
Comme chaque hiver, une vieille lubie me pousse à acheter une kachabia, vêtement chaud et pratique, d'une modernité incroyable si l'on sait différencier entre l'ancienneté d'un objet (ou d'une idée d'ailleurs) et l'audace de sa conception.Mais, comme toujours, je m'y prends en retard, attendant les prémices du printemps pour y penser vraiment. De passage dans une rue d'Alger, j'avise un magasin qui arbore de nombreuses kachabiate. J'entre, regarde et demande le prix de l'une. 3500 DA, répond le marchand. Etonné par le prix modique, j'en demande la raison. Le brave homme m'avoue alors que ces habits, si représentatifs du design vestimentaire de nos aïeux, sont fabriqués en Chine ! Voilà comment nos derniers artisans passent à la trappe pendant que se tient le Festival national de l'habit traditionnel qui s'efforce vaillamment de promouvoir cet héritage.Gloire à l'Empire du Milieu qui travaille et avance ! Mais que peuvent bien en penser nos dirigeants qui se font offrir d'authentiques burnous et kachabiate lors de leurs visites dans l'Algérie profonde et ne semblent pas inquiets des graves implications socioculturelles d'une telle délocalisation 'Mais aussi vive que soit mon indignation, j'ai dû la mettre en sourdine devant les massacres du patrimoine commis en Irak, déjà humainement exsangue, par des hordes se désignant par deux vocables par lesquels il faut refuser de les nommer. Il y avait eu ces images insoutenables au Musée de Mossoul. Les «patrimoclastes» sont passés désormais à une dimension sismique de la dévastation, s'attaquant à des sites historiques prestigieux dont ils ne seraient pas capables de reproduire la plus petite pierre de construction.Leurs bulldozers ont fondu sur les vestiges de Nimroud, la cité assyrienne vieille de 34 siècles, témoignage des premières formations urbaines. Puis, c'est l'antique cité parthe de Hatra qui a commencé à subir le saccage. Les dégâts sont énormes. Des précédents, il y en a eu, toujours liés à cette idéologie qui veut ignorer que la civilisation musulmane s'est édifiée et a prospéré en capitalisant, autour de sa foi, tous les savoirs et les arts du monde alors connus.Sur quelle exégèse se basent ces exterminateurs ' Pensent-ils s'inspirer de la 21e sourate, Les Prophètes, dans laquelle Abraham détruit des statues parce qu'elles étaient adorées ' Se demandent-ils ? si jamais ils se demandent quelque chose ? pourquoi tous ces vestiges ont survécu en terre d'Islam depuis quinze siècles ' Pendant tout ce temps, tous les musulmans, sans exception, même les plus pieux et savants, auraient donc été dans l'erreur ' En référence au personnage et non à la cité, une vieille expression populaire en Algérie désignait par «zariâte Nimrod» (graines de Nimrod) les personnes de «mauvaise engeance».On ne peut mieux qualifier ceux qui mettent en ruine des ruines. Et aucune kachabia, hélas, ne pourrait protéger du froid mortel de cette désolation exponentielle.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com