«Les réalisations ne doivent pas être une fin en soi, il faut leur
assurer l'entretien et la maintenance», avait exigé le président de la
République en juillet 2008.
En cette date, le chef de l'Etat avait prononcé un discours devant
l'ensemble des responsables des collectivités locales à la coupole Mohamed
Boudiaf du complexe du 5 Juillet. Bouteflika avait mis dos à dos gouvernement,
collectivités locales et populations, leur reprochant ainsi de laisser à
l'abandon le pays. Ce laisser-aller est, pour lui, «un problème national, ça ne
relève pas du gouvernement, des walis ou des communes, c'est un mal global !»
Les universités, les hôtels et «le reste est pareil», a-t-il généralisé. «Nous
sommes dans un curieux pays !», avait-il affirmé.
Curieux pays, en effet, où la
gouvernance se pratique à coup de reproches cycliques, avec en bout de course
des communiqués déconnectés de la réalité. C'est ce que l'on pourrait tirer de
prime abord des auditions que le président de la République a pris l'habitude
de faire durant le Ramadhan de chaque année. «Pourquoi des auditions des
ministres pendant le Ramadhan ?», interrogeons-nous. «Juste pour faire voir
qu'on travaille durant un mois où l'effort se disloque», répond-on du côté d'El
Mouradia. Jusque-là, rien ne renseigne de l'utilité de telles auditions si ce
ne sont les communiqués qui les sanctionnent et par lesquels il est juste
rappelé la lourdeur des montants dépensés pour la construction
d'infrastructures diverses. Ceci est valable pour l'ensemble des secteurs
d'activités. L'on remarque ainsi que les ministres ne font que rappeler au
président les montants que lui-même leur a alloués pour la réalisation de son
programme. Lui aussi se contente de prendre acte de ces rappels. De temps à
autre, des bribes de ces auditions sont rapportées par la presse pour faire
savoir que tel ou tel ministre a été blâmé par le président. Sans plus.
Un gouvernement
maniable et corvéable
En auditionnant ses ministres,
Bouteflika ne cherche pas à se mettre en position d'arbitre mais de contrôleur
de la gestion des affaires de l'Etat et du service public. Mais il ne s'en
donne pas les moyens nécessaires. Il ne les demande même pas. En effet, on ne
l'a pas vu exiger de ses ministres de lui recenser les problèmes qui minent la
collectivité, de constituer des commissions pour leur trouver des solutions et
de lui en faire état pour qu'il arbitre et tranche. Les communiqués rendus
publics au lendemain d'une audition n'en font pas, en tout cas, état. Comme il
l'a été rapporté, le président a donc attendu le Ramadhan pour demander à son
ministre du Commerce de régler le problème de la hausse des prix. Pourtant,
tout au long de l'année, le marché local a connu des flambées de prix
auxquelles ni le ministre du Commerce ni celui de l'Agriculture n'ont trouvé de
solution. L'exemple n'est pas unique. Tous les ministres qui ont été
auditionnés jusque-là ont évité d'exposer au président les problèmes qui
restent en suspens au niveau de leur secteur.
En ces périodes où des
changements de personnels apparaissent, les membres du gouvernement semblent
chercher plutôt à rester dans les bonnes grâces du président. Lui-même ne
semble pas en demander plus ou autre chose. D'ailleurs, il s'est toujours
accommodé d'un gouvernement qu'il aime maniable et corvéable, incapable de lui
apporter la contradiction. Qu'il les rabroue, violemment, en public ou en
privé, à tort ou à raison, les ministres ou autres responsables au sommet de
l'Etat n'auront pas ce courage de se défendre ou de s'en démettre
volontairement. Il faut croire que Bouteflika trouve un malin plaisir à
reprocher à tout le monde la panne du pays. Pourtant, il en serait en premier
responsable si par ces auditions il voudrait montrer à l'opinion publique qu'il
suit pas à pas le travail de ses subalternes. «Nous avons pris un chemin qu'on
croyait nous amener au paradis, on s'est rendu compte que ce n'était pas ça.
