La seconde édition du Ciné-club de RAJ (Rassemblement action jeunesse) s'est déroulé vendredi passé à Alger -centre autour de la thématique des harragas. L'occasion pour les présents au siège du collectif associatif d'assister à la projection de deux courts-métrages. Le premier, réalisé par Meriem Achour Bouakkaz, était "Harguine Harguine". Le second avait pour titre "El barrani" , de Aboubakeur Hamzi. Le premier revient sur le cas de certains harragas de l'Est algérien. Filmé en 2007, le court métrage a abordé les déboires de la jeunesse et cette envie de quitter le pays par désespoir. Les témoignages poignant n'ont pas laissé indifférents le public présent. De son côté "El barrani" était un mélange de fiction et de "réalité", dans lequel le réalisateur a essayé de montrer le lien entre le rap, l'art et la harga.©RAJ-Algérie
A la fin des deux projections, Abderahmane Krimat, l'animateur du Ciné-Raj (et également réalisateur) a lancé les débats auxquels a participé la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL). Deux membres du "Collectif des Harragas disparus en Mer", Kamel Belabed (le porte parole) et Boubekeur étaient les invités d'honneur du jour. Deux personnages dignes d'intérêts et tout simplement dignes. Ces deux parents ont perdu chacun un enfant, disparu dans une tentative de harga. Un malheur subi en 2007 et à ce jour "sans issu".
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Kamel Belabed (à gauche) et Boubekeur, deux membres du collectif du
"Collectif des Harragas disparus en Mer" /©RAJ-Algérie
Belabed et Boubekeur, se sont étalés sur leur combat de plus de 10 ans. Si au début il (le combat) était pour leur progéniture, il est devenu, au fil des années, celui des autres disparus "qui sont devenus comme mes enfants" martelait Belabed devant l'assistance. Les interventions des invités et des autres présents ont, entre autres, permis de soulever cette insoutenable légèreté avec laquelle la Harga est prise en "charge" en Algérie. Les autorités se contentant des macabres chiffres des disparus, des morts et des interpellations, alors que la classe politique s'en lave les mains, confirmant sa totale "déconnexion" avec les citoyens, ce qui est pourtant l'essence même de son existence. Le constat est là, 11 ans après, la harga continue, les interpellations, les disparus, les morts, et du coup, les familles des harragas, ne cessent d'augmenter, et permet n'arrive à voir le bout du tunnel.
La rencontre était également une occasion de débattre du rôle de la société civile en Algérie, dont la présence est plus "palpable" dans des écrits (d'ailleurs insuffisants) mais quasi absente sur le terrain. Il suffit de se pencher sur les multiples crises soulevées depuis plusieurs années dans différents secteurs et remarquer l'absence, ou presque, de forces vives capables de donner une "forme" aux revendications.
Abderahmane Krimat a ainsi soulevé, à travers "El Barrani", la question du rôle des intellectuels dans la société. Certains parmi l'assistance essayaient de justifier la "mollesse" de cette catégorie par les problèmes qu'ils subissent, et leur manque de moyens. Trop insuffisant comme explication! C'est dire que l'intellectuel est remis en cause en tant que tel de par le peu d'effet qu'il a sur la société.
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De son côté Abdelouahab Fersaoui, président de RAJ, a évoqué la Harga comme un "phénomène" qui devrait être englobé comme un mouvement global de revendications. Il citera, entre autres, la grève des médecins résidents. Même s'il ne l'a pas évoqué ouvertement, mais le premier responsable de l'association, a touché un aspect essentiel, celui de l'importance d'une convergence des luttes. Au-delà de la petitesse des différences, et des fausses querelles, résoudre les crises actuelles ne peut provenir d'un statuquo, devenu lui même un danger pour tout le monde.
Cette rencontre a finalement permis de "caresser" la convergence des luttes en mettant en exergue le malheur des harragas et de leur familles. N'est-ce pas finalement la raison d'être de tout art '
Salim KOUDIL
@SalimKoudil
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salim KOUDIL
Source : www.liberte-algerie.com