La finance internationale, avec son arrogance, ses dérèglements, ses aveuglements et ses fragilités, constitue toujours une menace pour la santé économique de l'ensemble des pays de la planète.
La crise financière mondiale est-elle derrière nous ' Quel impact sur l'Algérie ' Tel a été le thème de la conférence-débat organisée jeudi dernier à Alger par le think tank : 'Défendre l'entreprise' de Liberté. Les réponses d'Eric Briys, l'animateur de la rencontre ', un grand spécialiste de la finance, aux sérieuses références : professeur d'économie et de finances à HEC Paris, cadre supérieur à la City de Londres, dans de grandes banques d'investissement, Deutsch Bank, Merrill Lynch, Lehmann Brothers, conseiller finance auprès de grandes banques, BNP Paribas, Société Générale, auteur de deux ouvrages récents : L'arrogance de la finance, marché de dupes ; Pourquoi la crise va continuer ' ' sont moins catégoriques. Tout dépend de la coordination entre un groupe de pays plus vaste que le G20, entre les pouvoirs politiques en Europe, les instruments de régulation et les banques. La confiance, qui est capitale dans l'évolution de la finance, doit être coordonnée, soutient-il.
Les décisions devraient être collectives. Bref, le politique doit reprendre sa place. À l'instar de Roosevelt, Churchill, les gouvernants doivent intervenir pour remettre de l'ordre dans la finance internationale. Ce qui veut dire que cet ingrédient manque dans les stratégies de sortie de la crise souveraine en Europe.
En effet, l'explosion de la dette de pays, comme la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Portugal avec ses risques de contagion à d'autres pays, menace l'Algérie. Si elle s'aggrave, on ira droit vers la récession et,
partant, à une baisse de la demande pétrolière et, donc, à une chute importante
des prix du pétrole. Dans ce scénario, l'Algérie sera affectée, d'une part, par la chute de ses recettes hydrocarbures et, d'autre part, par le renchérissement des importations. Le remède à cette crise reste le courage des politiques en Europe, souligne Eric Briys.
Il s'agit de prendre des décisions courageuses pour réguler la mécanique financière à l'origine de la crise financière internationale, à la source également de la crise de dette souveraine en Europe. Il s'agit de sortir de cette tendance des grandes banques à se diversifier. Cela consiste, entre autres, à séparer les activités des banques : constitution de banques commerciales et de banques d'affaires, et non pas comme aujourd'hui des sortes de conglomérats qui regroupent à la fois les activités de dépôt et les activités de banques d'investissement. Les secondes ne devront pas recevoir d'aide publique en cas de difficulté. Il s'agit également de mettre de l'ordre dans la finance internationale. Le paysage sera alors beaucoup plus paisible.
'On a privatisé les gains et socialisé les pertes'
À l'aide d'anecdotes, citations et séries d'exemples, le spécialiste financier tentera, à travers une vision de l'intérieur du système financier, de montrer les travers de la finance internationale qui menace le monde d'une crise économique sans précédent. Aux origines de la crise des subprimes de 2008, il pointe du doigt l'arrogance de la finance. Maintes institutions financières internationales ont joué avec des modèles mathématiques et négligé les risques. Précisément, à l'index la titrisation à large échelle. Un montage de prêts (hypothécaires) à plusieurs étages selon les risques, du plus risqué au sans risque 3 A.
Le marché du papier sans risque était insuffisant. On a chassé du bilan ces prêts à risque. Du coup, ces institutions ont été moins vigilantes sur ces prêts. Ce sont des produits toxiques qui sont à l'origine de la quasi-faillite de la finance mondiale. Les Etats ont fini par renflouer ces banques qui risquaient de disparaître. On se retrouve, aujourd'hui, avec la crise de la dette des Etats et un système bancaire et financier toujours aussi menaçant. 'Les gains ont été ainsi privatisés et les pertes socialisées.' Allusion aux bénéfices des banques qui vont en partie dans les poches des dirigeants des banques (salaires, stocks options, parachutes dorés). Quand elles sont en difficulté, l'Etat vient à leur rescousse avec l'argent du contribuable.
En somme, les institutions bancaires et financières européennes restent fragiles : des rations d'endettement phénoménaux, des banques sous-capitalisées. 'Elles doivent être recapitalisées avec de véritables fonds propres à 30%', suggère-t-il.
Pour une utilisation efficiente de la rente pétrolière
À l'appui de son argumentaire, trois aveuglements de cette finance internationale. Premier aveuglement, on a créé des opportunités de comportements opportunistes avec la titrisation. Les contrats étaient mal écrits. Du coup, ils étaient violés systématiquement. Les banques sont devenues des zombies. Elles traînent sous les pieds des cadavres (des créances qui ne seront pas remboursées). Des produits trop toxiques. Deuxième aveuglement : une corrélation mal maîtrisée. Les corrélations doivent être là lorsque vous en avez besoin. En clair, les autorités se trouvent en situation de renforcer les fonds propres des banques au moment où tout le monde va mal (Etat et banques). Troisième aveuglement : la théorie de la finance. Elle s'est développée, a-t-il souligné, de façon schizophrène. En l'occurrence, la fascination de la finance pour la physique. On utilise l'équation transfert partiel de chaleur pour la valorisation des actions. Alors qu'il aurait fallu, selon lui, s'inspirer de la biologie où trois constantes expliquent 99% des phénomènes.
Concernant l'impact de cette crise sur les pays émergents, il citera l'économiste Daniel Cohen. Ce dernier voit dans la prospérité des nations trois leviers. Le premier levier, l'éducation, le savoir-faire. Second levier : les outils qui vont accompagner le capital humain. Troisième levier : l'environnement organisationnel. Le troisième a un impact sur les deux premiers. Les trois leviers fonctionnent ensemble. Au cours du débat, le professeur Lamiri a évoqué la spéculation. 'Celle-ci peut être positive dans le cas d'une situation d'un chef d'entreprise qui spécule sur l'avenir de sa société. Elle devient déstabilisatrice quand la spéculation se nourrit de la spéculation.' Il relève, en ce sens, que les financiers spéculent sur la dégradation de la dette de pays comme la Grèce ou le Portugal. Interrogé par le professeur Bouzidi sur les voies de sortie de la crise de la dette souveraine, il a soutenu qu'il fallait plus d'économie réelle, c'est-à-dire orienter le soutien public vers l'entreprise pour qu'elle puisse retrouver les chemins de la croissance au lieu de politiques fondées uniquement sur la rigueur budgétaire. Il est favorable à ce que les pays émergents aient un rôle beaucoup plus important sur la scène financière mondiale et qu'elles puissent pacifier le système financier.
Enfin, Eric Briys est favorable à la création d'un fonds souverain en Algérie. Il suggère que l'Algérie utilise à bon escient cette période où elle va bien financièrement pour être à l'aise aux mauvais moments : retournement durable du marché pétrolier, épuisement de ses ressources hydrocarbures. En clair, il invite à une bonne utilisation de la rente pétrolière du pays via, entre autres, la création de fonds souverains.
K. R
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Khaled R
Source : www.liberte-algerie.com