Alger - Revue de Presse

Economie de souk



Dans une économie de marché, c'est au marché et non à l'Etat d'organiser l'activité économique. On le sait depuis la position ferme et claire de Adam Smith; on le sait aussi depuis les déclarations célèbres de Jean-Baptiste Say et, surtout, depuis que le libéralisme a enjambé toutes les limites entre l'économie et la politique. Mais ce qu'on sait aussi, c'est que le marché lui-même, et pour pouvoir exercer cette fonction organisatrice, se doit d'être lui-même organisé, d'être bâti sur des règles claires et transparentes. Parmi ces règles, la première et la plus importante, c'est que dans un marché il y a d'abord les producteurs et les consommateurs. Ensuite, il y a l'atomicité des acteurs, c'est-à-dire l'incapacité de chacun à influencer le marché. Il y a aussi la transparence qui permet aux acteurs, disons-le ainsi, d'être au courant de ce qui se passe et il y a la règle de la liberté d'initiative. Dans notre marché à nous, il y a d'abord les importateurs et les consommateurs; les producteurs, victimes d'un système disqualifiant, ne peuvent qu'attendre des jours meilleurs. Ensuite, toujours chez nous, les choses sont telles qu'un seul importateur peut chambouler toutes les donnes. D'atomicité donc point. Quant à la transparence, bien malin qui pourrait dire ce qui se passe en ce moment sur notre marché. Et enfin, pour ce qui est de la liberté d'initiative, mieux vaut ne pas en parler, cela sent toujours la remontée d'égouts et même plus. Notre marché n'est donc pas un marché au sens que la théorie économique a donné, et notre économie n'est pas, loin de là, une économie de marché. Nous sommes dans une économie de souk, un point c'est tout. Et contrairement à l'économie de marché où toute décision d'augmentation de prix, mis à part les cas extrêmes, est synonyme d'un danger particulièrement grand pour les entreprises qui s'y aventurent, dans l'économie de souk, elle vaut enrichissement et fortune et c'est pour cela qu'elle constitue la seule voie de gains possible. Cela dénote l'incapacité de nos importateurs à réfléchir et celle de nos producteurs à réagir, tout comme elle révèle l'impossibilité du consommateur à imposer sa place dans une économie qui se fait par lui mais sans lui. Les associations civiles, pas ou mal préparées pour ces différences, ne se réunissent que pour élire leurs bureaux et même, on l'a vu, le syndicat des travailleurs patine devant l'ampleur des dégâts. Le prix du pain, à Oran pour commencer, a grimpé. Et tout laisse à croire qu'il fera de même ailleurs. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain, sinon c'est après car tous les jours qui précèdent ce Ramadhan semblent bons pour assommer l'Algérien livré à lui-même. Rien n'étonne en tout cas, à partir du moment où beaucoup de responsables de ce pays confondent entre Etat régulateur et Etat « reculateur », à partir du moment où, ayant entendu quelque part que dans l'économie de marché l'Etat ne dirige pas l'économie, ils ont tout de suite compris que l'Etat ne corrige pas. Certains ministres sont même allés jusqu'à justifier leur incapacité à maîtriser les choses dans leur secteur par l'économie de marché. Mais ont-ils compris, au moins, ce que économie de marché veut dire ?
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