Donc, on change, on ferme, je dis qu'il y a des règles, il faut les appliquer
!», avait-il affirmé encore en juillet 2008 à propos de l'ouverture du marché
algérien aux étrangers. C'est donc lui qui décide d'ouvrir et c'est lui qui
décide de fermer le pays.
«Une présence aux nombreux non-dits»
Et comme «les affaires» de l'Etat
sont imbriquées les unes dans les autres, Bouteflika a bien décidé de refermer
la parenthèse du «qui tue qui ?» ouverte récemment par les révélations d'un
général français sur l'assassinat des moines de Tibhirine. Dans son dernier
discours lu par Belkhadem à l'occasion de la journée du moudjahid, Bouteflika a
tenu à rendre hommage à l'armée pour sa lutte contre le terroriste ainsi qu'à
l'ensemble des services de sécurité. Un terrorisme qui, a-t-il dit, «tue au nom
de l'islam (...)» Une précision qu'il a certainement voulu à l'adresse de ceux
qui accusent l'armée. Il place ainsi la réhabilitation de l'armée parmi «les
choix stratégiques du pays». A ce propos, le DG de la sûreté nationale, en plus
de ses nombreuses sorties sur le terrain, en a fait une autre, celle-là
médiatique où il a longuement parlé de sa participation à la révolution mais
aussi dans la lutte antiterroriste. «Une présence aux nombreux non-dits»,
disent des observateurs. Ali Tounsi ou «Si El Ghouti» semble avoir retrouvé
toutes ses marques après un net repli dû, disent des sources sûres, à des
clivages avec sa tutelle. Une tutelle qu'on voudrait bien donner, ces jours-ci,
en baisse d'indice de sympathie auprès d'El Mouradia.
L'audition par le président du
ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales est très
attendue par certains cercles qui pensent que les choses ont bien changé depuis
peu. Ceci, «depuis que la création d'un super ministère de la sécurité de
l'Etat a commencé à faire son chemin», rappelle-t-on. Des cercles qui remettent
au goût du jour la création du parti de Saïd Bouteflika en prévision de probables
changements qui risqueraient d'intervenir au niveau de diverses
responsabilités. Compromis ou jeux d'intérêts redéfinis ? Nouredine Yazid
Zerhouni à Paris comme ambassadeur ? Le microcosme algérois (re)pose la
deuxième interrogation dans la lignée de la première. «Lui-même l'aurait
demandé pour qu'il puisse se soigner sans avoir à se déplacer constamment»,
soutient-on. L'incompatibilité de son humeur avec celle de son ministre délégué
Daho Ould Kablia - qu'on dit grandissante - ferait de lui, ces temps-ci, «le
ministre qui a commencé à regarder de haut bien du monde». Après avoir été
donné en totale «complicité» avec Bouteflika, on dit aujourd'hui de Zerhouni
qu'il aurait perdu de son aura. Des langues (re)commencent à se délier pour le
donner partant.
Le dossier Barkat et Saïdani
aussi refait surface. Notre confrère El Khabar El Ousbouii s'en est fait
l'écho. Ce n'est pas la première fois que la presse l'intercepte. Mais
curieusement aucune autorité ne s'en offusque. Pourtant, dans un Etat de droit,
la justice doit dans pareil cas s'autosaisir. «Il va sans dire que ceux qui
dilapident les deniers publics, trahissent la confiance (...), sont sans
scrupules ni conscience», a déclaré le président à l'occasion de la journée du
moudjahid. On l'a aussi entendu dire en juillet 2008 «on dit souvent, regardez
la voiture qu'il a achetée, la maison qu'il a construite, alors il a volé. On
ne s'aime pas les uns les autres, les Algériens se détestent entre eux.» Parce
que, avait-il suggéré, «d'où tu détiens ça, ça doit être demandé à tout le
monde». Fallait-il simplement que l'on s'aime pour que l'Etat se serait érigé
en moralisateur de la vie publique par la force de la loi ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com