Alger - Revue de Presse

De l'économie de la connaissance à l'économie du lait et des légumes !



Souvent dans notre pays - pour ne pas dire dans tous   les cas -, des décisions importantes - qui engagent l'avenir du pays et hypothéquent des ressources financières considérables - sont prises sans qu'il y ait débat public. Pas plus les citoyens que les organisations de la société civile (partis et ONG), ni encore moins les citoyens intéressés, les chercheurs de nos centres de recherche et de nos universités n'ont accès aux études qui ont conduit à prendre ces décisions (1). Ainsi, le quotidien El Moudjahid du 6 octobre 2007 (2) nous apprend que deux mesures sont préconisées en matière d'élevage et de commercialisation des produits agricoles: - L'importation de 300.000 vaches laitières d'ici la fin de l'année (3), - La création d'un Office des légumes qui serait chargé d'acheter leur production aux agriculteurs et de «réguler» le marché. Ces mesures ne résoudront aucun problème et sont fort coûteuses pour un pays dont le souci constant devrait être d'utiliser ses maigres ressources en devises (4) de la façon la plus rentable et économe possible. Pour ce qui est de l'importation de vaches laitières, on fera les remarques suivantes: - L'annonce d'achats massifs par l'Algérie n'est pas très indiquée. Elle va sans doute entraîner une hausse des prix de la part des fournisseurs, d'autant plus que l'offre de ce type d'animaux n'est pas très élastique. - Les vaches importées aussi massivement ne pourront pas être entretenues de façon correcte. Il faut en effet préparer les conditions d'accueil pour que ces animaux (qui sont de véritables «usines à lait») puissent développer tout leur potentiel (étables correctement aménagées, alimentation abondante et soins appropriés). Pour la seule alimentation en fourrage vert, il faut environ 1,5 ha en irrigué et 3 à 4 ha en sec. Où trouver les superficies nécessaires ? D'autant plus que la politique de suppression de la jachère n'a pas donné beaucoup de résultats jusqu'à maintenant (encore 40% des terres cultivables). - L'objectif recherché (diminuer les importations de poudre de lait et de MGLA) ne sera très probablement pas atteint du fait qu'une grande partie des vaches ira sans doute à l'abattoir bien avant d'avoir terminé un cycle de vie normal. Cette affirmation se fonde sur une étude faite récemment par le CREAD (5) qui montre que si on avait entretenu correctement toutes les génisses pleines importées depuis l'indépendance, l'Algérie disposerait en 2005 d'un cheptel de vaches laitières de plus de 16 millions de têtes (avec un taux de reproduction de 78%, taux donné par le Circuit d'information zootechnique dépendant du ministère de l'Agriculture) ! Ce chiffre est à comparer à celui donné par les statistiques officielles du MADR pour la même année: 234.580, soit 1,6% du cheptel qui aurait dû exister. En prenant un taux de reproduction plus «réaliste» (65%: tenant compte d'un niveau supposé faible de maîtrise de l'élevage moderne par nos agriculteurs), le cheptel de vaches laitières qui aurait dû être présent en 2005 se monte quand même à 2.784.706 vaches, soit presque 12 fois plus que le chiffre donné par les statistiques officielles du MADR. Concrètement, cela veut dire que les vaches importées depuis l'indépendance ont été menées à l'abattoir avant la fin de leur cycle normal de vie (8 années). Dit plus abruptement, il s'agit d'importation par de petits malins de viande fraîche sur pied à faible prix (6) qui les enrichit ainsi que leurs clients aux dépens des réserves en devises du pays et aux dépens d'une politique sensée de l'élevage laitier. QUE FAIRE ALORS ?
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)