Se priver de viande volontairement paraît comme une considération des plus abstraites pour le commun des humains. Et pour cause : être carnivore est tout à fait naturel pour l'homme. C'est l'essence même. Pourtant, certains d'entre nous ont une autre vision des choses et estiment que manger de la viande est «répugnant» et malsain. Faisons un tour d'horizon des témoignages de ces personnes qui ont fait ce choix.
Soheib, 60 ans
Soheib est en pleine forme. Dans son assiette, point de viande mais que des légumes cuits à la vapeur. «J'étais un fervent défenseur de la viande saignante ou du poulet bien gras mariné aux sauces, ou bien encore le rôti bien cuit au four. Maintenant, je suis un végétarien pur et dur», dit-il en riant et en mimant une certaine fierté. Avant de poursuivre : «Non, je le dis comme ça pour faire bonne figure. Je suis un amoureux de la bonne viande. J'en raffolais et j'en ai abusé. Mais, voilà, avec ma tension artérielle et ma triglycéride, je suis un régime draconien. Et ce régime se conjugue avec soupe, légumes à la vapeur, pâte et autres. Tout ce qui est viande est banni. Donc, par la force des choses, je suis devenu végétarien. Avec le temps, j'ai pris l'habitude. Voilà maintenant deux ans que j'applique ce régime et je me porte beaucoup mieux.»
Yasmine, étudiante «Effet de mode»
Yasmine, à la longue chevelure chatain, des yeux rieurs et dynamique, ne passe pas inaperçue. Entre ses études à l'université d'Alger et ses cours du soir, elle doit faire le plein de vitamines. Pourtant, elle ne les puise pas dans la viande. Rencontrée dans un fast-food, elle nous confie : «Pour tout vous dire, je pense que c'est une question d'habitude plus qu'autre chose. Vous voyez, je peux manger différents salés, ou autres plats préparés sans viande. Et ce, sans être obligée de manger de l'escalope ou un chawarma.» Pour elle, les protéines contenues dans les viandes peuvent être aisément retrouvées dans les légumes, fruits et pâtes. «Pourquoi alors tuer des bêtes innocentes pour se nourrir», s'interroge-t-elle. Est-ce réellement par philosophie ou vers une voix spirituelle quelconque qu'elle a choisi d'être végétarienne ' A cette question, elle se confond en explications plus ou moins logiques avant d'avouer : «En fait, je ne le suis que depuis quelques mois, je mange encore des œufs ou du fromage. Je bois aussi du lait. Je pense que j'ai été surtout influencée par une amie qui, elle, le pratique à 100%.» Son amie, Christine, est une jeune étudiante française. «J'ai été en contact avec elle depuis plusieurs années déjà. Et je ne me suis jamais rendu compte qu'elle était végétarienne. Je n'avais même pas remarqué, lorsqu'elle était invitée chez nous, qu'elle faisait en sorte de cuisiner elle-même. Et bien sûr, elle s'arrangeait toujours pour ne préparer que des gratins, des quiches et autres plats sans viande. Pourtant, ma famille et moi l'avons invitée pour la fête de l'Aïd El Kebir, elle est venue quelques jours avant. Je pense qu'elle ne savait pas exactement en quoi consistait cette fête. Le jour J, elle n'a pas bougé de son lit. Nous ne l'avons pas vue du tout, j'ai même pensé qu'elle était malade. Bon, la matinée est passée avec son lot de ménage. Et puis, au dîner, elle est apparue un peu gênée. Nous, nous avions préparé une belle table avec le bouzelouf, les boules de semoule et autres plats à base de viande. Ma mère s'est attelée à lui remplir son assiette. Mais en cherchant ses mots, Christine lui expliqua qu'elle était végétarienne et que pour cela, elle est restée toute la journée dans la chambre.» Cela a été un long moment de silence dans la pièce. Les fourchettes et cuillères sont restées en l'air. Nous étions réellement gênés. Le hic est que nous n'avions même pas préparé de salade. Elle a dû se contenter de pain, de jus et d'eau. Depuis ce jour, j'ai commencé à me documenter sur la signification du terme végétarien et je le suis devenue petit à petit.
