Alger - Revue de Presse

Des constructions sur des pipelines et des gazoducs à Baraki Des familles sur une poudrière



Depuis les années 80 des milliers, voire des centaines de milliers de constructions illicites ont vu le jour dans notre pays et parfois sous le nez des autorités locales censées veiller au respect strict de la loi et de la réglementation. Le phénomène a tellement pris de l'ampleur qu'il dépasse aujourd'hui tout entendement. Mais, au-delà des chiffres et des milliers d'hectares de terres agricoles sacrifiées sur l'autel d'intérêts souvent personnels, c'est le risque qu'encourent tous les jours des dizaines de milliers de familles qui, pour une raison ou une autre, se sont retrouvées assises sur de véritables poudrières. C'est le cas notamment de la région de Baraki au sud-ouest d'Alger dont les habitants de certains quartiers semblent vivre dans une sorte « d'inconscience collective » qui ne dit pas son nom. Baraki est une région féerique qui faisait pourtant, il y a à peine quelques années, trembler les plus téméraires. Dans les années 90, se rendre dans cette région relevait carrément du suicide. Il fallait prendre mille et une précautions avant de prendre le chemin vers des « territoires » infestés des groupes armés du GIA. Plusieurs localités ont connu la peur, l'horreur, les assassinats et les massacres. Située à peine à une quinzaine de km de la capitale, Baraki dépendant administrativement de la wilaya d'Alger est l'exemple type d'une anarchie urbanistique sans aucune frontière, aucune limite. En empruntant l'autoroute il nous a fallu à peine une vingtaine de minutes pour pénétrer des villages et des cités entières assises sur de véritables « poudrières ». Avant de s'enfoncer dans le premier village à la sortie ouest de l'autoroute, il faut d'abord passer à proximité de la raffinerie d'Alger qui transforme le pétrole brut acheminé depuis le sud du pays via des pipelines. Notre accompagnateur N D, un enfant de la région raconte que les pipelines enfouis sous terre datent de l'ère coloniale. Le pétrole une fois transformé en essence est renvoyé à travers des oléoducs jusqu'au port d'Alger. Jadis, raconte toujours N D, il n'existait aucune habitation à des kilomètres à la ronde. « Il n'y avait que des champs à perte de vue entrecoupés par des piquets de signalisation indiquant que les pipelines sont passés par là » poursuit notre guide qui avoue ne plus reconnaître la région. Nous empruntons un chemin tantôt sinueux, tantôt boueux, presque impraticable et nous traversons MENASRIA avant de pénétrer EL-MARDJA III, un village ou plutôt un ensemble d'habitations où s'entremêlent des maisons inachevées pour la plupart, offrant l'image d'un chantier où résident pourtant hommes, femmes, enfants... des familles entières. Un café, quelques magasins en alimentation, beaucoup de poussière et point de viabilisation. Voilà en quelques mots à quoi ressemble le village comme tant d'autres à travers l'Algérie à l'exception que celui-ci, est assis sur... du pétrole. En effet, la quasi-totalité des maisons sont construites sur des canalisations de pétrole et d'essence. La majorité des habitants détiennent pourtant des attestations d'attribution délivrées par l'APC de Baraki en 1989. Mais, c'est durant la décennie noire que certains ont décidé d'ériger leurs habitations sans aucun document « officiel ». Notre guide raconte encore qu'il suffisait de choisir un terrain et le proclamer propriété privé sans que personne ne vous demande des comptes. Il faut savoir qu'en ce temps, l'Etat, occupé principalement dans la lutte anti-terroriste, était totalement absent. N D qui connaît parfaitement la région pour y être né, affirme que pas moins de six conduites de pétrole sont sous le village (EL-MARDJA III).Tous les piquets de signalisation qui indiquent la position de ces pipelines ont été enlevés et arrachés pour effacer toute trace de leur présence sur les lieux. Si demain il y a une fuite comme celle enregistrée il y a quelques années au niveau du CW 115 entre Zemirli et El-Harrach, personne ne sera en mesure de détecter l'endroit exact. D'après un ingénieur en pétrochimie, une explosion pourrait provoquer une catastrophe sans précédant sur un rayon de plusieurs km. Mais le plus grave, ajoute ce spécialiste, c'est que personne ne pourra réparer la fuite puisque sur les pipelines se trouvent des maisons en dur, en supposant que la fuite soit trouvée, ce qui est, poursuit cet ingénieur, presque impossible et pour cause les piquets de signalisation ont disparu. Au niveau du Haouch Mihoub, les autorités locales ont même procédé au bitumage des routes sous lesquelles sont enfouis pourtant ces gazoducs que l'on ne pourra voir en définitif que sur les plans. Aucune trace de leur passage dans cette région qui, en plus de cette menace enfouie sous terre, est également menacée par des câbles de haute tension qui passent parfois sur les terrasses à peine à un mètre.Le Conseil national économique et social (CNES) a révélé dans un rapport en 2003 que plus de 6.500 habitations sont construites sur des gazoducs en Algérie. Le document fait état même de la construction de marchés, d'universités, de stades, d'écoles de lotissements et de quartiers entiers sur des gazoducs. Aujourd'hui, même les autorités semblent désarmées devant ce problème. Au niveau de Sonatrach l'on affirme que le problème est sérieusement pris en charge par les plus hautes autorités de l'Etat. Un responsable au niveau de la compagnie pétrolière nationale que nous avons joint hier et qui a voulu garder l'anonymat parce qu'il n'est pas autorisé, selon lui, à parler sur le sujet, à tenu à souligner que le problème est tellement complexe que personne ne peut avancer quoi que ce soit. Notre interlocuteur qui ne veut pas également parler des risques qu'encourent les habitants de ces régions, incombe cependant cet état de fait à la période de terrorisme exploitée, explique-t-il par plusieurs personnes pour construire des habitations et des quartiers entiers sans aucune autorisation. Même réquisitoire du côté du ministère de l'Energie et des mines où l'on nous a également bien signifié qu'ils sont conscients du problème. « Le ministère accorde une importance particulière à la sécurité industrielle » nous a déclaré la responsable de communication du département de Chakib Khelil. Cela est dû, explique-t-elle, à la situation d'anarchie qui a caractérisé cette région durant les années de terrorisme. Au niveau de Sonelgaz, la responsable de communication, qui a tenu à tirer la sonnette d'alarme sur le danger qui guette les habitants de ces villages à cause de la proximité des câbles de haute tension de 60 000 et 220 000 Watts, pointe du doigt ceux qui ont délivré des permis de construire. « Le risque d'électrocution est omniprésent » a déclaré l'attaché de presse de Sonelgaz en soulignant que lors d'un incident survenu justement dans la région de Baraki jeudi dernier, il a fallu à Sonelgaz faire du porte-à-porte pour accéder au câble à haute tension qui se trouvait sur le toit d'une maison. Plusieurs plaintes ont été déposées par Sonelgaz pour « agression d'ouvrage » mais, à ce jour, aucun cas n'a été réglé. Les habitants de ces régions continuent de dormir sur le pétrole et l'essence avec en prime des câbles électriques suspendus juste au-dessus de leur tête. Autant dire que tous les ingrédients d'un grave incident qui peut survenir à n'importe quel moment si rien n'est fait d'ici là.
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