Alger - Revue de Presse

Des milliards, encore des milliards, rien que des milliards !



Quelqu'un a dit un jour que toutes les sociétés ont aimé l'argent mais que la nôtre n'aime plus que lui. Oui elle n'aime plus que lui au point où, en amoureuse éperdue, elle lui offre tout, elle lui sacrifie absolument tout, même ce qui, ne serait-ce que par pudeur, ne peut faire l'objet d'échange. Aujourd'hui on vend, ou du moins certains tentent d'acheter, ce qui n'appartient à personne, ce qui échappe à toute conception de la propriété, et l'on ne ressent même pas la nécessité de se couvrir. Tout se fait au su et au vu de tous. D'après certains journaux, il paraît que pour être candidat tête de liste aux prochaines élections, certains sont prêts à verser des milliards ! Il y a de quoi jurer, la main sur le Coran, qu'ils n'ont rien compris à la vie dont ils repartiront comme ils sont venus, qu'il n'y a plus par où les prendre pour essayer de les recoudre tellement ils sont irrécupérables et, surtout, que l'espoir qu'un jour l'Algérien puisse ressembler à lui-même est définitivement enseveli sous les nouveaux totems annonçant, clairons en main, la victoire de la bêtise humaine sur le bon sens et celle du manque de gène sur la pudeur. Payer pour être candidat ? Et puis quoi encore ?! Est-ce la politique, chez nous, qui tombe si bas ou sont-ce les débuts d'une insupportable ère de boue et de honte où les reptiles, debout sur leur jambes, feront marcher les chevaux au pas ? Est-ce la fin de l'entendement ou sont-ce les prémisses annonciatrices d'une longue nuit de peine et malheurs ? On voudrait bien rire mais c'est tellement grave que le sourire tremble, que les muscles faciaux ne suivent pas et que l'idée même de sourire ressemble à une trahison envers tous ceux et toutes celles qui tentent, malgré tout, de garder un tant soit peu l'espoir, histoire de continuer à vivre, à ne pas s'enterrer vivants ! Et l'on voudrait bien détourner les yeux mais le regard, immobile, fixe l'Algérie, notre pauvre Algérie, où, sous les balcons de la République, la nudité obscène des âmes et des esprits, plus répugnante qu'une lèpre tuberculeuse, s'est mise à danser la danse des vainqueurs ! La logique est en panne. Elle est grippée. Elle tousse du sang. Ils ont osé offrir des milliards ?! Et pourquoi ? Pour représenter un peuple qu'ils ne connaissent pas, un peuple dont ils ont bu le sang et la sueur à coups de ces maudits milliards justement qui ont mis l'Algérie à plat. Qui ont semé la honte et la malhonnêteté à coups de corruption, de détournement, de conteneurs bizarrement disparus, d'évasion fiscale... au moment où la mendicité ne cesse de croître, et la pauvreté d'étendre son abominable manteau poussiéreux et luisant de crasse. Nous ne les avons pourtant jamais vus donner un seul dinar à ces pauvres femmes qui envahissent les mosquées juste après la prière pour entamer des refrains tellement entendus qu'ils sont devenus familiers. Nous ne les avons jamais vus tendre un bonbon à ces jeunes enfants dévêtus et déchaussés qui les agrippent par le bras comme s'ils s'agrippaient au radeau du dernier secours. Qui veut donner des milliards ? ce ne sont certainement pas de pauvres malheureux, ce ne sont pas non plus des gens qui ont honnêtement trimé toute leur vie et qui n'arrivent à mettre de côté que quelques milliers de dinars...juste pour le linceul ya bent ennas, précisent-ils à leur épouse. Les fonctionnaires non plus ne peuvent, normalement, pas prononcer ces chiffres, alors de là à les donner pour être... candidat aux élections qu'on n'est même pas sûr de gagner, il faut attendre. D'où sortent donc ces fortunes monstrueuses qui nous insultent à tout bout de chemin ? d'où proviennent ces fonds plus que douteux qui nous agressent à chaque molécule d'oxygène que nous respirons ? D'où sortent-ils tant d'argent pour oser le jeter de cette manière ? il y a beaucoup de questions qui pleuvent, plus glaciales que les pluies des hivers d'antan et plus inquiétantes que ce que feront ceux-là si un jour ils sont élus quelque part. En attendant, l'Algérien, parce qu'il n'a plus de repères, rase tout devant lui, même les repères des autres. Après cinquante ans d'élection sur la base des tribus et des déchras, on en est arrivé hausser les enchères en passant aux milliards. Et comme les honnêtes gens ne savent pas ce qu'est un milliard, il n'y a pas de risque qu'ils se portent un jour candidats. De toute façon, même s'ils avaient le milliard, ils ne le donneraient pas pour cela car à chacun ses valeurs !  
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