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Effet de mode



Effet de mode
«Celui qui détient les clés du Paradis régnera sur le monde des vivants», écrit en 2003 Dan Brown, le célèbre auteur américain de Da Vinci Code. Cette formule lapidaire inspire visiblement la mouvance islamiste qui fait présentement recette dans les pays arabes. Succombant à la tendance, les islamistes algériens sont sur tous les fronts. Ils croient, dur comme fer, que leur heure a aussi sonné pour passer aux commandes. Galvanisés par les succès cumulés de leur mouvance en Tunisie, en Egypte, au Maroc et en Libye à la faveur du Printemps arabe, ils s'astreignent à un activisme forcené dans la perspective des prochaines élections législatives de mai 2012. Certains leaders de ce courant politique n'hésitent pas à se proclamer, d'ores et déjà, vainqueurs de cette importante échéance pourvu que le scrutin se déroule dans la transparence. Comprendre : si on échoue, ce sera à cause de la fraude. Se présentant dans l'étoffe de l'opposant impénitent, Abdallah Djaballah s'apprête à lancer un nouveau parti qui ambitionne déjà de brasser très large. Le Parti pour la liberté et la justice (PLJ) serait ouvert à tous les islamistes sans exclusive, y compris «les militants du parti dissous», a-t-il cru bon de souligner. L'homme est même très courtisé. A ce qu'on raconte çà et là, il passe pour une vedette dans les salons feutrés de diverses représentations diplomatiques accréditées à Alger. Il est courtoisement reçu pour parler de son projet et de ses ambitions. Ce retour tonitruant sur la scène médiatique inquiète visiblement d'autres formations investies dans le même filon. Le MSP de Bouguerra Soltani sort ses griffes à l'occasion et s'invente également une posture d'opposant. L'héritier de Mahfoud Nahnah menace de se retirer de l'Alliance présidentielle qu'il estime «dépassée». Ses députés se sont ouvertement opposés au projet de loi organique relatif aux partis politiques pour marquer la distance avec leurs alliés traditionnels du FLN et du RND. Dans la même foulée, M. Soltani se mit à voyager. Il côtoie Rached Ghanouchi, le leader islamiste tunisien. Selon les échos rapportés par la presse, il se serait rendu également au Qatar pour solliciter l'onction de Cheikh Al Qaradaoui, qui s'est découvert récemment une verve de «révolutionnaire». D'autres islamistes algériens, ceux du parti dissous pour ne pas les nommer, l'ont, toutefois, précédé dans ce richissime émirat où ils ont eu le gîte, le couvert et d'autres gâteries. A ce propos, les mauvaises langues évoquent avec insistance la généreuse contribution de ce pays dans le lancement, à Londres, de la chaîne satellitaire Al Magharibia, réputée proche des idéaux de l'ex-FIS. Même des formations de moindre calibre, comme Ennahda ou El Islah, surfent sur cette même vague «verte» pour améliorer leurs scores électoraux. Ils déploient autant d'efforts à se rapprocher des riches monarchies du Golfe qui, d'ordinaire, font preuve de beaucoup de générosité dans le financement des campagnes «islamisantes». Sur le terrain, les Algériens se montrent franchement blasés. Ruminant encore les sermons menteurs des échéances précédentes et les promesses non tenues de ces deux dernières décennies, le citoyen lambda ne compte pas tellement sur ces partis. Au fond, tout ce remue-ménage s'apparente à un simple effet de mode. L'actuelle pseudo-révolution du Monde arabe est passée par ici en 1990. Elle est en décalage total avec la réalité algérienne.
K. A.
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