Alger - Revue de Presse

Emeutes: L'émigration triste et émue



Les émigrés suivent avec inquiétude et tristesse les émeutes qui enflamment le pays. Ils en parlent aussi avec leurs frères tunisiens. Ici, quelques réactions.

Si pour certains Algériens de Belgique, les émeutes qui secouent le pays, depuis mercredi dernier, ne sont qu'un énième épisode dans le mouvement de contestation que connaît, régulièrement le pays, pour d'autres, elles annoncent une vraie rupture avec le système politique et son mode de gouvernance. Nos compatriotes suivent avec une grande inquiétude et à temps réel, l'évolution de la situation au bled. Les rencontres dans les cafés se transforment en séances débats où l'angoisse et la colère sont manifestes. Au café-bar «le Witlock» dans un quartier bourgeois de Bruxelles, Rachid est le plus pessimiste quant à l'avenir des jeunes dans le pays : «La vie des jeunes à Alger et intenable. J'étais à Alger, la semaine dernière, et j'ai parlé avec les enfants du quartier à Aïn Beniane. Ils sont désespérés et pleins d'amertume. Ils ne croient plus en quoi que ce soit. Ils me disaient que ça ne peut plus durer comme ça.» Hamid, affirme, haut et fort, qu'il n'a plus remis les pieds au pays depuis trois ans, lui qui embarquait toute sa famille vers Alger, chaque été, depuis toujours. «Plus rien n'est comme avant. En 2007 déjà, je n'osais plus emmener mon épouse et mes filles sur une plage algéroise, tant l'hygiène et la sécurité étaient absentes. En plus, ça me coûtait trois fois plus cher que des vacances en Espagne, Italie ou même en Tunisie ou au Maroc», explique-t-il. Salim, lui répond en homme politique averti : «Tu parles comme ça, mais je sais que tu aimes le pays comme tous les Algériens.» Plus sentencieux, il ajoute : «Rappelez-vous les manifestations de joie lors de la Coupe d'Afrique et la Coupe du monde, l'année dernière. C'était fou. Le drapeau national était partout, jusqu'en Europe. Y a-t-il meilleur indicateur de l'amour que portent les Algériens à leur pays ? C'est ce moment là, que les autorités politiques auraient pu saisir pour répondre à l'appel des jeunes et ouvrir des perspectives sur l'avenir. Au lieu de profiter de cette immense énergie des jeunes, le pouvoir les ignore, les marginalise, pire, les réprime !» Plus loin, dans le quartier populaire de Saint Josse, les discussions portent sur la cherté de la vie, le pouvoir d'achat, le chômage endémique chez les jeunes et aussi les libertés : «Non seulement la misère sociale dévore des pans entiers des villes et villages, mais en plus il y a une véritable chape de plomb sur les libertés. Police et islamistes font la loi», déclare Belkacem, un ouvrier à la retraite. Ali, est le plus marqué : «ma famille habite Bab El Oued, et mes jeunes frères ne rentrent plus à la maison. Ma mère pleure au téléphone. Elle est terrorisée !» Il saisit le verre de bière devant lui et crie : «M… ! Pourquoi ne nous laissent-ils pas tranquille !» Personne ne lui demande qui sont ces «Ils». Faut dire qu'Ali est un nerveux et il n'est pas à son premier verre, ce soir. Faut dire aussi que téléphone, email et vidéos circulent.

 Les plus «branchés», comme certains jeunes actifs dans le mouvement associatif, balancent sur la toile Internet les dernières infos. Ils disposent d'un carnet d'adresses fourni.

TUNISIENS ET ALGERIENS SE PARLENT

La particularité chez les émigrés est, cette fois-ci, leur proximité avec les Tunisiens. Par je ne sais quel miracle, Algériens et Tunisiens se rejoignent dans certains lieux et cafés-bars pour échanger et commenter les dernières nouvelles du pays. Au café-bar «Le vieux comptoir», dans la commune d'Evere, une discussion animée s'installe entre Imad, Tunisien, et Salah l'Algérien. «Chez nous en Tunisie, je crois que c'est parti pour en découdre définitivement avec la régime policier de Ben Ali et de sa famille», lance Imad. «C'est pareil chez nous. Les clans, la corruption et la répression des libertés étouffent toute vie normale», lui répond Salah. Puis les deux partent sur les chemins d'un étrange désir. Ils «rêvent» d'une jonction des mouvements de protestation, tunisien et algérien. Ils se trouvent des similitudes et les mêmes «rêves» de liberté et d'avenir. Depuis le début des événements, Tunisiens et Algériens se cherchent, échangent des infos et se sentent plus proches, plus solidaires. Cependant, une tristesse infinie chez les deux communautés : le «spectacle» qu'offrent la Tunisie et l'Algérie au regard de l'Europe. Il y a chez nos compatriotes comme un sentiment de honte, mêlé à de la fierté. La honte de qualifier ces émeutes de celles de «la faim», et la fierté d'une jeunesse rebelle à la dictature. Comment parler de «faim» au 21ème siècle en Algérie et en Tunisie ? Surtout en Algérie ? Un pays sans dettes et avec des revenus colossaux ?


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