Ceux qui avaient
pensé naïvement que l'augmentation des alaires allait se traduire par une bonne
prise en charge des malades commencent sérieusement à déchanter.C'est
plutôt l'effet inverse qui s'est produit : Une clochardisation rampante a
corrompu toutes les activités et aucun artifice ne peut plus masquer ses
méfaits dans les structures sanitaires du pays.Malgré
l'injection de budgets colossaux la situation décline chaque jour un peu plus.Ni les multiples dotations en équipements modernes, ni
les nouvelles réalisations d'infrastructures, encore moins les incessantes
transformations et coups de peinture ne peuvent faire allusion à un progrès
dans la qualité du service.Quand la volonté de bien
servir est altérée, il est vain de chercher l'alternative dans la fourniture
massive de matériel !
Hormis quelques
rares exceptions engluées dans la médiocrité ambiante, le monde médical est
tellement accaparé par la revendication des droits à coups de grèves à
répétition qu'il a finit par totalement oublier ses devoirs envers ceux sans
lesquels il n'a aucune raison d'exister : les malades !
Dans l'un de nos
hôpitaux on a suivi les aventures de l'un des milliers de malades quotidiens
ballottés d'un service à l'autre sans le moindre égard.Son
tort est des plus communs : il est pauvre. La faiblesse de ses moyens en face
des tarifs surréalistes pratiqués par les établissements de santé privés lui
interdisent de recourir à leur service.Pourtant, neuf
fois sur dix, un système insidieux mis en place par les nouveaux barons de la
santé le conduira, contraint et forcé, à se saigner et se faire plumer par une
quelconque clinique privée pour traiter une affection des plus ordinaires.
Confronté à l'incapacité provoquée et entretenue du secteur public il n'a plus
aucun autre choix possible
Son itinéraire dans cette jungle nous révèle
au fil des étapes les dégâts de l'absence d'autorité et jusqu'à quel point tout
est devenu réfractaire aux règlements dans un univers où l'aléatoire a
finalement supplanté la gestion rationnelle.
Essoufflé un
vieux couple arriva aux urgences de l'hôpital en portant un enfant d'une
demi-douzaine d'années dont les gémissements et les plaintes laissaient deviner
une immense souffrance.Il se tordait de douleur et
ses parents désemparées ne cessaient des'agripper à
chaque blouse blanche qu'ils rencontraient dans les immenses couloirs
grouillants de monde.
On est tout de
suite frappés par la désorganisation et la gabegie dans ces lieux désertés par
l'ordre et le calme, éléments indispensables pour le repos des patients.
Si certains parmi
le personnel médical ne s'épargnent aucun effort pour exercer honorablement
leur noble profession avec le peu de moyens qu'ils ont réussi à préserver
jalousement du vandalisme ou du pillage, d'autres semblent s'accommoder à l'anarchie
et n'éprouvent aucun scrupule à se dérober honteusement à leurs obligations
avec une désinvolture à la limite de l'insolence
Cette espèce,
dont personne ne peut expliquer l'utilité de leur présence se distingue par le
mauvais accueil qu'ils réservent aux malades et la révulsion qu'ils affichent
ostensiblement à leur contact.On imagine facilement
le genre de rapports qu'ils entretiennent avec les grabataires non assistés
d'un proche !
Après de
multiples supplications et probablement l'aide d'une connaissance ou d'une tchippa discrètement glissée à la personne idoine on fit
entrer le malade dans le cabinet du Généraliste.Ce
dernier, après deux questions dont il n'attendit même pas la réponse, regarda
sa montre et les orienta sur le «Spécialiste» dans l'autre aile de
l'établissement hospitalier. Un autre parcours du combattant au milieu de la
cohue et notre malade toujours soutenu et porté par ses parents parvint chez le
Spécialiste.Un semblant de consultation et sans lever
les yeux il prescrit une série d'examens de laboratoire et d'imagerie médicale.
