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De la vraie question d'un état cinquantenaire en crise de «vivre ensemble» Analyse éco : les autres articles



L'Algérie a cinquante années de vie étatique. La question récurrente dans les colloques annoncés cette semaine tourne autour de la faiblesse des performances économiques du pays. Et du lien de cette faiblesse avec le système politique en place. Surtout avec sa persistance. Une avancée dans la vapeur chaude de l'été. La mouvance qui soutient que l'économie algérienne est sur la bonne voie a profil bas. Depuis janvier 2011. Compliqué à soutenir face aux classements mondiaux têtus et aux débordements récurrents de l'Algérie «non utile». Mais d'où vient donc cette longévité de la non- performance de l'économie algérienne ' Un auteur, Zoubir Benhamouche propose ' dans son livre Algérie, l'impasse, - d'ajouter une explication culturelle à toutes celles alignées jusque-là : erreurs de stratégie économique, biais rentier ou syndrome hollandais par la faute des revenus énergétiques, gouvernance politique autoritaire qui ouvre un accès social limité à la participation citoyenne.
Toutes bien rodées. Si l'Algérie, au même niveau de PIB et d'indicateurs de développement que la Corée du Sud en 1962 se retrouve aussi loin cinquante années plus tard que ce dragon d'Asie, c'est aussi la faute à l'absence de confiance sociale. Un trait de culture collective ' En tout cas, un constat chez l'auteur. Le manque de confiance sociale bloque tout et coûte cher. La venue de Hernando De Soto, le spécialiste mondial de l'économie informelle à Alger le printemps dernier, est venu rappeler combien la sécurité des transactions était, et de loin, le premier avantage comparatif dans les pays industriels avancés. Et combien, à ce titre, ils continuaient, paradis fiscaux ou pas, à drainer une partie de l'épargne mondiale générée ailleurs, sous des latitudes plus «incertaines».
50 ans après l'indépendance, les Algériens ne font pas confiance à leur Etat. Pas confiance à leurs entreprises. Pas confiance à leur appareil judiciaire. Ni aux autres institutions d'intermédiation. Le coût en est bien sûr exorbitant. L'administration réfléchit l'année durant à comment prévenir les contournements de la loi et des règlements. Avant même qu'ils ne le soient vraiment. L'inflation documentaire dans le Doing Business vient de là. Elle carbure à la défiance horizontale. Interne aux dédalles. Dans un changement de carte grise, la daïra ne reconnaît pas, une fois sur deux, un certificat de résidence délivré par une APC. Et exige - après coup - la carte d'électeur en plus. Quitte à rendre les délais de règlement des transactions prohibitifs partout. Une moitié de la bureaucratie surveille l'autre qui traque les pichenettes des citoyens.
Archipel orwelien qui en est arrivé jusqu'à un arrêté ministériel qui instaure un registre de commerce par type de produit importé. Dans la même sous-famille de produits. Cinquante années d'Etat souverain ont donc affaibli la qualité de la signature régalienne. L'absence de la confiance sociale viendrait donc d'un constituant culturel. Une sorte d'irrédentisme national permanent. C'est là où intervient l'histoire coloniale de l'Algérie. Oui, les Algériens ne se font pas confiance entre eux. Encore moins à leur Etat. A l'échelle de l'histoire des nations, ce serait comme si l'on reprochait à une jeune femme de 30 ans, violentée à son adolescence, d'être trop méfiante avec les hommes. Le viol colonial travaille toujours la psychologie algérienne. Tous les jours. Il n'en existe pas d'équivalent dans le monde.
Les peuples qui ont été occupés aussi longtemps ont été définitivement soumis. Les Amériques et l'Australie en témoignent. Terres spoliées, anthropologie villageoise détournée, identité citadine masquée. La culture algérienne de la défiance est un fait d'histoire. De plus d'un siècle. La résilience après un si long traumatisme n'arrive pas sur deux générations. Surtout si l'histoire rechute dans de nouvelles violences domestiques comme dans les années 90. La vraie question à la veille de cette fantastique célébration n'est donc pas de savoir si l'économie algérienne va trouver bientôt la voie de la performance, mais de savoir si les Algériens sont en voie de rémission. Prêts à trouver, enfin, un vivre ensemble plus apaisé. Plus harmonieux. Une question beaucoup plus complexe qu'un plan de relance par les dépenses publiques.
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