La construction de centrales de production d'électricité nucléaires s'est pratiquement arrêtée li y a une quinzaine d'années environ, mais l'épuisement accéléré des réserves pétrolières et gazières, à cause notamment de la croissance économique dans les pays émergents, et le réchauffement climatique dû aux émissions de gaz carbonique provenant de l'utilisation des hydrocarbures, ont relancé depuis quelques années les projets de centrales nucléaires. Depuis 2006, on observe une augmentation des contrats d'études et de construction ou d'extension de centrales. Plusieurs pays de l'OCDE (Canada, USA, Japon, Corée du sud, Royaume-Uni, France) ont annoncé leur intention de produire d'avantage d'électricité d'origine nucléaire. Des réalisations sont déjà programmées; 8 nouvelles centrales d'une capacité de production de plus de 10.000 MW au Japon et 2 centrales en Corée du sud. Actuellement, 60 demandes d'extension des licences d'exploitation des 103 réacteurs en activité aux Etats-Unis ont été déposées. Le Congrès a voté, en 2006, des incitations fiscales pour six premières nouvelles centrales. M. Burr (sénateur républicain de Caroline du nord) a déclaré :» Si le nucléaire ne constitue pas 60 % de son nouveau portefeuille énergétique, l'Amérique ne s'en sortira pas». Et David Sandalow, de l'Institut Brookings, à Washington de prédire: «l'énergie sera, avec la couverture médicale, le principal débat de politique intérieure» de l'élection présidentielle américaine de 2008. Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, a affirmé à l'occasion du XXe Congrès mondial de l'énergie qui s'est tenu, du dimanche 11 au jeudi 15 novembre 2007 en Italie, qu'»on n'a plus à plaider la cause du nucléaire», tout en réclamant une «autorité de certification globale» européenne pour réduire les délais d'autorisation. Hors OCDE, certains pays (Chine, Russie, Inde, Afrique du Sud, Argentine, Egypte, Indonésie, Maroc, Algérie, Libye) ont décidé d'augmenter ou de créer leur capacité de production d'électricité nucléaire dans les années à venir. Les conclusions de la conférence de Bali (Indonésie) sur le réchauffement climatique pourraient venir conforter le choix et le développement de l'énergie nucléaire dans de nombreux pays. C'est dans ce climat favorable à la relance de l'industriel nucléaire civile que le président Sarkozy a proposé aux pays du sud de la méditerranée une coopération dans ce domaine. «Si on ne donne pas l'énergie du futur aux pays du sud de la Méditerranée, comment vont-ils se développer ?, et s'ils ne se développent pas, comment va-t-on lutter contre le terrorisme et le fanatisme ?» s'est interrogé Nicolas Sarkozy pour défendre son idée. L'initiative du président français consiste à créer une Union de la Méditerranée (UM) regroupant les pays des deux rives de la méditerranée, appelée à prévenir le «choc des civilisations» et à aider à l'instauration progressive d'une vraie démocratie dans les pays musulmans. Conscient des difficultés que pose la construction de ce type d'institution, Alain Leroy, ambassadeur en charge du Projet de l'UM, précise : «Pour le moment, nous commençons par l'union des projets» ; une des idées lancée à propos de ces projets serait de créer dans un premier temps une politique énergétique commune sous la forme d'une «Communauté Méditerranéenne pour l'Union Energétique, Commune» à l'instar de ce que fut la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) créée par les européens en 1951. Cette politique de coopération énergétique a été globalement bien accueillie en France si on excepte la réaction de Greenpeace France qui est venue par la voix de Yannick Rousselet chargé de la «campagne Energie» qui s'interroge : «En quoi promouvoir le nucléaire va-t-il profiter aux populations ? Libye, Maroc, Algérie_ Quels sont les deals en cours ? On peut s'interroger sur la volonté de certains États de se lancer dans une technologie en régression au niveau mondial, très risquée et très coûteuse, qui les mettra sous dépendance technologique et énergétique de la France et d'Areva, alors qu'ils disposent de toutes les conditions pour passer directement à un modèle énergétique propre, notamment fondé sur les énergies renouvelables ?». La classe politique française dans sa grande majorité approuve l'initiative énergétique du président Sarkozy, bien que la coopération avec la Libye ait montré les limites de cette approbation. En effet, des réactions partagées ont été enregistrées à l'occasion de la visite effectuée en France par colonel libyen Mouammar Kadhafi et qui devait concrétiser la signature de contrats et de conventions dans les domaines nucléaire et militaire. L'UMP, par la voix de Thierry Mariani, secrétaire national chargé des relations internationales, estime «qu'il s'agit de la meilleure manière