Les réponses de Djiar«Si le président de la République a décidé de scinder le ministère de la Culture et de la Communication, c’est uniquement dans le souci de redonner une identité au secteur de la communication qui est resté sans ministre pendant une année».
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C’est en ces termes que le ministre de la Communication a expliqué, hier, implicitement, la place que réserve le pouvoir à la presse. Et d’ajouter aux confrères de la chaîne III que «depuis ma nomination à la tête de ce ministère, je me suis attelé, après un long débat avec les professionnels du secteur, à établir un diagnostic à partir des données existantes et élaborer ensuite une stratégie de redressement». Au programme, selon le ministre, la mise à niveau de la presse publique qui «a été véritablement fragilisée par l’ouverture du champ médiatique intervenue en 1990". Le ministre annonce, dès lors, un grand chantier qui consiste à revoir les règles managériales dans ces entreprises dont il critiquera le rendement. Cependant, le ministre écarte l’éventualité de fermer des journaux publics, mais plaide plutôt pour le renforcement de ce secteur pour «consolider les acquis démocratiques en matière de liberté de la presse». Ceci ne l’a pas empêché de noter que «certains journaux n’ont même pas de maquettes!»
 «Nous vivons une époque de mutations très rapides et le secteur public n’a pas d’autre choix que s’adapter ou disparaître», a-t-il notamment déclaré.
Après quinze ans seulement, la presse privée accapare 50% du marché publicitaire.»Si cela continue à ce rythme, d’ici à 2010-2012, il n’y aura plus de publicité pour les journaux publics, qui ne représentent actuellement que 5 à 6% des tirages», a-t-il estimé. Le ministre a insisté sur la nécessité de «s’adapter aux nouvelles technologies» et de répondre aux «attentes des citoyens, qui ne sont plus ce qu’elles étaient dans les années 1980 ou 1990".
 Ses reproches vont également à la télévision à propos de laquelle il avoue ne pas être content du JT de 20h. «Oui, je ne suis pas satisfait du journal de 20h; et j’estime, malheureusement, que les potentialités existantes ne sont pas exploitées». Pour ce faire, le ministre prévoit une réunion à la fin du mois de septembre avec les responsables des médias publics pour faire le diagnostic et préparer une feuille de route à suivre pour rendre ces entreprises concurrentielles. «Il faut redonner une identité à ce secteur», affirme Djiar qui ne compte pas faire table rase de ce qui a déjà été fait. «Nous n’allons pas démarrer à partir de rien; et on tachera de consolider ce qui est positif», a-t-il promis. Pour lui, la réunion du 29 juin, (Brainstorming) a servi de sondage et d’évaluation de l’état des lieux du secteur et qu’il va y avoir d’autres réunions pour aborder toutes les questions intéressant le monde de la presse. Interrogé sur l’éventuelle ouverture du paysage audiovisuel à l’investissement privé, El Hachemi Djiar a laissé entendre que la question n’est pas d’actualité. «Nous ne devons pas tomber dans les mêmes erreurs du passé quand il a été décidé d’ouvrir le champ de la presse écrite au privé. Aujourd’hui, on ne peut pas ouvrir l’audiovisuel car ce n’est pas une entreprise facile ou banale. Nous voyons ses conséquences sur le secteur public. Nous n’avons pas intérêt à ce que l’audiovisuel soit fragilisé à l’image des entreprises économiques. Nous devons le préparer à la concurrence».
Sur un autre plan, le ministre nie toute ingérence de son département dans les affaires de la radio et de la télévision. «Il n’y a aucune injonction, ce sont des entreprises autonomes», dira-t-il, précisant tout de même que le ministère exerce une mission de «contrôle et d’orientation».
 La fameuse question du code de l’information ou ce qui est communément désigné par la presse comme le «code pénal bis», n’a pas échappé aux débats. Ainsi, sur le chapitre de la dépénalisation des délits de presse, il reconnaîtra que cette mesure était effectivement très attendue par la corporation. Il ne manquera pas, à ce sujet, de faire un bref historique sur l’avènement du code de l’information, un texte récent. Pour le ministre, même si la loi est imparfaite, elle n’empêche pas, cela dit, le travail du journaliste. Pour lui, cette loi est surtout intervenue dans «un contexte donné» et que par conséquent «il n’y a pas lieu de la changer pour la changer». Il estimera que «l’évaluation en cours permettra de voir ce qu’il y a lieu de changer ou pas». Il avertira, néanmoins, que certaines dispositions de la loi resteront inchangées. En effet, il n’est pas question de porter atteinte à l’Islam, aux Prophètes, à la souveraineté de l’Etat, à l’unité territoriale, à la divulgation de secrets d’Etat ou à faire encore l’apologie du crime... Pour lui, «ces balises doivent crédibiliser la presse et accorder davantage une responsabilité sociale au journaliste. Ce qui n’entrave en rien la liberté de la presse», a-t-il soutenu. Il révèlera ensuite le chiffre de «1% des journalistes qui ont été condamnés en Algérie pour des délits de presse». Il estimera qu’il subsiste encore des problèmes de déontologie.
 Concernant les aides que son ministère compte consentir aux titres de la presse privée, notamment, elles se feront soit «de façon directe ou indirecte». Le ministre regrette que le fameux fonds d’aide à la presse doté de dizaines de milliards ait été bloqué à cause d’une polémique sur la répartition de cet argent. «Au moins de 250 milliards ont été déboursés par les pouvoirs publics au profit de la presse depuis 1990», rappelle El-Hachemi Djiar qui ne compte pas pour autant ranger sa bourse. Il rappellera, à cet effet, que le «soutien de l’Etat» serait de l’ordre de 100 milliards de centimes versés à travers le Trésor public au profit des 130 titres existants dont 43 quotidiens.
 Djiar annonce également que le Fonds d’aide à la presse sera réactivé. Il est notamment question de la création «prochaine» d’un centre de perfectionnement des journalistes et du lancement d’une coopérative de diffusion avec les éditeurs. «Je leur aurais demandé de s’organiser pour créer cette coopérative afin de pouvoir couvrir tout le territoire national» a, en effet, déclaré le ministre.
 Enfin, le ministre de la Communication estimera, par ailleurs, que la prochaine révision constitutionnelle, donnera très certainement de nouvelles perspectives à la consolidation des acquis de la liberté de la presse et de l’ensemble de ce processus démocratique en Algérie.Â
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Rédaction nationale
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com