Un anthropologue déplore la perception coloniale
Approché en marge du colloque international organisé à Alger sous le thème «oralité, vocalité et scripturalité», l’anthropologue algérien, Ahmed Benaoum, de l’université de Perpignan déplorera la perception univoque de l’oralité par l’idéologie coloniale.
«Celle-ci, dit-il, en classifiant la société algérienne parmi les sociétés orales, prouve on ne peut plus clairement un comportement colonial politique visant à faire admettre la domination.» Le chercheur Ahmed Benaoum, également coordinateur scientifique du colloque, s’indigne que la colonisation ait toujours qualifié les sociétés à tradition orale d’incultes et de sociétés infra-humaines pour les dominer et les ramener dans son giron alors que, rappelle-t-il, «la majorité des recherches anthropologiques ont toujours montré que les sociétés du monde arabe et celles africaines sont des sociétés scripturales», précisant ainsi que l’écriture alphabétique existait dans ces régions depuis 2.600 ans, durant la période libyco-berbère (600 ans avant Jésus-Christ). En plus, la conception de l’écriture linaire et phonétique reste, à ses yeux, très limitée. L’orateur a, en outre, fait état du manque terrible de revues spécialisées dans le domaine de la recherche scientifique, notamment l’anthropologie et l’archéologie, estimant qu’un chercheur sans presse spécialisée n’est qu’un chercheur muet dans la mesure où ses travaux et résultats ne sont pas mis à la disposition de la société. Pour sa part, le Dr Slimane Hachi, directeur du Centre de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), connu pour son ouvrage didactique «Aux origines des arts premiers en Afrique du Nord», résume posément la problématique de l’oralité/vocalité en une seule phrase. «L’oralité, la vocalité et la scripturalité sont les trois versants de toute expression culturelle. Tout ce qui est oral peut s’écrire», souligne-t-il. Pour le Marocain Ahmed Hafdi, docteur en didactique des langues, qui aura à intervenir aujourd’hui sur le thème «De l’oralité à la scripturalité: réflexions sur quelques pistes de recherche d’une expérience associative», la culture coloniale est ethnocentriste. Il n’y a pas, selon lui, de culture supérieure à une autre et «l’oralité est à l’origine de l’écrit». «C’est tout bonnement un patrimoine immatériel qui n’a pas de nationalité», dira-t-il. Animant l’association OCADD (oralité, conte, amitié, dialogue, développement), Ahmed Hafdi trouve que «le conte, ça se dit, a un style, daté et spatialisé». Plus explicite, il estime que le conte, qui englobe en soi oralité et vocalité, est dépositaire de la mémoire collective. D’autant que, atteste-t-il, le conte de par son caractère insaisissable est quelque chose que la graphie ne peut fixer. «Ne dit-on pas dans un vieil adage: quand un vieil homme meurt, c’est une bibliothèque qui brûle», ajoute-t-il, même s’il trouve que l’écriture est nécessaire pour préserver ce patrimoine universel. Il considère enfin le conte comme «une voix singulière, colorée par un état d’âme qu’on ne peut pas traquer par écrit».
Abed Tilioua
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com