En vérité, la conclusion nationale est simple comme lasavate d'un Abbaside pauvre, exclu du casting des Mille et une nuits, au XIesiècle: Personne ne sait ce que fait et ce que veut Bouteflika.Sauf, peut-être Fillon, le Premier ministre français qui, le premier annoncerapeut-être, le départ de Belkhadem avant Belkhadem. «La principale caractéristique du fauteuil d'unPremier ministre, c'est d'être un siège éjectable», dira-t-il, lors de savisite en Algérie, trois jours avant le changement. Ouyahiarevenu sur terre et Belkhadem parti à La Mecque, tout le mondesuccombera à la tentation de la «lecture» des actes dans un pays qui se composeessentiellement d'un Président qui ne discute qu'avec lui-même, un jerrican depétrole, un peuple qui tourne en rond et des voleurs de câbles et de cuivre.
Ainsi, dans la foulée des fantasmes, on présentera Ouyahia comme un gage de la laïcité en retour et donc Belkhadem comme un islamiste mis en échec indirect. Onoubliera très vite l'homme du sale boulot et de la matraque contre ceux qui nesont pas d'accord, pour ne retenir que l'homme sans barbe, fort d'une visiond'avenir, d'un constat d'échec au présent et d'un passé devenu vierge. Onprésentera la nouvelle formule comme une ruse du grand calife, voulant«scotcher» un concurrent, recycler un proche et trouver un consensus avec sesopposants.
Dans le Palais vide de la gouvernance donc, chacun, l'oreillecollée à la dalle de sol posée par des Chinois, cherchera à trouver le sensd'une marche à quelques bruits de chaussures que l'on déplace pour mieux lesranger. Est-ce un tort? Peut-être que non. L'Etat est devenu tellementindépendant de son peuple que personne ne sait ce que l'Etat veut de lui-même, oùil va, avec qui il veut se marier et qui est vraiment derrière le rideau defond. L'analyse à blanc est donc de mode jusqu'au moment où on découvrira queles étiquettes sont trompeuses et que l'association de défense desconsommateurs ne peut rien contre les fabricants de certains produits: Ouyahia est présenté comme Libéral, Belkhademcomme conservateur, mais tout les deux le sont autant que peut être un rabot dans les mains d'un menuisier de l'extrême droite. Cela n'a aucun sens depuis longtemps, sauf après les heures detravail, que d'affirmer une vision politique lorsque le premier programme dechacun est «de poursuivre le programme du Président».
A la fin, on se retrouve, par-delà les effets spéciaux dumoment, avec la vraie question: que veut et que fait Bouteflika?Personne ne sait. Pas même ses plus proches qui affirment être dans le noir. Leprojet national de Bouteflika, c'est Bouteflika. Sa propre biographie. Son destin. Sa vision quine voit que lui dans le désert qui ne cesse de l'applaudir. Dans le cadre decette mystique monoplace, il n'y pas de place pour les autres que sous la formede billes ou de tribus. L'homo-sapiens étant obligéde trouver du sens et de lire l'avenir, même dans une tasse de café, le peuplede la RAPDessaye donc de trouver du sens dans ce que Bouteflikapratique comme un jeu de dés, une distributions de galons, un sport mental ouune rediffusion revue et corrigée du Boumédiènisme.
Un confrère l'a écrit dans le journal à propos du nouveaugouvernement: les acteurs changent mais pas le scénario. Il y a plus gravepourtant: les spectateurs s'abêtissent, de plus en plus, au point où l'on sedemande s'il ne faut pas admirer Bouteflika au moinspour avoir transformé ce peuple en cinéphiles invertébrés et ses observateurset certains journaux en ramasseurs de balles.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com