Alger - Revue de Presse

Grâce à Yassir Benmiloud, Boualem Sansal et feu Saïd Mekbel L'actualité algérienne est toujours présente dans l'édition française



En ce début d'année clémente, au point de vue climatique, l'édition française, concentrée à Paris, continue à publier les textes, souvent de valeur, des écrivains algériens. En ce moment, on peut trouver dans les nombreuses librairies de la capitale française trois livres dignes d'intérêt. Deux romans et un livre d'entretiens: «Le Village de l'Allemand» de Boualem Sansal (1), «Commissaire Krim» de Yassir Benmiloud (2) et «Saïd Mekbel, une mort à la lettre» de Monica Borgmann (3). Dans son cinquième roman, Boualem Sansal met en scène deux frères, nés en Algérie, d'un père d'origine allemande et d'une mère algérienne. Les frères Schiller écrivent, chacun, un journal pour raconter leur douleur de vivre. Leur père les a envoyés dans la banlieue parisienne où il n'est pas toujours facile de s'en sortir. L'un d'eux, Rachel, devient un cadre supérieur dans une multinationale, épouse une belle Française avant de se suicider quand il apprend le passé trouble de son géniteur. Hans Schiller avait fait partie des troupes nazies avant de rejoindre le FLN de la Guerre de Libération et avant de s'établir dans un patelin perdu des Hauts Plateaux algériens à l'indépendance. Mais en 1994, il est égorgé par les groupes islamistes; sa femme et une partie de son douar font partie des victimes. L'autre, Malrich, n'a pas le niveau de son frère mais il tente de comprendre le parcours et le geste de son aîné. Avec le «Village de l'Allemand» ou le «Journal des frères Schiller», Boualem Sansal n'a pas écrit son meilleur livre mais il pourrait recevoir le prix Goncourt, au mois d'octobre prochain. Le thème de la Shoah, cette terrible injustice, focalise souvent les regards de l'intelligentsia parisienne. Il y a aussi dans ce nouveau roman de l'auteur du «Serment des barbares» cette comparaison exagérée entre l'islamisme et le nazisme. Ce genre d'excès plaît également au microcosme intellectuel parisien. Ecrivain de talent, au style truculent et parfois déroutant, Boualem Sansal a déjà eu les faveurs de la presse française pour sa dernière fiction: grande interview dans le «Nouvel Observateur», article élogieux et en Une dans «Le Monde» des livres. Yassir Benmiloud, quand à lui, s'initie au polar dans son nouveau roman, intitulé «Commissaire Krim». C'est l'histoire d'une beurette étranglée en banlieue parisienne. Le Commissaire Krim et son équipe partent à la recherche du criminel et embarquent le lecteur dans un délire imprévisible et colorié. Mais il y a trop de légèreté dans ce texte, écrit, semble-t-il, à la va-vite. Yassir Benmiloud est pourtant plein de créativité et son avant-dernier roman «Allah superstar» avait été vendu à plus de 50.000 exemplaires. Ce qui n'est pas peu. Sous un autre registre, les entretiens de Monika Borgmann, journaliste et cinéaste allemande reconnue, avec feu Said Mekbel, sont, à bien des égards, émouvants. C'est en décembre 1993 que Monika Borgmann discute avec celui qui était alors directeur du quotidien «Le Matin». Une année après, en décembre 1994, l'auteur du fameux billet «Mesmar Djeha», était assassiné à Alger. Saïd Mekbel s'exprime dans ce livre avec beaucoup de sincérité. La sincérité et la lucidité de celui qui savait qu'il allait mourir mais qui avait tenu à se battre jusqu'au bout. - 1. «Le Village de l'Allemand» ou le «Journal des frères Schiller» de Boualem Sansal, éditions Gallimard, 2008. - 2. «Commissaire Krim» de Yassir Benmiloud, éditions Grasset, 2008. - 3. «Saïd Mekbel, une mort à la lettre» de Monika Borgmann, éditions Téraèdre et Dar el Djadid, 2008.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)