Abdelkader Djidel, le partisan de la liberté s’en va à 82 ans
Abdelkader Djidel, décédé le 1er décembre 2007, fait partie de cette vieille garde dont l’engagement pour un idéal social et politique n’est pas un vain mot. Il avait adhéré au Parti Communiste Algérien (PCA) à 20 ans; il restera tout au long de sa vie fidèle à ce premier choix de jeunesse.Abdekader est né le 9 février 1925 à Sfisef, ex- Mercier Lacombe, dans ce village colonial où le seul emploi offert à l’Algérien était celui d’un ouvrier agricole. Son père avait décidé que le fils ne suivrait pas le même chemin que lui; Abdelkader fera une bonne scolarité et décrochera son CEP en 1938. Dès sa prime jeunesse, Abdelkader montre un intérêt marqué pour les idéaux de la Révolution Française de 1789; il relève très tôt le contraste qu’il y avait entre la Déclaration des Droits de l’Homme et la réalité du vécu quotidien. La répression de la grève des ouvriers agricoles de Sfisef par les légionnaires, le confirme dans son rejet de l’injustice social inhérente au système colonial.
Abdekader Djidel décide donc de quitter son village natal et part pour Oran vers 1940 où il trouve asile chez une tante qui habite Médina Djedida. Recruté comme manœuvre dans l’entreprise GETMAN et chargé de réaliser des galeries souterraines à Monté Christo, il découvre la dureté de la vie. A 18 ans, Abdelkader se fait embaucher comme poste d’employé secrétaire dans une caserne militaire chez les Américains, arrivés en novembre 1942. En ces années 1943/45, l’agitation politique est grande en Algérie.
Comme les jeunes de son âge, il s’intéresse aux événements du moment, discute des arrestations des nationalistes, signe son bulletin d’adhésion aux AML de Ferhat Abbès. Il perd son poste de travail à la suite d’une marche pacifique organisée après le 8 mai 1945, réprimée dans le sang par le pouvoir colonial.
Epris des valeurs de liberté et de justice, Abdelkader Djidel apprécie l’action du PCA qui lance une campagne pour l’amnistie de tous les détenus politiques et décide alors d’adhérer au parti. Il participe aux premières réunions de cellule à St Antoine et à Médina Djédida. Militant de base, il participe à la vente du journal «Liberté».
Il sera de tous les combats qui marqueront les années 1946/54: solidarité avec les nationalistes emprisonnés, avec les militants de l’OS-PPA jugés à Oran; solidarité avec les nationalistes tunisiens; soutien de la grève des dockers solidaires avec les combattants vietnamiens; participation à l’organisation de grèves des ouvriers agricoles durant les vendanges, en 1950 et 1951; direction d’une grève de 35 jours dans le secteur des TP et du bâtiment en 1953; organisation de la solidarité avec les sinistrés d’El Asnam, endeuillés par le tremblement de terre de juillet 1954.
Lors de la création, en 1951, du Front Algérien pour la Défense et le Respect des Libertés, Abdelkader Djidel est le représentant du PCA à Médina Djedida; il fait partie du comité où se côtoient Cheikh Zemmouchi, de l’Association des Oulémas, Souiah El Houari du MTLD, M° Thuveny l’avocat communiste assassiné par La Main Rouge, en 1959 au Maroc. Les premiers coups de feu de la révolution contre le commissariat de Gambetta et le siège de l’Echo d’Oran le prennent de surprise, au même titre que beaucoup de nationalistes. Comme d’autres camarades, il soutient le mouvement de libération et l’action armée, sert de boîte aux lettres, collecte de l’argent, aide les résistants recherchés. Il est arrêté en novembre 1956 à la suite du démantèlement du réseau communiste de soutien aux «Combattants de la Liberté» et ne sera libéré qu’en 1958.
Après l’indépendance, Djidel est employé à la brasserie d’Oran. Il y restera jusqu’à sa retraite. Ses positions de principe dérangent et la direction locale de l’UGTA le montre du doigt, le désignant comme un élément dangereux.
Il met son savoir et son expérience militante, tant syndicale que politique, au service du mouvement ouvrier et démocratique national, ne rechignant jamais de prendre part aux tâches d’éducation et d’écriture de la mémoire collective.
Ainsi, Abdelkader Djidel aura été, durant toute sa vie, un militant lucide, attaché à son idéal de jeunesse, persuadé que l’Algérie républicaine, démocratique, ouverte sur le progrès finira par prendre le dessus sur l’archaïsme et la médiocrité. Il le déclarait encore, la veille de son décès, à l’un de ses amis du MTLD, alors qu’ils commentaient ensemble les résultats des élections locales du 29 novembre 2007.
A. Benfodda
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com