Des deux ou trois choses à retenir de l'intervention d'Ahmed Ouyahia devant les journalistes samedi dernier, outre le constat de l'échec du gouvernement ' échec qu'il dit collectif ' c'est assurément l'aveu d'impuissance face aux lobbies politico-financiers qui attire l'attention. «L'argent maffieux commande tout», a lâché comme une sentence le Premier ministre, laissant entendre par là qu'il a gangrené jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat. Une sentence accompagnée, elle aussi, de ce sentiment qu'on n'y peut rien, une fatalité en quelque sorte.
Une constatation qui n'est pas sans rappeler celle faite par Abdelaziz Bouteflika, dénonçant, juste après son arrivée au pouvoir, en 1999, la mainmise des «barons de l'import» sur l'économie algérienne. Une décennie plus tard, on sait aujourd'hui ce qu'il est advenu des engagements présidentiels à remettre de l'ordre dans le fonctionnement de l'économie et c'est le Premier ministre qui avoue l'impuissance de l'Etat.
Le président de la République tout comme son actuel Premier ministre ont voulu s'inscrire dans cette même logique qui consiste à faire croire que le pays et son économie seraient la proie de forces maléfiques incontrôlables contre lesquelles ni l'Etat ni le pouvoir politique ne peuvent absolument rien. Une manière comme une autre de se dédouaner et d'écarter toute responsabilité dans la dégradation de la situation. Ahmed Ouyahia va plus loin puisqu'il affirme qu'avec la manière avec laquelle les choses ont été enclenchées en matière de libéralisation économique dans les années 1990, on ne pouvait qu'aboutir à l'échec ; il semble avoir oublié qu'il a été lui-même chef de gouvernement en 1996, qu'il a été l'initiateur des premières privatisations, notamment de la «casse des entreprises locales». On retiendra aussi de cette période la «mise au pas» des cadres des entreprises publiques, dont une bonne partie fut emprisonnée au terme de procès médiatisés dans ce qui s'apparente davantage à une véritable «chasse aux sorcières» contre des gestionnaires publics qu'à une quelconque opération d'assainissement.
Dans de telles conditions, comment s'étonner qu'en moins d'une décennie l'économie informelle allait prendre le dessus sur l'économie réelle et que le «made in Algeria» ne serait plus qu'un vague souvenir devant l'afflux sur le marché algérien de la production d'origine asiatique ' Dès lors, des milliers d'entreprises publiques et privées allaient mettre la clé sous le paillasson et, par la même, des milliers d'emplois détruits' Dix années d'autoritarisme plus tard, la corruption n'a pas été pour autant réduite et le retour à la production nationale tant attendue n'est pas au rendez-vous.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Reda Bekkat
Source : www.elwatan.com