d'accompagner le peuple libyen dans sa quête d'une démocratie accomplie». L'ancien premier ministre Dominique de Villepin a lui jugé qu'il était «tout à fait juste» de recevoir le dirigeant libyen, tout en notant qu'il faut être «vigilants» et «responsables». François Hollande reproche à Nicolas Sarkozy de recevoir «un chef d'Etat qui justifie aujourd'hui le recours au terrorisme international». Ségolène Royal juge «très choquant», l'accueil du dirigeant libyen, alors que le chef du MoDem François Bayrou l'estime «indigne». Des dissensions sont apparues au sein même du gouvernement par la voix de Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, qui a déclaré : «notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits». Elle a cependant tempéré ses déclarations après avoir été reçue par le président de la république. Les pays du Sud de la Méditerranée se sont montrés plutôt favorables à la proposition de Nicolas Sarkozy. Ils l'on fait savoir à l'occasion des visites de ce dernier en Libye, au Maroc et en Algérie. Ces visites ont donné lieu à des accords sur la recherche fondamentale dans le secteur atomique, l'arsenal législatif, réglementaire et administratif, la formation des techniciens, l'exploration et l'exploitation des gisements d'uranium, la sûreté nucléaire, la radioprotection et le transfert de technologie ont été signés entre la France et la Lybie, le Maroc et l'Algérie. Des contrats similaires pourraient être signés avec l'Egypte dans les mois qui viennent. Les chances de signer des contrats de vente de centrales nucléaires avec ces pays sont réelles même si les annonces ostentatoires de la partie française de signature de contrats lors de la visite du président français en Algérie agacent. Les déclarations des responsables du secteur énergie de ce pays témoignent de cet agacement. Le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane a estimé que «Le niveau de l'investissement français dans le secteur énergétique demeure faible par rapport à celui des Américains, malgré les avantages comparatifs qu'offrent la proximité géographique et la langue et qui auraient dû le favoriser». Le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil a quant à lui prévenu que «la Sonatrach n'offrira pas aux compagnies françaises plus d'incitations qu'à d'autres. Reste que les contrats de centrales nucléaires éventuels à venir ne pourront aller à leur terme et avoir l'effet attendu sur le développement des pays du Sud de la Méditerranée que s'il existe une volonté politique sincère, qui s'inscrive dans la durée. Il ne faut pas oublier qu'une collaboration réussie dans le domaine nucléaire nécessite 20 à 30 années d'efforts humains et financiers. Cette volonté devra se traduire par des relations franches et transparentes, basées sur le dialogue d'égal à égal et la confiance mutuelle et débarrassées de la politique «des coups commerciaux» à sens unique pratiquée encore par certains opérateurs économiques comme le montre ce dialogue rapporté par un journaliste du quotidien algérien «El Watan» qui, sous le titre «Peu de mots pour un paquet de contrats» écrit : deux hommes d'affaire français dialoguent lors de la cérémonie de signature des accords commerciaux à Alger : «C'est un partenariat ''gagnant gagnant» disait le premier, et le deuxième de répondre : «Oui, pour l'instant, c'est nous qui sommes gagnants. Elle devra s'exprimer au travers d'un véritable transfert de technologie vers les pays du Sud sous forme de livraison de fournitures et prestations fiables, complètes et assimilables par les pays du Sud et notamment par l'assistance à la création ou au renforcement d'une «organisation nucléaire nationale» comprenant les organismes et les entreprises impliquées dans cette industrie : instituts de recherches, organismes de contrôle, de sûreté, de radioprotection, organisme de la qualité, sociétés d'étude, de fabrication, de construction, de maintenance, de traitement des déchets, etc. Toute retenue ne devrait résulter que du risque de voir l'un ou l'autre des pays concernés refuser d'honorer ses engagements. La réussite du transfert de technologie suppose un cadre de travail clairement défini, des règles et des pratiques éprouvées. Issues d'expériences vécues (coopération franco-algérienne dans le domaine de l'industrie pétrochimique et sidérurgique dans les années 60, coopération franco-américaine et franco-chinoise dans le domaine nucléaire dans les années 60 et 80, respectivement), voici quelques exemples de règles et pratiques sur lesquelles devra s'appuyer la collaboration entre les pays du Nord, et en particulier la France, et les pays du Sud de la Méditerranée dans le cadre des contrats à venir.
COTE PAYS DU NORD
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Madjid Chaker *
Source : www.lequotidien-oran.com