un capital social initial d’au moins 20 millions de dinars algériens. L’article 13 de la loi des finances commerciales, qui pose également problème, force les individuels à fonder des entreprises spécialisées afin de pouvoir importer et vendre en Algérie des matières premières. Les conséquences de cette réforme sont importantes. Le secteur des importations, qui a connu une croissance irrégulière depuis dix ans, a été ébranlé. Selon une récente enquête du Centre National de Registre du Commerce (CNRC) rendue publique au début du mois d’août, plus de 11.000 entreprises d’import ont été contraintes à quitter le secteur en moins d’un an. 749 autres ont été créées et l’on compte plus de 2.750 augmentations de capital de sociétés existantes dans le but d’atteindre le niveau de capital requis. La campagne lancée en 2005 pour réorganiser et stabiliser le secteur a eu d’autres résultats importants. De nombreux importateurs illégaux ont été identifiés. Ainsi, dans la région d’Oran, 1.150 importateurs ont été signalés sur 2.633 enregistrés au centre national de registre du commerce, mais seuls 150 ont pu être localisés à ce jour. Selon le département de lutte contre la fraude et les autorités algériennes chargées des taxes, le chiffre d’affaires des importations réalisées sur le marché noir atteint 450 millions de dollars. Malgré la baisse des importations, l’Algérie profitera de ces réformes financières sur le long terme. Les réformes les plus importantes fourniront un cadre légal qui permettra de stimuler les importations à mesure que le marché s’adaptera. Cette étape concrète dans la mise en place d’une régulation du secteur illustre la volonté du gouvernement de créer un environnement favorable aux investissements étrangers et à la croissance économique.
Réda Amarni
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com