Ces élections en finalité n'auront pas à changer le mode de vie des Algériens. L'habitude électoraliste ne les tient plus en haleine. Exception faite cependant pour ceux qui continuent à en faire une fonction, voire un métier. Etre candidat pour ces gens-là, s'assimile à une demande d'emploi. Une certaine expression d'avantages et de privilèges. Malgré les remous, les dissidences, les scandales, les mises sous contrôle judiciaire, certains s'acharnent non seulement à se faire reporter sur des listes, à retenter leurs chances, ou à récidiver leur mauvaise expérience, mais encore anticipent à crier leur succès et promettent (encore) de tenir leurs promesses. Je me souviens avoir lu « la bonne moelle se trouve dans les os durs », or que la pratique politicienne s'en montre à contre-courant en voulant faire croire que les os durs justement finissent toujours par ronger la bonne moelle. La convoitise des prochaines élections n'a pas cessé d'accoucher des fantasmes à tous les niveaux. La galanterie et l'apparence de civilisation qu'offre le ticket de l'estafette parlementaire a troublé les fêtes et détourné les têtes. Tout le monde pense pouvoir incarner le personnage du maire, du député ou du sénateur. Les élections sont ainsi à percevoir telle une voie apparemment plus aisée que celle qu'empruntent les grands commis de l'Etat. Lorsque l'on est dépourvu des attributs pouvant permettre de se coller ou d'être dans le sérail des seigneurs intellectuels mais malheureux, l'on se rabat sans scrupule, vers la voie de la cooptation et du parrainage, croyant de la sorte être des seigneurs tous heureux. Finalement, comme la nature, la démocratie ne peut avoir uniquement des vertus. Elle peut aussi, sinon elle produit également des excréments. En fait, le suffrage n'est qu'une étape. Et non un test. Et si par bonheur le poste de maire, par exemple, serait mis en compétition ? Où un certain niveau de pratique, de gestion, de contrôle et d'animation serait à exiger de tout candidat ? Loin des dispositions du code communal, le maire est censé gérer. D'abord une ville, une population puis une politique et un programme. Alors, pour ce faire, il ne faudrait pas être un simple « tête » de liste, mais une tête. En fait de têtes, ce sont, avec l'accord de tout le monde, des crânes, une cervelle, quelques fibres cellulaires, des caillots et un brin d'intelligence. En matière électo-radiographique, les têtes de liste ne sont, pour la plupart, que des urnes crâniennes écervelées. Le vide des urnes suggère et sollicite leur bourrage. Le vide des crânes facilite l'ancrage de l'abjection et éduque dès la première injection, la petitesse de soi et l'éminence du parrain. Ce qui était des secrets des dieux est maintenant dans la poubelle des insanités verbales les plus grossières que les élections ont connues depuis que la conspiration est constitution. Des noms sont venus, mais déranger, au sens le plus noble du sens, le sens de la sensibilité des électeurs. Moindre que celle de la présidentielle, l'élection municipale a de tout temps provoqué les vieux réflexes. Du tribalisme au sous-tribalisme. Comme elle ne s'est point empêchée les tout derniers temps de devenir une affaire d'argent. De la corruption électorale à l'achat de voix au pied de l'urne, le poste électif est plus attrayant et plus attractif que tout autre. Ailleurs, dans d'autres postes, tout y est paramétré, conditionné, nivelé. Là, aux bancs des mairies, de l'hémicycle ou du palais de Zighout, il existe d'autres paramètres. Ici la loi du relatif est une réalité. C'est une question d'hommes et de circonstance. Sans être une véritable tête, l'on peut y gravir les seuils. Il suffit d'avoir, au lieu d'une tête, une figure. Une photo à agrafer à un frêle dossier puis à accrocher aux murs des cités. L'on voir revenir un monde collectiviste qui pour ses adeptes ne s'est pas encore clos. L'on voit rejaillir un monde médiocre qui pour ses ambitieux ne vient que de se perpétuer. Paradoxe des temps, il n'est plus vertueux de reconnaître ses limites. Bien au contraire, dirait-on : pourquoi les autres et pas moi ? C'est justement cette envolée scrupuleuse qui anime l'ardeur chez quelqu'un et le pousse suicidairement vers l'inscription de son nom, même sans nom ni renommée. L'opinion publique n'est pas dupe et se retourne pour penser que le véritable dessein de cet étêtement de compétences à même de guider, telles des locomotives, un