
La déferlante islamiste de type salafiste qui s'abat sur le pays ces dernières années risque, à terme, de mettre en péril l'Etat et la nation algériens. La menace est d'autant plus réelle que l'Etat, au plus haut niveau, mais aussi à ses niveaux les plus subalternes, assiste en spectateur face à ce phénomène, lorsqu'il ne lui livre pas des secteurs entiers où le «wahhabisme» est en train de réussir ses plus importants investissements.Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Des secteurs clés comme l'école, les médias, la justice, le commerce, la culture, le mouvement associatif, une grande partie des mosquées, et bien d'autres segments sont dominés par les salafistes qui disposent de moyens colossaux, grâce à des financements provenant généralement du Golfe. L'influence de ce réseau, terriblement efficace, est tellement considérable que même les partis islamistes traditionnels en sont parfois submergés ! Certes, le phénomène est mondial, mais c'est tout de même curieux qu'il prenne le plus d'ampleur dans un pays comme l'Algérie. Un pays qui a, sans doute, été le plus violemment et le plus durablement ensanglanté par l'islamisme politique depuis son avènement à partir des années 80, lorsque les «Frères musulmans» d'Egypte ont réussi à s'infiltrer progressivement, par petites vagues, sous Ben Bella puis Boumediène, avant que la «métastase» ne se propage de manière spectaculaire, sous Chadli. C'est durant cette période qu'apparaîtra «la sahwa» de triste nom qui donnera naissance aux premiers leaders intégristes comme Abassi Madani, Mahfoud Nahnah, Abdellah Djaballah, Ali Belhadj et bien d'autres encore.La «sahwa» infiltrera notamment l'université où l'on assistera au premier assassinat politique islamiste, celui de Kamel Amzal à la cité universitaire de Ben Aknoun en 1982. Le chef spirituel du mouvement intégriste en Algérie, l'Egyptien Cheikh El Ghazali, trouvera à cette époque, une tribune inespérée pour verser son venin : la télévision unique algérienne. Le premier maquis terroriste, celui de Bouali, verra également le jour durant cette période et le phénomène islamiste prendra une ampleur nouvelle avec la crise brutale qui frappera les marchées pétroliers dès 1986. Une ampleur telle que l'ouverture au multipartisme au lendemain des événements du 5 Octobre 1988 sera d'emblée infectée par l'islamisme politique qui connaîtra, alors, sa concrétisation la plus vulgaire, la plus violente et la plus rétrograde dans un parti fasciste, le Front islamique du salut, dont l'avènement continue de constituer, de nos jours encore, un tournant dramatique dans l'histoire de l'Algérie indépendante.Les signes distinctifs de l'islamisme salafiste, étrangers jusqu'alors à la société algérienne, feront une brutale apparition et imposés de force par un FIS conquérant et défiant l'autorité chancelante du pouvoir de Chadli. Généreusement financé par les Saoudiens, les Iraniens et”'la France de Mitterrand, ce parti intégriste dominera la rue, prendra les APC qu'il soustrait à toutes les lois de la République, multiplie les «marchés populaires» , instaure de véritables petits Etats islamiques un peu partout à travers le pays et, surtout, il constitue sa propre armée, les sinistres «afghans» qui, d'ailleurs, se transformeront immédiatement après l'arrêt du processus électoral, en premiers noyaux des groupes terroristes du FIS, à savoir le GIA et l'AIS.L'Algérie, sauvée d'une disparition certaine grâce à l'arrêt du processus électoral suicidaire qui allait consacrer la victoire «finale» du FIS en janvier 1992, n'en fera pas moins face à un terrorisme d'une barbarie inouà'e et sans précédent dans l'Histoire de l'humanité. Un terrorisme qu'elle réussira à écraser grâce à la mobilisation générale de la société mais, surtout, à l'armée et aux services de sécurité, et ce, malgré un embargo international des plus asphyxiants. Un embargo que des Algériens, les alliés du FIS congloméré autour d'un slogan anti-national, le «qui-tue-qui '» ont réclamé et soutenu de toutes leurs forces.N'empêche, la grande nuisance du terrorisme sera réduite à sa plus simple expression à la fin des années 90. Cependant que, comme le constatera amèrement le défunt chef d'état-major de l'ANP, le général-major Mohamed Lamari , en 2002 déjà : «Le terrorisme est certes militairement vaincu, mais l'intégrisme est, lui, intact.» Un constat plus valable en 2016 qu'à cette époque-là ! En 2016, il est même ce paradoxe typiquement algérien où le pouvoir a certes réduit à néant la présence des islamistes au gouvernement et à sa simple expression leur représentativité au Parlement, mais leur livre, en contre-partie, tout le reste ! Au point où, à plusieurs occasions, ce sont les islamistes qui imposent leurs décisions au gouvernement. Pire encore, qui lui imposent de revenir sur des décisions souveraines à la suite d'une menace de manifestation, voire même d'un article ou d'un «prêche» de presse ! Tout cela, en temps de paix, en plus !Cette posture de «lâcheté» politique de la part d'un pouvoir pourtant plus fort que jamais est du genre de situation dont raffolent le plus les islamistes qui s'emparent de pans entiers de l'Etat et de la société, à moindres frais. Ils n'ont même plus besoin de gagner une élection pour appliquer leur programme”?
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K A
Source : www.lesoirdalgerie.com