Ce sont deux faits d'actualité dans la semaine qui, a priori, ne sont pas liés. En fait, ils mesurent le mouvement de la pensée gouvernante sur une décennie. C'est-à-dire son immobilité. Ce mardi 21 mai, il y a dix ans jour pour jour, la terre tremblait violemment à l'est d'Alger. La densité d'habitation sur le pourtour de la capitale algérienne a alors étalé sa dangerosité sur une zone connue sismique depuis l'Odyssée d' Ulysse. Plus de 2500 morts et plusieurs centaines de milliards de dinars - de 2003- de dégâts. Sous le choc, le gouvernement a lancé dans les mois suivants le débat sur l'allègement stratégique de la bande littorale dans le plan d'aménagement de l'Algérie à 2030. Dix ans plus tard, le flux ne s'est jamais inversé.
Le pouvoir politique réfléchit court terme et petit espace. Pire. L'arrivée des excédents pétroliers à partir de 2005 a fait tout oublier. Sur les 150 000 logements réalisés en moyenne annuellement sur la période, plus de 100 000 concernent les 14 wilayas côtières et les grands autres pôles urbains du Nord que sont Constantine, Sétif, Blida. Un désastre visuel et écologique. Les projets des nouvelles villes continuent de faire l'objet d'une guerre de position entre les deux ministères de l'Habitat et celui de l'Aménagement du territoire.
La localisation des projets ' pensés avant Zemmouri 2003 - continue de donner la part belle au Tell. Les nouvelles villes plus méridionales patinent sur les chotts. Boughezoul avance comme le Métro d'Alger sous Chadli Bendjedid. Hassi Messaoud 2 n'est plus la priorité d'il y a cinq ans. Le mouvement des chômeurs des régions du Sud, largement débordant sur les Hauts-Plateaux, est venu rappeler combien la décennie de Zemmouri (épicentre de 2003) n'a servi à rien. Il n'y a pas un grand dessein territorial algérien au-delà de l'Atlas tellien. Ni Brasilia ni Abuja, dans les cartons.
Dans un tel contexte, l'échec quasi-final du projet émirati de EIIC sonne comme une bonne nouvelle pour l'écosystème du littoral. Il visait à planter 13 000 logements de luxe et une petite ville autour sur un périmètre de 130 ha au parc des Grands Vents (800 ha). Il est ouvert, nu, au public de l'ouest d'Alger et d'ailleurs. Avec sa réalisation, la commune champêtre de Ouled Fayet serait devenue aussi dense en habitations que Bab Ezzouar, les Bananiers, ou Aïn Naâdja. Un chaos citadin que tant de ministres s'étaient juré de ne plus jamais reproduire. Les programmes d'habitation en cours aggravent l'étranglement de la bande côtière encore mieux défrichée par l'autoroute Est-Ouest.
A la Banque mondiale, à Washington, une Blidéenne, ex-étudiante de la faculté d'Alger passée par Cambridge, Mme Allaoua Zoubida, dirige depuis plus de deux ans un département devenu stratégique après Fukushima en 2011, celui de la prévention des grandes catastrophes. L'hyper densité d'habitation y est traquée comme le premier fléau urbain du 21e siècle. L'Asie des mers de Chine et du Japon le subit. L'Algérie, qui a une autre profondeur de territoire peut encore l'éviter.
Personne à Alger ne songe profiter de l'expertise de la Banque mondiale pour rebattre les scénarios de l'aménagement du territoire à la lumière des grands risques urbains qui se profilent. Attendre la prochaine grosse secousse tellurique. Forcément tellienne. Les dix années de Zemmouri font miroir avec les dix années des SGP. Promesses de cap nouveau. Tectonique immobile. Les sociétés de gestion des participations de l'Etat ont été réunies par le Premier ministre la semaine dernière pour une grande séance de remontrances. Il y a dix ans, le ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, évoquait une recapitalisation de la dernière chance pour les Entreprises publiques économiques (EPE) dans le portefeuille du secteur public marchand. Là aussi l'argent du pétrole a joué à l'effaceur mnésique.
L'Etat a dépensé plus de 1 000 milliards de dinars pour les EPE à travers différents mécanismes : assainissement direct, soutiens bancaires au fonds de roulement et effacement des agios. Si l'on ajoute la vanne ouverte du financement bancaire, 2138 milliards de dinars sur la période, il y a des raisons de penser que «la dernière chance» s'est démultipliée tout au long des mandats de Bouteflika. Le solde final a démonté le placide Sellal. Dix autres années pour rien. Même pas suffisant pour tirer le bon diagnostic. Le Premier ministre parle de médiocrité qui doit cesser. Et d'obligation de suivre rapidement les orientations du gouvernement. Renversant. Si le secteur public marchand coûte tant à la communauté nationale, au lieu de lui rapporter des dividendes comme l'espère, faussement candide, Karim Djoudi le ministre des Finances ' c'est bien parce qu'il est public. C'est-à-dire politique en Algérie. Clientéliste et inféodé à l'injonction. Comme le confirme l'ordre du Premier ministre de cesser d'être médiocre.
Dans la profondeur géologique, la tectonique de Zemmouri concentre à nouveau de la force. Pour rompre à nouveau un jour. Quelque part le long de la faille. A la surface pourtant rien ne bouge. Les 28 SGP sont pour leur grande majorité candidates à un nouveau mandat auprès du Trésor public.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.elwatan.com