Le couple, tout content d'avoir pu enfin rencontrer cette sommité de la science
et de l'humanisme, transporta l'enfant au laboratoire où à leur vue le préposé,
mal rasé et postillonnant la chema à plein jet cria
nerveusement de loin:»allez faire vos examens à la clinique «x»nous n'avons pas
de produits.» Il a fallu plusieurs pérégrinations pour les deux vieux perdus
dans ce magma pour trouver le bloc radio.Sur une
porte un écriteau amovible est suspendu à un fil et portait l'indication :: en panne.
L'homme comprit
sa douleur mais il préféra s'assurer auprès d'une paire de blouses blanches
dont l'un fumait tranquillement sa clope en regardant le paysage par la fenêtre
avec l'esprit en vadrouille.Son collègue, visiblement
absorbé dans sa contemplation d'une noce de chats sous l'escalier d'en face
répondit l'air agacé, sans même regarder de leur coté : la radio est en panne
adressez-vous à la clinique «x»
Un infirmier
apitoyé par cette scène pathétique vint à leur secours et administra quelques
calmants au malade. Dans un profond soupir d'impuissance, il leur expliqua que
tout ce qu'ils peuvent récolter s'ils tardent encore dans cet hôpital c'est une
des maladies contagieuses qui rodent à cause du manque d'hygiène et leur
conseilla amicalement de se diriger de suite vers la clinique privée pour faire
les examens demandés.
Un peu apaisé par
la gentillesse de cet agent l'homme osa poser la question qui le taraudait
depuis tout à l'heure : est-ce que la radio et les examens de laboratoires sont
payants à la clinique «x».Bien sur ! répondit l'infirmier au vieux qui
s'accrochait encore à la notion de médecine gratuite devenue malheureusement
ringarde.
Le frère du petit
malade, appelé au secours, arriva sur ces entrefaites après avoir fait quelques
emprunts pour conduire l'enfant à la clinique «x» où ils payèrent cash les
examens dont personne ne peut affirmer l'utilité et encore moins garantir la
fiabilité.
Se croyant au
bout de leur peine ils retournèrent à l'hôpital en brandissant comme un trophée
les résultats des épreuves.Le spécialiste les regarda
d'un air complètement insensible à leur calvaire et s'adressa au père de
l'enfant : Une intervention chirurgicale est nécessaire, il faut l'évacuer tout
de suite sur la clinique»x»
Aux bords de
l'apoplexie les braves gens s'affalèrent à même le sol en laissant fuser un
long chapelet d'incantations religieuses assaisonnés de jurons du terroir : Aux
risques de complication toujours possibles de l'opération s'ajoute l'inévitable
facture à payer ! Et avec quoi ?
Après information
auprès de la clinique»x»ils apprirent que l'intervention chirurgicale allait
leur coûter une somme hors de portée de leurs pauvres ressources. La mort dans
l'âme, l'homme mit en berne sa dignité et accepta l'idée de l'Imam du quartier
et le recours à la solidarité.Quelqu'un se proposa de
prendre en charge l'opération et demanda s'il était possible d'avoir une
facture. La clinique «x» offusquée par cette «étrange» requête répondit que
cette chose ne se fait pas en Algérie !
Après avoir payé rubis sur l'ongle, l'enfant
fut admis au bloc opératoire en toute urgence et là quelle ne fut leur surprise
en retrouvant le spécialiste qui n'avait montré aucune disposition pour s'en
occuper et effectuer le même travail dans la structure publique.
Nullement gêné par cette forme de prostitution
notre «spécialiste» sous une autre casquette est complètement métamorphosé par
la cupidité du gain.
Dans cet espace
l'ambiance et le personnel de service ne ressemblent en rien à ceux de
l'hôpital, Ici point de syndicat ni de fortes têtes pour passer leurs caprices
sur la tutelle en prenant en otage les malades qui viennent quémander leur aide.Personne ne se laisse effleurer l'esprit par une
quelconque velléité de réclamer le moindre des droits sans être vraiment
indispensable et surtout rentable à l'employeur.Le
seul qui a le droit à la parole c'est le patron et il fait ce qui arrange au
mieux ses intérêts en dehors de toute autre considération.
