Comme tout le monde le sait, chaque Algérien détient dans sa tête une
conception de sa «douwaïla» propre à lui. Ainsi, preuves à l'appui, les lois,
les décrets, les arrêtés, les circulaires d'application venus d'en haut ne sont
que très rarement adaptés et pleinement exécutés sur le terrain d'en bas.
Des exemples À GOGO !
N'est-il pas vrai qu'un chauffeur de taxi déserte les lieux de la station
comme il lui sied et à l'heure qu'il veut en l'abandonnant aux clandestins ? Ne
se souciant guère de l'état d'âme des utilisateurs. Qu'un boulanger choisit le
jour de son repos comme il l'entend ? Piétinant les lois qui lui avaient donné
naissance à son commerce et l'autorisation de son ouverture. Qu'un citoyen
jette ses immondices là où ça l'arrange comme il lui plait ? En méprisant tous
les décrets exécutifs à cet effet et en écrasant notre dégradant environnement.
Que la mairie ne daigne même pas respecter les délibérations qu'elle adopte ?
Quoiqu'elles fassent office de textes entérinés. Qu'un commerçant vend et
achète sans qu'il soit contrôlé ni par le fisc, ni par la réglementation ? Que
nos rues et trottoirs soient sales et squattés à longueur d'années sans qu'ils
soient nettoyés et dégagés ? Au mépris des arrêtés municipaux qui n'ont aucun
droit signifiant. Qu'une banque ferme ses portes aux clients bien avant l'heure
notifiée sur la pancarte à l'entrée, n'offusque presque aucun banquier ? Qu'un
travailleur file de son poste de travail bien avant l'heure de sortie et
l'administration ouvre ses portes et sert ses administrés comme bon lui semble
? Qu'un directeur n'ait aucun contrôle sur le désordre de ses employés ? Qu'un
simple agent de bureau vous fasse courir et perdre des journées pour un
ordinaire document à vous délivrer ? Que les scandales immoraux soient portés à
profusion tous les jours à la une de nos journaux ? Qu'un pays comme la Corée
du Sud dont le PNB était au même stade que le nôtre au lendemain de l'indépendance
mais dont les croissances respectives sont actuellement diamétralement opposées
? Qu'un enseignant, lorsqu'il consent présenter son cours magistral que de nom,
entre en retard dans une salle de classe et libère le plus souvent ses
étudiants bien avant l'heure ou passe son temps à raconter sa vie et des
histoires à somnoler les plus studieux? Que l'ouverture de l'année
universitaire soit décrétée depuis le 14 septembre sans que les résidences et
restaurants universitaires ne soient pas encore ouverts aux étudiants éloignés
? Que les cours privés débutent bien longtemps avant que les cours officiels au
lycée n'osent commencer et sont encore au point zéro à l'université ? Qu'un
texte du ministère de l'Enseignement soit interprété différemment dans deux distinctes
universités ? Un pays dont les textes ne sont pas similaires dans tout
centimètre carré de ses terres produit incontestablement de l'injustice, de
l'incurie, du népotisme, de la gabegie et j'en passe. Je peux vous en donner
sans limites des milliers et des milliers de questions semblables demeurant
sans réponses depuis la nuit des temps. Me diriez-vous que c'est tout à fait
normal au pays des mille et une « douwaïla » !
Bien qu'il n'existe qu'une seule
constitution dans le pays, ce sont des « douwailates » qui ont élu domicile un
peu partout instaurant leurs propres règles, leurs spécifiques rites et leurs
impénétrables omertas. C'est pour cette raison qu'on ne fait plus confiance à
ce qui se trame en bas sans l'envoi d'inspections inopinées. Il faut
qu'un responsable d'en haut sorte hasardement sur le terrain pour voir de visu
les instructions effectives dont lui-même a besoin d'être aussi souvent
auditionné pour découvrir s'il a bien appliqué les directives de son supérieur
immédiat et ainsi de suite. C'est un cercle vicieux dont on n'est pas encore
prêt de s'en sortir si l'on ne revient pas aux normes des pays avancés. A la
longue, tout le monde est lassé par ses imperfections qui nous minent la vie de
tous les jours. Soit, on veut bâtir un réel pays, de vrais fondements avec des
lois dont l'effet sera sensible dès qu'il atterrit sur la place, soit notre
pays est voué à l'échec total, à sa morte lente, à son extinction et à sa pure
disparition notamment en cette période de mondialisation.
