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Contre-pouvoirs de Malek Bensmaïl



Contre-pouvoirs de Malek Bensmaïl
C'est sans doute l'une des rares déceptions de ces 13es Rencontres cinématographiques de Béjaïa : le dernier documentaire de Malek Bensmaïl Contre-pouvoirs est à l'extrême opposé du style transcendant et libre du cinéaste.Nous sommes en avril 2014, la campagne du candidat fantomatique pour un quatrième mandat bat son plein. Malek Bensmaïl choisit de suivre cette actualité aussi sensible qu'ubuesque à travers le prisme de la rédaction d'El Watan. Avec lui, nous sommes en immersion dans les locaux du journal situés à la Maison de la Presse et très vite s'installe une mise en place étriquée où le spectateur est quasiment dirigé par la caméra et comme emprisonné dans les dialogues assez prévisibles entre journalistes indignés. Nous sommes à l'étroit dans ce film d'autant que les seules sorties possibles sont davantage «physiques» qu'émotionnelles puisque le réalisateur nous emmène régulièrement sur le chantier du futur siège d'El Watan où des ouvriers chinois travaillent d'arrache-pied.Durant une heure et demie, il s'agit de subir une parole et d'absorber passivement les lieux communs et les débats préconçus autour de la politique en Algérie. Les petites bagarres sympathiquement idéologiques entre Hassan Ouali et Hassan Moali rythment ce film sans lui donner la fluidité et les ouvertures chères à la filmographie de Bensmaïl. S'installe alors la désagréable impression de se retrouver dans une énième discussion de comptoir où se confrontent les clivages les plus éculés du milieu journalistique et intellectuel algérien. Et cette claustration finit inévitablement par créer un sentiment de vacuité tant l'image se réduit à un simple support au discours et que les acteurs de ce film deviennent la caricature d'eux-mêmes.Le cinéaste a malheureusement plus de partis-pris moraux qu'esthétiques car la vie au sein du quotidien durant ces sept semaines de tournage semble l'avoir enchaîné à une espèce de routine cinématographique : les deux Hassan polémiquent, Omar Belhouchet anime les réunions de rédaction entre deux séances de sport sur son tapis de marche, Mustapha Benfodil fait ses reportages entre deux actions du mouvement Baraket, le rédacteur en chef Ali Benyahia se laisse convaincre par les journalistes sur la pertinence de tel ou tel paragraphe, le caricaturiste Saad Benkhelif essaie de souligner au mieux le grotesque de la situation”'au loin, l'on ne fait que deviner l'existence d'un espace et d'une société où le propos du film aurait pu respirer et nous laisser respirer, où une palette plus nuancée d'idées et de dialectiques était susceptible de lui conférer plus d'aspérités”'or, Malek Bensmaïl ne parvient pas à sortir ni à libérer son récit du tracé quasiment manichéen dans lequel il s'est engouffré : un «président élu dans un fauteuil» (dixit la Une d'El Watan) et une rédaction résistante qui, selon lui, «constitue une lucarne sur la société algérienne»”'dans Aliénations, le réalisateur a traité de la folie et de la prise en charge des maladies mentales avec une subtilité et une intelligence déroutantes mais il a surtout créé une œuvre artistique à part entière ; avec La Chine est encore loin, il est touché par la grâce et nous offre en cadeau une fresque bouleversante où images et personnages sont en incessante chorégraphie”'dans Contre-pouvoirs, on aura passé 97 minutes à chercher patiemment le regard de Bensmaïl, son ressenti vis-à-vis de tout ce qui se dit et se filme, ses grandes fenêtres qu'il avait l'habitude de nous ouvrir afin qu'au sein même d'une thématique précise l'on puisse voyager sans contraintes et sans garde-fous.Mais à la fin de la projection, on ressort avec un pénible enchevêtrement de verbosités et une sensation d'engourdissement aussi bien physique qu'intellectuel.


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