Je suis végétarienne à la mémoire de mon Camille, un agneau que j'adorais et que mes parents ont sacrifié à mon insu.
Je suis bien sûr très soutenue par Christine et pas par ma famille. Mais bon, de temps en temps, je triche encore», conclut Yasmine en riant. Va-t-elle continuer à l'être ' Impossible pour elle d'y répondre. Peut-être le temps d'une mode...
Zoulikha, 50 ans, retraitée
Zoulikha, la cinquante, est une retraitée des plus grincheuses. Parlant entre ses dents, elle nous déclare tout de go : «Oui, je suis végétarienne mais pas pour le plaisir. Mais parce que tout simplement, je n'arrive pas à remplir mon couffin avec de la viande ou du poisson. Ma misérable retraite et mes enfants qui ne cessent de bricoler sans trouver de travail stable et une rémunération conséquente ne m'aident pas pour changer de philosophie», dit-elle avec ironie. «Le plus embarrassant dans tout cela est qu'avec le temps et depuis que j'ai pris l'habitude de ne plus manger de viande, j'ai un haut-le- cœur en humant sa cuisson. C'est simple, lorsque je suis invitée à un mariage, je ne mange que le couscous. Je donne l'impression d'être sensible et une vraie végétarienne mais en fait mon estomac refuse de digérer la viande. C'est aussi simple que ça», poursuit Zoulikha, avec un sourire amer. «Ce qui me chagrine le plus est qu'avec l'envolée des prix des légumes, je suis obligée de me priver de beaucoup de protéines que je trouvais par exemple dans les pommes de terre. Maintenant, je suis une experte dans la cuisine des pâtes. Je réussis le tour du maître à pouvoir les assaisonner de différentes façons. Pour cela, il suffit d'en changer pour faire un plat différent. C'est la même chose avec les légumes secs, les lentilles n'ont plus de secrets pour moi», ajoute-t-elle en étouffant son rire. «Voilà pourquoi je suis végétarienne : par privation», conclut-elle.
Louiza, adolescente, est végétarienne depuis 6 ans : «Je ne veux pas manger mon mouton»
Louisa est végétarienne depuis près de six ans. Pourquoi cette jeune fille à peine sortie de l'adolescence a-t-elle fait ce choix ' Par compassion, dit-elle. «C'est très simple, mes parents m'ont acheté, alors que j'avais à peine 12 ans, un petit agneau. Comme je suis fille unique et que nous habitons une villa, Camille, comme je l'ai appelé, me suivait partout. Je luis donnais son lait dans un biberon. Je l'ai apprivoisée comme un chien. Vous imaginez pendant une année entière. Quand il a trop grandi, je le laissais dans le jardin. Il ne dérangeait personne. Nous étions devenus les meilleurs amis du monde. Je lui racontais toute ma journée. Il était d'une douceur incroyable. Et puis, un jour, de retour de l'école, je ne le trouve pas à sa place habituelle. Je l'ai cherché dans toute la maison. Ma mère m'a dit qu'il a dû probablement s'enfuir de la maison et retourner dans les montagnes. J'ai pleuré comme pas possible. Et puis, le soir même, ma mère nous sert du foie de mouton, et je vois la tête de mon Camille dans un coin de la cuisine. Sur place, j'ai vomi toutes mes tripes. J'ai tout de suite réalisé que mon pauvre agneau a été égorgé et servi aux invités du jour. Je n'ai pas pu manger ce soir-là. Et malgré toutes les remontrances de mon père, depuis ce jour, je ne peux pas manger de viande et surtout pas sentir son odeur. Je peux dire que je suis végétarienne à la mémoire de mon Camille.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Z
Source : www.lesoirdalgerie.com