Est-ce que cet intermède de
soixante années d'indépendance ne va-il pas se refermer sur nous dans un jour
proche sans lendemain ? Lorsqu'on recense notre énorme retard sur les pays
affirmés qui ne cesse de se creuser et la fracture sociale béante qui s'est ancrée
Ne nous sommes-nous en train de redevenir colonisables à souhait ? Qu'un jeune
d'aujourd'hui ne rêve qu'à fuir son pays n'est-il pas un signal d'alarme pour
tout l'avenir du pays ? C'est tout le contraire de son ascendant d'avant 62 qui
n'aspirait qu'à la lutte et à la libération du pays. Ne sommes-nous pas tous
responsables de ce marasme de nos jeunes qui sont censés être les guides de
demain de ce pays ? Pourquoi attendons-nous pour passer, de manière
catastrophique, de ce qu'il en reste du flambeau ? N'est-il pas un manque de
confiance que nous réservons à ces générations qui pourtant sont le fruit de
nos politiques et ne sont aucunement responsables de leurs destinées ? On peut
condenser toutes ces questions par où va-t-on avec cette politique de la fuite
en avant et qui va nous mener inévitablement vers le gouffre tant prévenu ? On
a besoin d'une transformation de fond en comble, le replâtrage ne suffit plus
qu'à accroître le mal et à entretenir le désarroi profond. On a besoin d'ouvrir
nos cœurs et dialoguer sans s'ennuyer.
AU SUIVANT !
Le changement presque radical opéré la semaine dernière par la nomination
de 40 walis montre bien que la gangrène mène la danse au niveau local. Sinon
comment expliquer ce processus si toutes les wilayates étaient dans la
normalité ? Peut-être ne sont-elles pas non plus au même degré de développement
? A première vue, cette annonce a été sans doute envisagée pour
secouer les esprits et déjouer les alliances maffieuses qui se sont amarrées en
brouillant à tout ce qui arrive du point culminant. L'objectif recherché est
également de fouetter les entendements, casser la routine et déséquilibrer la
monotonie. Attendons quand même la suite des évènements pour mieux apprécier.
L'avalanche procédée donc le week-end dernier dans 83,33% du corps des walis va
certainement provoquer des bouleversements locaux et dans ses mœurs
administratives. Principalement ceux qui avaient amassé des acquis illicites
lors des gouvernances précédentes vont devoir revoir leurs projets ou convertir
radicalement leurs stratégies. C'est une véritable course contre la montre. Il
faut qu'ils fassent vite pour se positionner sinon ils risquent d'être doublés,
d'êtres relégués aux rangs derniers. Surtout que le budget pharaonique, de 386
Milliards de Dollars, alloué au plan quinquennal 2010-2014, dépasse toutes les
fictions et suscite déjà toutes les convoitises impensables. Qu'ils s'adaptent
à la nouvelle donne semble être la priorité urgente de leurs desseins.
En tous les cas, le chamboulement
a sonné le glas pour certains et inversement provoqué l'espoir pour d'autres.
L'état n'a pas de visage, il peut changer d'un instant à un autre par le
renouvellement du premier responsable d'une wilaya. On peut bien comprendre
pourquoi ce mouvement va fausser d'énormes calculs de ceux qui se dorlotaient
sur leurs lauriers et caressaient avec excès toutes les illusions. Mais que
vont-ils devenir ? Ils sont obligés de reproduire l'ascension. Ils
n'abdiqueront jamais. Ils ignorent jusqu'à quel étage va durer leur nouvelle
ascension. Une fausse note et la chute peut être brutale.
Tels des carnivores !
Mais d'abord comment s'appelle-t-il le nouveau ? D'où est-il ? Est-il
originaire de quelle ville ? A quelle tribu appartient-il ? On cherche à
inventer des alliances, coûte que coûte et quelque soit le chiffre à débourser.
Peu importe qu'elles soient tribales, familiales, amicales ou financières.
Elles sont très primordiales pour la suite des évènements. Leurs états généraux
sont sur le qui-vive. Leurs paupières restent grandes ouvertes depuis que la
nouvelle est tombée à pic tel un couperet sur leurs têtes. Leur passé était
doré.
Leur avenir sent fortement la
nausée. Il faut vite se recaser. Ce sont les questions qui sont légion ces
jours-ci un peu partout dans les 40 wilayates désorientées.
Il faut totalement se renseigner
sur la nouvelle personne, quitte à se déplacer dans sa précédente wilaya, dans
sa ville natale ou la ville de son enfance pour rassembler le plus
d'informations à leurs interrogations. C'est une question de survie, de luttes
contre l'oubli. Dans l'état actuel où en sont les choses, le moindre petit
détail vaut son peson d'or. Quelles sont ses habitudes ? Quels sont ses hobbys
? Quels sont ses plats préférés ? Qui sont ses amis ? Quelle chose aime-t-il le
plus ? Quelles sont ses faiblesses, ses lacunes ? Que préfère-t-il le plus ?
Quel âge a-t-il ? Combien possède-t-il d'enfants ? Par où est-il passé dans sa
carrière et quel a été son itinéraire ? De quelle région est-il son gendre ? Où
passe-t-il ses vacances ? Des questions plus ahurissantes les unes que les
autres qui n'ont rien à voir, en principe, ni de près ni de loin avec sa
mission. La spéculation de la vox populi est à son apogée.
