Alger - A la une

«Dernière Heure!»



Je me souviens de cet épisode particulier de ma vie de fils de la casbah d'Alger. En effet, un jour je décidais de suivre mes camarades de quartier pour aller vendre le journal et nous offrir ensuite un «cinoch» à la salle «Nedjma» qui trônait en haut des escaliers forains ou «drouj ennaâorra» situés alors à l'ex-rue Marengo, aujourd'hui Arbadji, du nom d'un glorieux martyr de la Révolution.Le coeur battant, les jambes papillonnant et le ventre serré, je partis donc avec une ribambelle de gamins de mon âge de mon quartier et d'ailleurs, tous en quête de quelques sous pour s'offrir de la calentica et une séance de cinéma. En connaisseurs, ils se dirigèrent vers les locaux du journal Dernière Heure, une édition paraissant en début d'après-midi. Je fus rapidement présenté au préposé de la distribution qui m'affubla d'autorité, d'une liasse pesante d'exemplaires du journal en question. Au vu de ma grimace due au poids de cette «paperasse» qu'il fallait transporter plusieurs heures et au vu de ma frêle constitution, il s'est avisé de me retirer un bon paquet d'exemplaires qu'il compta minutieusement. Et me voilà arpentant les rues et ruelles d'Alger en criant à m'égosiller «Dernière Heure, Dernière heure...» tout en essayant de changer le ton «chantant» de mes appels invitant à l'achat du journal. Ce n'était pas de tout repos me suis-je rendu compte, car en plus du poids il fallait courir pour ne pas être devancé par les copains devant les éventuels clients. Ceux-ci, je le compris vite, étaient soit des commerçants, soit des badauds, bien sûr, mais aussi des femmes souvent d'un certain âge, allant au marché ou en en revenant, sans oublier ces rentiers attablés devant un p'tit noir ou parfois même une bière. Je visais d'instinct des «cafés» huppés comme le Tantonville, près de l'opéra, ou encore le Milk-Bar, le Novelty ou l'Otomatic...là où les consommateurs pieds-noirs étaient plutôt dépensiers à tout- va. Mais la fin de cette journée mémorable fut gravée à jamais dans ma mémoire d'enfant espiègle à toute occasion. Ainsi, après nous être gavés de friandises diverses, de glaces et de limonade de retour du ciné, nous rentrâmes «gais» chez-nous à la Casbah. Je ne soupçonnais guère ce qui allait m'arriver tantôt à la maison. Il se trouve que ma soeur aînée me vit, ou entendu dire, que j'ai vendu des journaux à Alger en compagnie des copains du quartier, tous issus de familles très modestes, et dont une partie du menu gain de ces ventes allait les aider à joindre les deux bouts en ces périodes difficiles de «disette continue» qui plongeaient ces familles «indigènes» que nous étions, dans une précarité sans fin. Contrairement à moi qui vivait dans une famille moyennement «à l'aise», mes parents considéraient cette «expérience» de vendeur de journaux comme «basse» de ma part et «avilissante» quelque part. Ma soeur ne se privât pas de me dénoncer à ma mère qui ne manqua pas d'informer à son tour mon père à son retour du travail, ceci après m'avoir sermonné, servi quelques claques et traité de noms d'oiseaux. Aussi,l'heure du retour de mon père,me sembla très longue, moi qui attendait une punition extrême. Extrême, elle le fût, car je reçus alors une tannée dont je me souviens à ce jour au crépuscule de ma vie de septuagénaire.
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