Les vertus du dialogue ne sont pas, par les temps actuels, l'apanage des Algériens. Dans la rue ou au bureau, et même entre membres de la même famille, on n'arrive plus à s'entendre. C'est un fait que nous avons la fâcheuse habitude de parler sans nous entendre sur quoi que ce soit. C'est, en quelque sorte, ce schéma kafkaïen que nous propose, en guise d'actualité politique à nous mettre sous la dent, l'intersyndicale de la fonction publique. La grève annoncée pour les 10, 11 et 12 février ressemble plus à un écho lancé du fin fond des montagnes du Hoggar que d'un appel à la grève dans les secteurs sensibles, particulièrement l'éducation, où le risque de dérapage est patent. Car si les responsables de cette organisation syndicale, reconnue du bout des lèvres par les pouvoirs publics, appellent à un dialogue avec l'exécutif pour discuter des problèmes de fond des travailleurs du secteur, de l'autre côté des montagnes du Hoggar, aucun son n'est arrivé jusqu'à présent au siège de l'intersyndicale. C'est un dialogue de sourds qui, comme ça, rythme les grèves devenues cycliques qu'organisent à tour de rôle les organisations syndicales autonomes pour se faire entendre, pour revendiquer l'amélioration des conditions de vie des fonctionnaires. Un des responsables de cette intersyndicale a même estimé que «le gouvernement tourne le dos à 1,6 million de travailleurs». C'est grave. D'autant que l'attitude de certains ministères dans ce bras de fer social et syndical est tout à fait suicidaire. Veut-on faire sortir dans les rues les lycéens, les collégiens parce que leurs professeurs sont occupés à faire la grève pour demander une vie plus décente ? Les revendications de l'intersyndicale sont-elles toutes légitimes ? Rassembler les parties concernées par ce dossier pour en apprécier les grands contours est-il, sacrebleu, si difficile que cela ? On en est ainsi à se demander si vraiment il existe un réelle volonté du gouvernement de dialoguer et d'ouvrir les portes du débat sur un certain nombre de revendications sociales urgentes. Le gouvernement est-il si frileux que ça pour aller discuter avec des Algériens syndicalistes autres que ceux de l'UGTA ? Pêle-mêle, les revendications de l'intersyndicale portent sur les salaires et un tas de points relatifs à l'amélioration des conditions sociales des fonctionnaires, y compris les enseignants. Maintenant, la vraie problématique de ce bras de fer résiderait-elle dans le fait que ces mouvements syndicaux «autonomes» font de l'ombre à l'UGTA, seul syndicat officiellement reconnu et partenaire social ? Assurément, il existe beaucoup d'ambivalence dans la démarche du gouvernement dans le maintien du «flou artistique» quant à la réglementation et au fonctionnement des syndicats autonomes. Et si tel est le cas, l'UGTA peut-elle être considérée comme syndicat non «autonome» ? De là, toutes les dérives sémantiques sont possibles, et perdurent les contestations sociales dans un climat d'aisance financière jamais atteinte depuis 1994, date du premier ajustement structurel avec le FMI.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Babès
Source : www.lequotidien-oran.com