Alger - Revue de Presse

Du besoin d’un toit à la culture du béton



Du besoin d’un toit à la culture du béton Limités à eux-mêmes, l’embellissement d’une ville, la création d’espaces de divertissement et d’espaces verts surtout peuvent être considérés de l’ordre de la décoration et de la production de lieux de respiration, mais il suffit de les intégrer dans le champ psychologique du citoyen pour se rendre compte de leur dimension de générateurs de comportement civique et de toute une culture de vie.L’urgence, chez le simple citoyen, de la nécessité de posséder un toit, la voracité de certains promoteurs et le laisser-aller complaisant ou le laisser-faire intéressé des pouvoirs publics semblent converger à rendre irrémédiable la prolifération indomptée d’agglomérations sans ordre, avalant inexorablement, sous le béton, les espaces de toutes natures ou valeurs, n’épargnant même pas ceux dont le sol ou la végétation les destinaient très étroitement à quelque chose d’autre, plus gaie, autrement nécessaire à la vie; défigurant définitivement l’alentour des cités déjà existantes comme une lèpre; heurtant l’harmonie, là où elle existe. Des conglomérats brutaux se disputant l’espace en une surcharge inesthétique et violente, agressifs et étouffants pour l’œil et le cœur; ou monotones, uniformes, rongées, pelées, comme des paquets mouillés cabossés, oubliés, on dirait, par le temps, dans un transit poussif qui fait ressentir encore plus la langueur, l’étiolement imparable qui s’est emparée de notre vie algérienne. De ceux déjà construits, il en est plusieurs qui s’élèvent sur des terrains parfois en terre depuis des années, des terrains raillés par des routes également en terre depuis des années, sinon continuellement crevassées et sans voirie, sans lumière souvent ou avec une lumière pâle, très pâle, sans enseignes ou indications routières. Tout pour faire de l’individu une taupe, une silhouette étourdie dans une nuit indéfinissable. Et jeté là, dans un nœud de labyrinthe, quand il s’en trouve qui souffrirait de l’inachèvement des travaux et de l’horreur des formes, celui-là ne saurait quelle voie prendre qui l’amènerait à retrouver le responsable de son malheur, y compris parmi ceux qui se vantent de chimériques attributs. En matière de constructions de cités, des chantiers poussent ça ou là, mais chacun sait maintenant que ça va vers l’inachèvement c’est-à-dire jamais au-delà de la phase où l’on peut caser le demandeur entre les murs de ce qui va devenir sa propriété. Une fois dedans, tout le monde fera comme il veut ou comme il peut dans ce qui est devenu son «chez lui». «Dehors», lui, n’est pas gouverné; il n’intéresse personne, ni le promoteur, ni l’Etat, tous les deux, hier, promettant des merveilles en matière d’environnement urbanistique. Dans tous les projets, pas un espace vert. Pas un arbre. Au contraire, quand le projet a nécessité qu’on en arrache ceux qui se dressaient là depuis des décennies, on les a arrachés; et on a bétonné des parcs même -se souvient-on? A moins d’être niaisement fasciné par le béton, ou d’être transformé en mutant, dépourvu de la fonction respiratoire, nul n’ignore que la multiplication de logements (ou de maisons de maître) ne fait pas une ville, ni ne crée une véritable vie d’humains. Tout le monde le reconnaîtra dans son discours. Pourtant, personne ne réagissant à son niveau, on semble se laisser glisser vers l’irrémédiable du désordre urbanistique et vers «un chacun pour soi» dévastateur de la vie civique. L’absence de ville aménagée en tant que telle semble être compensé chez nous par l’aménagement de l’enfermement: on est porté à délimiter son terrain, à renforcer ses barreaux, et à acheter, quitte à s’endetter à mourir, sa voiture «personnelle» -aucune politique sérieuse de transport en commun en milieu urbain, remarquerons-nous au passage. Cet enfermement, parfois forcé, parfois idiotement gai, s’installe alors, nourrissant l’égoïsme, l’autisme, l’insociabilité, l’étouffement mental agressif chez les uns, la sclérose et la stérilité intellectuel chez les autres. Ainsi, à bien sentir l’espace urbain où nous évoluons, il y aurait une horreur sourde d’une ambiance dégénérée, inapaisée, comme une mort diffuse qui déteint sur tout ce que nous faisons. On s’empêche de la désigner en minimisant ses effets sur les comportements; et le silence à son sujet veut nous la rendre acceptable et faire que nous puissions concevoir sa domination sur nous. «L’Irrespirable» c’est à la fois le laid et l’encerclement par un cadre où les signes de la nature n’existent plus et où tout suggère l’empêchement du jeu et de la relation sous la lumière, pour la lumière. C’est peut-être, dans cette horreur -aussi- que nous renvoie notre urbanisme que se macère au sein des esprits «atteints», la culture de la violence, qui, ces jours-ci, a touché l’extrême du crime: enlever des enfants et les amputer comme des jouets de Dieu, comme si on voulait se moquer de la fraîcheur de la vie même que nous n’avons pas su respecter autour de nous, dans ce qu’elle a de naturel, de premier. Mohamed Sehaba
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