répertoire vif de draisines, n'est pas aussi anodin que paraît justifier un certain souci de « révolution des moeurs » ou de déclic repousseur du syndrome de l'ancien. Il y a anguille sous liste. N'assistons-nous pas ainsi à un scénario mettant en péril volontaire les deux formations au profit de tiers ? Chose qui ramènerait après le 29 novembre la population à une cohabitation forcée ou la pousser par réaction à bouder d'avance les toutes fraîches assemblées. En conséquence de quoi, les retraits de confiance et les impasses se dresseront d'elles-mêmes. La nouvelle vision que se font les « commandeurs des croyants », de militants et de fonctionnaires, n'a pas l'air de créer l'enthousiasme préélectoral, indispensable et mobilisateur. Bien au contraire, l'on assiste à une délation et une opposition contre-liste des plus farouches. Les aigris, les décalés, les non repris et les déçus iront certainement former un rempart réactionnaire à leurs « frères » d'hier et ne s'empêcheront pas de conforter involontairement l'appel au boycott quand ce ne seront pas les indépendants ou les listes « repenties » qui rafleront, par revanche, leurs voix. Dans le contexte malencontreux que vit le pays, eu égard à la mort très lente des communes et à la complexité des doléances et attentes populaires, le bon sens dirait qu'en face d'une telle élection, l'on courtiserait les candidats de tout bord. Par absence de postulants. A peu près le même scénario des gestions intérimaires des mairies par les délégués exécutifs communaux (DEC). A cette époque, le pouvoir peinait pour trouver des gens à charger à l'effet d'assurer la pérennité du service public. Représenter le peuple et l'Etat. Enfin sauver un peu les bibelots de la République en cours de faillite. Bon nombre de ceux rapprochés eurent à esquiver l'offre au grand risque macabre. Mais ingratement ceux qui y répondirent subiront peu après l'ire et le courroux des prétoires et des salles d'audiences dont plusieurs connaîtront à leur corps défendant la paillasse et les fayots. Devant les charges monstrueuses, sachant qu'aucune promesse ne peut être tenue par défaut de liberté d'agir ou politiquement ou économiquement, nulle personne majeure et vaccinée, douée de ses capacités physiques et morales, bénie par ses géniteurs n'aurait à acquiescer un tel mandat menant droitement vers le crucifix. Car tout simplement il est impossible de croire régler quelque chose. Si toute la volonté présidentielle, le cran et la stature historique qu'elle incarne n'ont pu qu'effleurer un tant soit peu la solution aux maux multiformes qui nous rongent, comment croirez-vous qu'une mairie ou « la conquête d'une APC » puissent réduire à zéro tous ces maux ? Même avec la projection de 100 locaux pour les jeunes, des halles aux fruits et légumes ou une poissonnerie de gros, la mairie n'est pas aussi aisément à prendre. Il faudrait juste aimer mourir pour les autres. C'est vrai, cela ressemble à une bataille mortelle. Un vrai djihad. Vivre le martyre en termes de digressions, calomnies, ingratitude et autres accusations obligatoires quand on passe par le siège du premier magistrat d'une ville. C'est pour ces raisons que les têtes de listes, probables chefs de communes doivent se fortifier la tête sans faire la forte tête. En somme, il demeure conseillé à tous de ne pas faire la tête, à propos des têtes de liste, car une « grosse » tête ne peut avaliser une autre de même gabarit, sans que sa survie soit mise en danger permanent, et c'est pour cela que toutes les têtes doivent être écervelées. Ces municipales, plus que toutes autres, en l'absence de micro-partis, auront à créer plus d'engouement dans la perversion politique et idéologique dans la mesure où les migrations partisanes, le transbordement de militants d'un parti vers un autre ou la banale recherche d'une place dans une quelconque liste, deviennent un mode opératoire payant. Les assemblées auront certainement leurs exécutifs, les villes leurs élus, mais la population n'aura jamais ses dignes représentants. Les affiches vont certainement tacheter les espaces publicitaires, les arcades, les façades et les murs. Des figures sous formes de photos seront présentes. Mais l'essentiel n'y sera pas malgré les innombrables listes et têtes de listes. La tête utile et pensante. Ne faudrait-il pas avoir une grosse tête pour être « un tête » de liste ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com