Vendredi, pendant toute la matinée, à la sortie sud de Béthioua, sur un
terrain vague, se tient un marché hebdomadaire où l'ont vend de tout.
D'interminables étals offrant toutes sortes de choses et de victuailles
comestibles aux habitués tels que viandes rouges ou blanches, produits
laitiers, fruits et légumes de qualité moyenne ou carrément mauvaise jalonnent
les allées de cet immense marché poussiéreux et peu entretenu. On y vient de
toutes les localités environnantes pour faire son marché, de préférence tôt la
matinée, pour trouver le plus frais des légumes. Aux abords, les véhicules en
stationnement sont une aubaine pour les jeunes s'autoproclamant gardiens de
parking le temps d'une matinée. Les haut-parleurs crépitent de réclame tantôt
pour tel ou tel médicament traditionnel, tantôt pour un insecticide fatal. Au
loin, une grande halka improvisée autour d'un Goual, vendeur de mots et de
sentences, ajoute à cette ambiance l'aura du souk d'antan.
Les fourgonnettes, immatriculées d'un peu partout, éructant de
marchandises, font office également d'étals où tout, en «deuxième gamme», est
offert au marchandage. Tout cela fait le décor d'un marché hebdomadaire de
toutes les villes ou plutôt les villages d'Algérie.
En fin de matinée, vers les coups de 11 heures, une clientèle d'un
nouveau genre investit la partie réservée aux produits comestibles, en premier
lieu, les étals de fruits et légumes où de ce qu'il en reste, quelques amas ici
et là de légumes sont entreposés à même le sol devant les marchands pressés de
s'en débarrasser. De vieilles femmes, des gens ordinaires presque,
s'accroupissent pour tâter la marchandise quelque peu détérioriée. On demande
presque à voix basse, le prix. Le vendeur en fixe un tout en observant bien
d'un demi-regard ce client peu fortuné et de ce qu'il peut bien donner en
échange. Quelques courtages et la marchandise : pommes de terre ou tomates
surtout presque pourries ou carrément un petit amas asséchés de petits pois est
cédé au plus vite. Mieux que d'être jetées, penserait sûrement le vendeur !
Même scénatio du côté des bouchers qui viennent exposer leur viande sur
uniquement un étalage de fortune. Toujours les vieilles femmes, quémandant un
bout de viande ou petit morceau de viande contre 50 dinars. Les vendeurs
refusent rarement de «fourguer» ce qui n'est pas commercialisable. Difficile
également de questionner ceux qui viennent presque mendier ce dont ils ont
besoin. Mais la réponse est connue d'avance, car même pour quelqu'un qui vient
avec un peu plus d'argent, que peut-il ramener dans son couffin ? Par pudeur,
de gens viennent juste avant la fermeture du marché pour acheter et non pas
quémander, loin des regards, la subsistance. Le même scénario se répète chaque
fin de journée au marché d'El-Hamri, des gens de tout âge et des deux sexes
viennent avec quelques sous, «ramasser» ce dont personne n'a voulu prendre bien
avant eux. Echanger quelques sous, ne veut pas dire aumône, mais dans leur
charité bien chifrée, les commerçants devinent sûrement le désarroi de ces
nouveaux pauvres qui n'apprécient pas d'étaler leur misère. La vie est devenue
trop chère et les laissés-pour-compte sont tout aussi nombreux. Il suffit de
faire un petit tour dans les marchés, juste en fin de journée, pour voir
combien est nombreuse cette frange de la population.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : L T
Source : www.lequotidien-oran.com