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Commémoration du 19e anniversaire de la mort de Tahar Djaout



Commémoration du 19e anniversaire de la mort de Tahar Djaout
Au paradis d'Oulkhou Nous sommes le 3 juin 1993. C'était un jour ensoleillé qui voyait la canicule s'abattre sur la région d'Azzefoun. Le long serpent métallique de quelques milliers de voitures avait de la peine à s'ouvrir la voie vers Oulkhou, destination d'un pèlerinage insolite. Passé le pont de Sidi Khalifa, les pare-chocs se caressaient dans un frottement à peine perceptible pour les chauffeurs. Il fallait s'arrêter là et rejoindre les milliers de pèlerins qui escaladaient, à pied, les flancs de la colline où trônait le lieu du rendez-vous. Des vieux, des vieilles, des jeunes et des moins jeunes. A la lecture des plaques d'immatriculation des voitures stationnées sur les bas-côtés, presque toutes les régions d'Algérie s'étaient donné le mot.
L'événement était fortement chargé de symbolique. Il fallait être présent pour saluer le grand écrivain dont l''uvre taquinait le gotha de la littérature mondiale. C'était aussi l'hommage au journaliste talentueux, engagé dans la lutte pour sauvegarder le soleil et les lumières de l'Algérie. Pour d'autres, ce voyage mélangeait les larmes de rage et de chagrin devant la perte de l'enfant du village qu'ils aimaient aborder dans cette simplicité qui le caractérisait. Le sourire angélique n'était pas loin, au détour d'un souvenir d'enfance ou d'une blague du terroir. A ses moments de solitude, pris dans le tourbillon fiévreux de la création, il venait s'isoler justement là, à quelques mètres de cet endroit qui sera sa dernière demeure. Face à l'horizon marin, il embrassait du regard les vertes berges de l'oued Sidi Khalifa. A ses compagnons qui assistaient à ce silence rituel, il s'excusait : «J'ai un livre en préparation et je risque de ne pas trop avancer. Alger me prend tout mon temps. C'est ici que je ressource ma plume. Un tel panorama est paradisiaque.»
Tahar Djaout n'a pas choisi de mourir si jeune. Il ne croyait pas être en danger. Il n'avait pas pris la mesure de son aura et du danger que sa plume représentait pour les «tueurs de lumières». Sa modestie prenait toujours le pas. Il repose pour l'éternité dans le pays de ses ancêtres. Ses écrits et son souvenir lui ont survécu. Pour l'éternité.
Quand on lui reprochait de ne pas avoir pensé à construire une habitation à Azzefoun, il répondait souvent : «Tu sais, j'aime Oulkhou beaucoup plus qu'Alger ou Azzefoun.» On l'aura compris : il n'a jamais voulu se déraciner. Au paradis des poètes, il doit sûrement continuer à décrire la beauté sauvage de son village natal. Repose en paix, Tahar.


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