
Depuis quelques années, une initiative des directions de l'éducation d'Alger est concrétisée sur le terrain. Elle consiste en la création de salles de classe à l'intérieur des hôpitaux. En attendant sa généralisation, El Watan Week-end a assisté à un cours avec des enfants hospitalisés.«J'aime bien ces cours. Ce n'est pas comme à l'école. Notre enseignante n'est pas trop sévère et, en plus, nous ne sommes pas nombreux. Donc, je comprends mieux.» Islam est en première année primaire. Avec Fethi, Mehdi et Ahmed, ils ne mènent pas une vie d'écolier comme les autres enfants de leur âge. Malades et hospitalisés pour une longue durée, ils suivent des cours à l'hôpital Nafissa Hamoud (ex-Parnet), Alger. «C'est l'heure d'aller au cyber !» s'exclame, enthousiaste, Mehdi, 10 ans, hospitalisé depuis qu'on a découvert qu'il diabétique. 12h30. Le service pédiatrique de l'hôpital se vide. Dans les couloirs, les enfants se croisent pour se donner rendez-vous dans la salle de cours (un ancien cyber réaménagé) dans quelques minutes, avant la visite de leurs proches. Avant, les enfants hospitalisés avaient accès à cette salle pour se connecter et profiter des jeux en ligne.Aujourd'hui, les enfants viennent se regrouper autour d'une grande table ronde, dans une classe unique, du préscolaire à la 4e AM. Quant à leur âge, il va de 5 à 16 ans. Une armoire est mise à la disposition des enfants pour ranger leurs affaires, ainsi qu'un tableau émaillé avec marqueur, une estrade, des murs décorés de citations et des dessins faits par des enfants? La direction de l'éducation d'Alger-Centre a tout fait pour que les enfants ne soient pas déconcertés en créant un environnement scolaire à l'hôpital. «C'est une vraie classe avec une ambiance moins stressante. Il y a en effet des particularités qu'il faut prendre en considération», confie docteur Assia Badaoui, coordinatrice entre le ministère de l'Education et celui de la Santé quant à ce projet.SoulagementLes enfants viennent de très loin : Adrar, Médéa et Tindouf. Certains sont même issus de familles nomades venues de l'extrême sud et des wilayas des Hauts-Plateaux. Ici, tout le monde se souvient de Kaouthar, une fillette de 10 ans, qui n'avait jamais été scolarisée et ne savait même pas comment s'asseoir sur une chaise. «C'est une opération automatique, tout enfant admis à l'hôpital est invité à rejoindre cette classe, sauf avis contraire du médecin traitant. Même si son état de santé ne lui permet pas de se déplacer, nous rejoignons sa chambre pour lui dispenser le cours ou lui donner une tablette numérique», explique Mme Atika Saouli, enseignante chargée du programme d'arabe. «Cela me soulage de voir mon fils scolarisé pendant ses soins, témoigne la mère d'Islam. Cumuler les absences à l'école n'était plus possible. Mon fils s'angoissait et n'arrêtait pas de se demander comment il devait faire pour rattraper ses cours.» Au lendemain de la qualification de l'Algérie à la Coupe du monde, l'ambiance est tellement festive que l'enseignante cède et laisse les enfants manifester leur joie. Drapeaux en main, habillés aux couleurs nationales, ils ont profité pour défiler de la cour du service de pédiatrie jusqu'à la classe.Prenant place autour de la table, ils sont attentifs à leur maîtresse qui leur distribue les cahiers. Les parents se contentent de regarder par la petite fenêtre ouverte pour les observer. «J'essaie d'appliquer une méthode individualisée. Il y a plusieurs niveaux dans ce groupe aujourd'hui. Le groupe change pratiquement tous les jours, selon les admissions et les sorties des enfants», affirme Mme Saouli. Adopté et validé par le ministère de l'Education nationale, le programme se termine avec une attestation permettant à l'enfant de passer directement en classe supérieure lorsqu'il lui sera possible de regagner son école d'origine. Objectif : les préparer comme les autres aux examens nationaux. Le jour de l'examen de la 5e ou du BEM, les enfants sont transportés en compagnie de leur médecin traitant dans une ambulance au centre d'examen.PyjamaMalheureusement, cette formule de l'école à l'hôpital n'est toujours pas élargie aux lycéens. «Les expériences des années précédentes confirment la réussite de cette initiative. Nous avons eu des enfants admis à la 5e qui ont suivi les cours depuis l'hôpital. C'est une grande satisfaction pour les parents», affirme Mme Fatima Dahmani, inspectrice de l'enseignement primaire dans la circonscription de Hussein Dey. En classe, l'enseignante essaie de ne pas trop mettre la pression sur les élèves et suit rigoureusement les conseils du médecin. Entre 12h30 et 15h, le cours est interrompu plusieurs fois. Les enfants, parfois en pyjama ou en pantoufles, se voient obligés de regagner leur service pour prendre leur traitement ou effectuer un prélèvement. D'autres petits, diabétiques, sont contraints de quitter plus souvent le cours pour aller aux toilettes. «Je ne peux pas les obliger à rester en place pendant plus de deux heures», explique l'enseignante. D'autant que le cours étant dispensé à l'heure de la visite, certains enfants quittent également la salle pour quelques minutes afin de voir leurs familles.NumériqueL'enseignante procède à un tour de table pour vérifier les noms et leur niveau. «Chaque jour, nous recevons de nouveaux enfants pendant que d'autres quittent l'hôpital. Il arrive malheureusement que certains nous quittent aussi. Au début de chaque leçon, je fais le tour pendant quelques minutes pour évaluer le niveau de leurs connaissances et je commence», témoigne Mme Saouli. La leçon d'aujourd'hui porte sur le pluriel. L'enseignante essaie de standardiser cette leçon pour l'ensemble du groupe, en lui expliquant les principes de la langue, avec des exemples. «Nous avons été formés pour ce genre d'enseignement. Pour un même cours, je peux appliquer deux méthodes, car les enfants venus des wilayas enclavées ont un niveau trop bas pour suivre les cours de leur programme. Choisir entre un enseignement collectif, individuel ou coopératif dépend du groupe d'enfants et en particulier de leur niveau réel», explique encore l'enseignante.Après un cours théorique et des exercices pratiques, le meilleur moment arrive : des tablettes numériques leur sont distribuées. Dans la même salle, un espace est déjà aménagé pour installer une classe numérique, dans le cadre du programme Tarbiatech. Les hôpitaux Parnet et Mohamed Lamine Debaghine (ex-Maillot) de Bab El Oued sont pour l'instant les seuls établissements à mener cette opération-pilote. «Dans la mesure où les enfants doivent être scolarisés à partir de 6 ans, leur maladie ne doit pas les empêcher de suivre des cours. De là est venue l'idée d'ouvrir des classes pour eux. C'est une expérience qui devrait être généralisée à l'ensemble des hôpitaux du pays», développe Assia Outhmania, chargée de la scolarité à la direction d'Alger-Centre.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nassima Oulebsir
Source : www.elwatan.com