
Avez-vous remarqué la pénurie de calendriers au fil du temps ' Cette année, sans l'artiste Mustapha Adane qui m'a fait parvenir le sien (et je l'en remercie ici), je n'en aurais pas vu un seul. Est-ce un effet de la dictature des mobiles qui monopolisent des fonctions assurées auparavant par plusieurs objets, à l'image des montres dont la mort semble programmée ' Est-ce parce que le temps n'a plus de valeur dans notre société où les rendez-vous sont aléatoires et les échéances déchues d'avance ' Ou est-ce un effet des restrictions budgétaires motivées par la crise ' Dans une circulaire sur les dépenses superflues émise en septembre dernier, le Premier Ministre avait inclus les cadeaux de fin d'année.Il n'avait pas cité à notre connaissance les calendriers qui, jusqu'à nouvel ordre, sont des instruments de travail et d'organisation de la vie présentant l'avantage d'être exposés en permanence sous nos yeux. Mais, après tout, pourquoi préserver ces bouts de carton et de papier si on les considère seulement comme des imageries décoratives 'La culture du temps est sans doute l'un des pans les plus importants et les plus sensibles de la culture dans sa globalité. Il ne s'agit pas de l'art, qui dans la diversité de ses disciplines a produit d'innombrables ?uvres sur le sujet, depuis l'écoulement des minutes jusqu'au mythe de l'éternité. Non, la culture en tant que vision et comportement, représentations et pratiques. Toutes les civilisations, nations et sociétés peuvent être caractérisées par leurs façons de mesurer le temps et de l'utiliser.Se mêlent là dedans une dimension idéologique, des questions pratiques et des volontés de contrôle. Ainsi, en 1925, le régime fasciste de Mussolini en Italie, avait créé une organisation intitulée l'?uvre nationale du Temps Libre, chargée de «soigner l'élévation morale et physique du peuple». A travers d'innombrables activités, elle veillait justement à ce que les citoyens n'aient pas de temps libre ! Car moins on dispose de temps, moins l'on peut penser.C'est à Rome encore que fut écrite cette phrase profonde que nous devrions méditer : «Le temps de la réflexion est une économie de temps». Son auteur est l'un des premiers migrants syriens de l'histoire. Pris en esclavage dans son pays, c'est par son cerveau brillant qu'il s'est affranchi de son joug, devenant un des plus prestigieux auteurs latins de l'Antiquité. Il se nommait Publius Syrus.Il m'a fait penser à l'expression «Il faut donner du temps au temps», née à Alger dans le cerveau d'un autre captif, Miguel de Cervantès qui a du patienter cinq années avant de recouvrer sa liberté. Toutes ces idées m'ont traversé l'esprit au volant de ma voiture, pestant contre le cholestérol des rues et des routes qui dévore notre temps, avec des journées plus courtes et des années plus fugaces. Mais, au moins, j'ai pu contredire ce que j'affirme plus haut : au delà du temps, on peut penser. Et c'est gratuit !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com