Le pauvre malheureux ! Il est mis
sous la loupe des citoyens et du microscope des affairistes occultes. On
cherche à imaginer ses propos, à les boire et à lui servir d'estrade et de
marches pour escalader ou d'un tapis pour marcher. On n'évoque très rarement
ses diplômes, son CV, son domaine de compétences, l'université ou la grande
école qu'il a fréquentée. L'heure n'est plus à la rigolade, elle est grave. Le
climat est très lourd. Il est broyé avec tous les malaxeurs des surpris,
mélangé à toutes les sauces et dévoilé à toutes les unes des cafés luxueux et
populeux. Ça va être la bataille des coudées franches lors de sa présentation à
ses nouveaux subordonnés. Il va falloir se bousculer pour se frayer un petit
chemin sinueux afin de le voir en chair et en os. Enfin, il est là ! La
curiosité est pleine. L'émotion est forte.
Il faut se faire pitié devant lui
pour susciter sa miséricorde ou son éventuel pardon. Les larmes de crocodiles
seront légion dans le coin. Son prédécesseur va être critiqué sans aucune
retenue ni pudeur par ses adulés d'hier qui applaudissaient à tout rompre pas
plus tard que le matin du jeudi dernier. Ses tares seront étalées sur la place
publique dès lors qu'ils sont absolument certains qu'il ne va plus remettre les
pieds sur les lieux. Bon débarras ! Les vautours volent et tournent au dessus
du cadavre inanimé avant de le réduire en miettes. Il est foulé sans rémission
et sans aucun état d'âme. Quant au nouveau, sa côte ne cessera de crever le
plafond et verra son étoile monter. Il est moulé à tous les bienfaits, encensé
sur tous les toits de la wilaya. Il est caressé doucement et affectueusement
dans le sens du poil. A son passage, il faut occuper la bonne place pour être
bien remarqué et se faire flasher au moindre regard. La bousculade est à son
paroxysme. Les espaces vont être étroits et très chers à glaner. Il faut se
muer tel un caméléon. Le nif est à mettre au placard et la brosse doit
s'activer de plus en plus belle et retrouver tout son lustre d'antan. Elle doit
devenir plus luisante qu'auparavant et prête à l'assaut à n'importe quel
moment. On ne doit pas clore les paupières ne serait-ce qu'une seconde. Un
petit relâchement peut être fatal au moment opportun.
La wilaya est leur centre de
gravité, leur point de fixation. Ils ressemblent identiquement aux loups en
chasse qui rodent autour de leur proie guettant la moindre offensive. Il faut
surveiller ses adversaires au couteau. C'est maintenant que tout se joue.
L'échine, qui résiste à se courber, est à lui souhaiter le plus incurable et
impitoyable mal de dos. La colonne vertébrale doit prendre la forme d'un arc de
plus en plus axé vers le bas. Ce sont là quelques souhaits pour les gens qui
veulent abattre la grande « Dawla » et rester dans leur protégé « douwaila ».
La question que l'on peut se
poser: Est-ce qu'avec ces nuisibles « douwaïlates » érigées un peu partout,
l'Algérie, après presque soixante années d'existence, est-elle capable
d'affirmer que l'on forme une uniforme et compacte « Dawla » ? Au sens moderne
comme on le distingue dans les pays dits développés. La réponse est loin d'être
élucidée.
À LA RECHERCHE DES compÉtences
Par ailleurs, il existe une grande majorité de citoyens dans ce pays qui
aspirent à vivre dans un état moderne et développé où les lois du pays priment
sur tout autre chose. La loi au-dessus de tous, pas un seul dessus. C'est au
nouveau locataire d'aller vers eux, s'enquérir de leur situation, mesurer leur
température. Il faut que le changement d'un wali soit un événement, synonyme
d'une transformation pour nos jeunes dont les yeux sont constamment rivés vers
la mer méditerranée, leur boussole dirigée inlassablement vers le nord, au-delà
de l'atlantique et vers l'océan pacifique, vers l'évasion, vers une Harga sans
retour et sans détour. Quant aux compétences, il faut aller les chercher là où
elles moisissent, les faire ressortir du placard du refuge des archives.
Il y en a marre de s'appuyer sur
ces sois disants personnes qui se prennent pour des notables de la ville après
soixante ans d'indépendance et qui ne visent dans leur majorité qu'à étendre
leur pouvoir, leurs profits et leur main mise sur la ville qu'avec des
élections ils se retrouveraient sur le carreau en queue de liste. Les
associations dont l'action tourne autour de l'embellissement de leur compte en
banque sont aussi parmi les plus néfastes.
Comme il existe des entrepreneurs
véreux, il se trouve également des bâtisseurs qui ont quitté le navire de cette
profession qui a été souillée par les sans scrupules.
Il y a longtemps qu'ils ont rangé
leurs armes légales, ils ont perdu la lutte de concurrencer la médiocrité, la
corruption et le fifty-fifty.
Le défaut d'une peinture qui
s'écaille ou d'un trottoir défoncé après quelques mois de sa pose, ne les
surprend guère. Ce qui les fait fuir le plus, c'est l'odeur de l'argent sale au
détriment de la qualité, de l'honnêteté et du sauvetage du métier. Que vive
l'Algérie !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Beghdad
Source : www.lequotidien-oran.com