Alger - Revue de Presse

Des lunettes de soleil bon marché qui peuvent coûter très cher



Partout à Oran, les revendeurs de lunettes de soleil pullulent depuis l'ouverture du marché et la multiplication du nombre d'opérateurs qui se sont spécialisés dans ce créneau porteur. La plaque tournante de ce commerce reste incontestablement M'dina Jdida, «poumon» commercial de la ville d'Oran. Chaque jour, les nombreux grossistes de lunettes de soleil, mais aussi de vue, sont pris d'assaut par des revendeurs à la sauvette qui proposent ces produits à des prix imbattables. Plus loin, dans l'une des rues parallèles à l'esplanade de l'Indépendance (Tahtaha), des marchands exposent à même le sol des lunettes de coloris et formes divers. On les retrouve même au niveau de la rue Larbi Ben M'hidi, sous les arcades. Les clients sont là et l'examen se limite à déchiffrer «sans se forcer» quelques lettres d'une coupure de journal ou un miroir et le tour est joué. Le client est tout content d'avoir acheté des lunettes au moindre prix pour lire ou tout simplement pour se protéger du soleil, c'est selon. Même les enfants deviennent une clientèle potentielle et, saison estivale oblige, porter une paire de lunettes de soleil est synonyme d'être à la page.  Sans connaître, ou parfois en faisant fi des risques que ces «gadgets» peuvent entraîner, ces citoyens vous avancent que cela leur importe peu, l'essentiel est de se «protéger» des rayons brûlants du soleil. Mais cela est il vrai ? Pour plus de précisions, nous nous sommes rapprochés d'une ophtalmologue et d'un optométriste. Ces deux spécialistes de la vue restent unanimes pour affirmer que ces lunettes sont un véritable danger pour les yeux. Scientifiquement, le port de ces lunettes, souvent contrefaites, peut engendrer des brulûres de la rétine et même une cataracte précoce. Cela est dû essentiellement au fait que le verre n'est pas traité et que sa couleur sombre fait dilater la pupille qui reçoit dès lors de grandes quantités de rayons ultraviolets. D'ailleurs, notre optométriste dira qu'il conseille aux gens de ne pas porter de lunettes et laisser le mécanisme naturel de l'oeil libre, étant donné que la pupille se rétrécit en cas de lumière. En plus des verres, la monture est également une source de danger vu que la matière dont elle est fabriquée est douteuse. De son côté, l'optométriste affirme avoir reçu plusieurs cas de porteurs de lunettes bon marché qui ont eu des complications notamment pour ceux qui ont été déjà opérés de la cataracte et qui rend l'oeil plus vulnérable aux microbes. Quant aux normes requises, un optométriste nous dira que les véritables lunettes de soleil ne laissent filtrer que 4% des UV (rayons ultraviolets), alors que celles contrefaites sont de vraies passoires.  En matière de prix, la différence est de taille. Des lunettes de même design sont cédées sur le marché informel entre 100 et 500 dinars, alors que chez l'optométriste, le prix d'une véritable paire de lunettes de soleil peut facilement dépasser les 10.000 DA. Pour celles des enfants, que certains parents apparentent à des jouets, leur prix varie entre 50 et 100 DA.  Questionné, un habitué de Ville Nouvelle nous dira: «Je suis conscient du problème, mais avec des revenus maigres, je ne peux guère me permettre des lunettes de vue à 5.000 ou 6.000 DA, soit l'équivalent de la moitié de mon salaire. Par conséquent, je me rabats sur ces lunettes bon marché pour lire mon journal».  En matière de remboursement par les différentes caisses de sécurité sociale, le moins que l'on puisse dire est que c'est une autre raison qui pousse les citoyens à aller vers ces lunettes. A titre illustratif, pour une paire de lunettes de vue conseillée par le médecin scolaire, les parents devront débourser plus de 3.000 DA, alors que la somme remboursée, après une longue attente, ne dépasse pas les 600 DA. A ce sujet, il est à rappeler que la nomenclature de remboursement en vigueur date de la fin des années 80 et qu'elle n'a pas été réactualisée en dépit des appels pressants des associations de malades. Néanmoins, ce qui reste incompréhensible est le fait que ce produit ne semble pas être inscrit sur les tablettes des services de contrôle de la qualité. On a l'impression que la mission de contrôle de la qualité ne se limite qu'à l'agro-alimentaire et à un degré moindre les cosmétiques. Notre optométriste nous dira à ce sujet que durant tout son exercice, sa marchandise n'a jamais été contrôlée. Cette version nous sera confirmée au Centre algérien du contrôle de la qualité et de l'emballage (CACQE). Depuis la création de ce centre en 1989, ce segment du commerce semble avoir été ignoré, alors que les lunettes sont un consommable et les risques de la contrefaçon sont bien présents.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)