En clinique la
plupart des malades et surtout les accouchements doivent passer par le bloc,
l'objectif est de rentabiliser au plus vite l'investissement et s'enrichir sur
la détresse de l'humanité et lorsque, par incompétence, on pousse quelqu'un
jusqu'à un stade désespéré ou qu'il n'a plus de quoi payer, on s'en déleste
sans aucun état d'âme sur l'hôpital pour …y trépasser.
Devant cette
incurie on se demande quelle est finalement la raison d'exister de toute cette
infrastructure avec ses équipements ultra sophistiqués mais chroniquement
inutilisables pour différentes raisons et son personnel pléthorique et d'une
mauvaise volonté manifeste doublée le plus souvent par un comportement
irrévérencieux.
Dans ce corps
médical que nous enviaient même les pays avancés s'est glissée malheureusement
une nouvelle graine de «praticiens» sans aucun respect pour le sacerdoce. Cet
ersatz de «spécialiste» qui piétine sans aucun scrupule les valeurs humaines de
la médecine s'est transformé par dépit dans son propre pays en vulgaire
trabendiste de la santé tout juste parce qu'il a échoué lamentablement dans
plusieurs tentatives d'exercer ses «talents» hors frontière, même en tant que
larbin de second ordre. Au lieu de soulager la souffrance et de gagner
dignement son salaire, Il s'est trouvé une vocation de rabatteur pour les
cliniques privées, où il s'adonne à son sport favori ; prescrire et réaliser
des interventions souvent injustifiées pour dépouiller les malades (l'exemple
courant des césariennes systématiques)
Quand il n'est
pas occupé à débusquer la proie à l'hôpital transformé en banal terrain de
chasse giboyeux, il s'arrange avec ses congénères pour trouver une raison de se
plaindre et déclencher carrément des grèves interminables pour exiger du
secteur public des droits à tiroirs dont la liste se rallonge chaque jour.
L'appartenance au
secteur de la santé, c'est juste pour bénéficier d'avantages mirobolants et
d'une base-refuge en cas d'échec ailleurs.On s'assure
un tremplin pour organiser sa fortune tout en continuant à prospecter les
moyens de changer de latitude à la première occasion.
Nos hôpitaux,
dramatiquement précarisés par le chantage à la grève et l'absence de
discipline, sont devenus entre les mains de ces fossoyeurs de la santé publique
de véritables tonneaux des danaides.Quel que soit le
volume et la fréquence des approvisionnements consentis par l'état, la pénurie
des produits médicaux est endémique et la panne des équipements chronique.Un phénomène qui n'échappe pourtant à personne
tant le malaise est généralisé et permanent. Si une infime minorité peut se
permettre des soins dans des cliniques privées ou même à l'étranger, la plus
grande partie de la population est condamnée à subir l'humiliante incapacité
des structures publiques qui ne peuvent plus répondre à la demande à cause de
la défaillance endémique créée artificiellement.
Si jamais l'adversité vous mène vers ces hauts
lieux sensés refléter le meilleur visage de la charité humaine, n'oubliez pas
de vous munir de votre literie, d'un sachet de médicaments, d'une jerricane
d'eau potable, de beaucoup de patience et surtout d'un garde malade pour
veiller sur votre entretien et vous ramener la nourriture de l'extérieur (celle
que l'hôpital sert aux pensionnaires est généralement incomestible)
Dans ce qui est
devenu la dernière station avant le cimetière, même le laveur de cadavres n'a
pas échappé à la soif de l'enrichissement rapide au point où l'on reproche à
certains d'entre eux de détrousser sans aucun état d'âme les dépouilles !
Autant que
l'éducation nationale, le secteur de la santé doit impérativement être mis à
l'abri des trabendistes et subir sans plus tarder des actions vigoureuses
d'assainissement.
On ne joue pas
avec la santé du peuple !
Au fait, à quoi
sert donc un hôpital ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Amara KHALDI
Source : www.lequotidien-oran.com