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De l'impossibilité du bonheur



De l'impossibilité du bonheur
Barbara est une peinture glacée de ce que peut être le totalitarisme extérieur et la peur intérieure.De la mélancolie à tous les étages dans ce film de l'Allemand Christian Petzold, Barbara projeté mardi soir à la salle Mohamed Zinet à l'office Riad El Feth, à l'occasion des 2es Journées du film européen d'Alger. De la mélancolie qui entraîne l'ennui au fil des images. L'histoire se passe l'été 1980 en Allemagne de l'Est, ex-RDA. A l'époque, «passer» à l'ouest, en ex-RFA, était un grand projet. Mais la paranoïa socialiste, défendue par la redoutable Stasi (services secrets), empêche ce rêve de se réaliser. D'où la grande muraille de Berlin et les fils électrifiés. Christian Petzold a choisi d'installer son personnage principal dans un village où le vent souffle presque en permanence, où la forêt semble habitée par la peur, et où les mouettes de la Baltique chantent la tristesse des jours qui passent.Dans cette région du nord de l'ex-RDA, Barbara Wolff (Nina Hoss), médecin, est mutée par mesure disciplinaire dans un hôpital. Barbara, qui exerçait à Berlin-Est, a osé demander «une autorisation» de sortie du territoire pour rejoindre son amant Jorg (Mark Waschke) en Allemagne de l'Ouest (ex-RFA). Barbara s'adapte comme elle peut au nouvel univers en se murant dans le silence. Il n'y a presque pas de vie dans ce village. La Stasi, les services secrets, surveille de près la praticienne qui porte «la subversion».Chaque jour une voiture noire se gare devant sa maison (dans les années 1970, les Algériens avaient connu les fameuses Citroën DS noires de la Sécurité militaire). Le sinistre Klaus Schütz (Rainer Bock), l'officier de la Stasi, vient fouiller l'appartement quand il veut. Même le corps de Barbara est «exploré». André (Ronald Zehrfeld), médecin chef, est quelque peu intrigué par le comportement de Barbara, une femme fermée qui ne sourit presque pas. «Sors de ton isolement», lui conseille-t-il. Mais André traîne lui aussi une histoire triste et une solitude douloureuse. L'amour est-il possible ' Dans son laboratoire, André montre un tableau de Rembrandt, le maître néerlandais de la peinture baroque néerlandaise. Une toile représentant des hommes habillés en noir qui dissèquent un cadavre.Le regard des hommes est pointé vers quelque chose d'invisible. La métaphore est évidente. Et l'explication que donne André à Barbara ? pour l'impressionner peut-être ? soutient le propos du film. Où est donc le problème ' Dans le régime totalitaire qui surveille tout le monde, doute de tout le monde et étouffe les expressions et les espoirs ' Ou le problème réside-t-il dans l'incapacité de l'homme de trouver sens à son existence et forme à son courage ' André est perdu, même s'il tente de le cacher. Barbara, qui symbolise tout le déchirement germanique d'après-guerre, refuse l'ordre qui lui est imposé mais ne sait pas comment en sortir. «Il est impossible d'être heureux dans ce pays», confie-t-elle à André qui la harcèle de questions.Elle, qui vit avec la méfiance dans le regard et dans le c'ur, se réfugie dans le jeu de piano et dans le soutien qu'elle apporte à Stella (Jasna Bauer), l'adolescente enceinte qui a fui un «camp de concentration socialiste» de Torgau.La conscience allemande est meurtrie par les camps de concentration et la négation de la vie humaine. Le système soviétique d'après 1945 imposé aux Est-Allemands a fait de tous ceux qui rêvent d'un autre destin des suspects en puissance. D'où la présence de la voiture noire dans le film. Trente ans après, «la surveillance» a pris d'autres formes !Barbara, qui rappelle parfois La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2007), tente de questionner l'histoire sans mettre de points d'interrogation. L'Allemagne gère son lourd héritage comme elle peut. Nina Hoss a soutenu une pesante charge dans cette fiction. Le metteur en scène, dont les parents ont fui l'ex-RDA dans les années 1950, a su lui faire porter sa propre amertume. Il a laissé Barbara à son destin, comme pour suggérer que lui-même n'a pas trouvé toutes les réponses qu'il cherche depuis sa naissance. Nina Hoss vient de participer dans le dernier film du Néerlandais Anton Corbijn, A most wanted man (Un homme très recherché »), inspiré du roman de John Le Carré. Ronald Zehrfeld, qui a débuté sa carrière cinématographique en 2006 avec Le perroquet rouge de Domink Graf, est connu surtout comme acteur dans les séries télévisées allemandes Face au crime et Tatort.La télévision a malheureusement laissé quelques petites traces dans son jeu. Barbara a obtenu l'Ours d'argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin 2012. Prix mérité puisque, à vue d''il, la mise en scène a sauvé quelque peu les égarements du scénario dans Barbara, un film qui aspire à vider les caisses de l'illusion des temps modernes : la joie de vivre.


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