Marianne savait
Il y a 63 ans, des milliers d’Algériens payaient de leur vie la libération de la France. Chaque année à pareille date, les mêmes exigences sont faites et la télévision nationale repasse les mêmes séquences montrant un soldat français fusiller à bout portant un bédouin algérien devant sa tente. Un civil qu’il ne pouvait, pourtant, pas confondre avec l’un de ces «terroristes» de l’ALN ou du FLN parce qu’ils n’étaient pas encore fichés mais qui firent trembler la puissance coloniale et fait chuter la IVe République. Mais aussi parce qu’il était impossible que le malheureux puisse menacer la sécurité du militaire, casqué et botté, avec des mains levées bien visibles et très haut levées en l’air. Et au moment où Israël a réussi à faire adopter une loi pour emprisonner quiconque oserait remettre en question l’Holocauste, et fait entrer dans les circuits officiels la visite du musée de la Shoah à tous les présidents occidentaux, l’on en est en Algérie, encore, à demander des excuses qui ne viendront jamais.Il est utopique de penser que l’histoire est universelle et impensable de mettre sur le même pied d’égalité deux pays pour des raisons que chacun est libre d’interpréter à sa convenance, pour s’acheter bonne conscience ou pour des intérêts étroits. Le fait est qu’un mort est un mort. Qu’il soit Algérien ou Juif -parce que l’Etat d’Israël n’existait pas en 1945- la reconnaissance d’un tort est le moindre des hommages que l’on puisse rendre à un peuple. Reconnaître que le colonialisme a fait des dégâts comme l’a dit le président français, ou qu’il s’agisse de construire des relations durables tournées vers l’avenir comme l’a répété Alliot-Marie, n’interdit pas à la France de faire ce qu’avait fait l’Allemagne et envers la France et envers Israël. C’est probablement pour cela que leurs relations sont excellentes. Franchir le pas et présenter des excuses à l’Algérie, pour tous les enfants qu’elle a tués depuis 1830, ne suffiront certainement pas.
La France qui se vante d’être le berceau des droits de l’Homme, et d’être l’un des premiers pays au monde à disposer d’une justice codée et réglée, sait qu’elle devra verser des dédommagements. La lutte sera âpre et longue, et n’aboutira probablement pas ou pour certains massacres seulement. Parce que les repères de l’histoire se sont estompés et qu’il se trouvera toujours des voix qui s’élèveront pour accuser ceux qui se sont tus au lendemain de l’indépendance, alors que tout avait été fait pour effacer les mémoires et bâillonner la parole par des accords qui assuraient l’impunité à des assassins qui se sont, pourtant, assumés comme tels, devant les hommes et face à leurs consciences.
Les Algériens n’attendent pas de la France le même geste que celui fait par l’Allemagne aux Juifs, sinon les plans des lignes Challe et Morrice auraient du être moins hasardeux. Ils se contenteront de voir à quoi ressembleront les dérobades que présenteront les pouvoirs publics français à chaque fois qu’un Algérien rappellera à Marianne qu’elle a donné le sein à des assassins.
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com