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Choisir entre la démocratie et l'Algérie



Choisir entre la démocratie et l'Algérie
Lancée par un homme d'une touchante sincérité dans un moment de grand désarroi, la formule a fait le tour du pays : «Si j'avais à choisir entre la démocratie et l'Algérie, je choisirais l'Algérie». Mais les cris du c?ur lancés par des hommes sincères ont ceci de problématique : ils ne font pas une philosophie politique. Ils constituent encore moins des idées alternatives susceptibles d'ouvrir une perspective de sortie de l'impasse. Surtout que tout le monde peut «aimer ça». Beaucoup de monde, dont ceux qui en font un argument massue pour nous convaincre qu'après tout, on peut très bien se passer de démocratie, quand le? pays est en danger ! Et bien sûr, le pays est en danger permanent, puisque ce sont eux qui décident ça. Tenez, depuis quelques semaines, la télévision «publique» nous propose une émission de débat censée coller à l'actualité de l'élection présidentielle. Des plateaux où tout a été essayé pour réussir l'impossible : faire semblant de débattre sans réellement débattre, faire semblant de se contredire en disant la même chose, faire semblant d'être différents en étant les mêmes.L'animatrice, en gardienne vigilante des lignes rouges et du patriotisme, veille. Et au terme de l'émission, pour prouver que finalement tout le monde s'entend sur l'essentiel, elle pose cette question lancinante à tous ses invités : l'Algérie ou la démocratie ' Et bien sûr, l'«essentiel», le patriotisme et? l'Algérie supposent les louanges de l'ordre actuel et le prolongement du statu quo. Il y a bien eu un ou deux invités assez lucides pour ne pas tomber dans le «piège», au demeurant grossier, et répondre qu'on peut parfaitement choisir l'Algérie? et la démocratie. Pour les autres, la formule était du pain béni qui leur a permis de compenser leur déficit de conviction. Ou alors ils ont «mordu» par calcul élémentaire : la phrase ayant eu le succès populaire que l'on sait, ils ne vont pas bouder leur bonheur en la revendiquant opportunément, surtout que l'occasion leur a été généreusement offerte sur un plateau de télévision. Et puisque l'Algérie, le patriotisme, la sécurité, voire même la démocratie sont synonymes de statu quo, pourquoi s'arrêter en si bon chemin et se passer de tout le reste ' C'est ce qu'a dû se dire le représentant du FLN à la dernière édition de cette émission. Alors il ne s'est pas gêné : c'est Dieu qui nous a donné le pouvoir et il est le seul à pouvoir nous l'enlever ! Personne sur le plateau n'a demandé ce qui restait à débattre dans ce cas, mais on n'en attendait pas tant, il eût fallu une force de conviction pour ça et elle n'était visiblement pas au rendez-vous. On peut toujours faire semblant de se contredire sur les questions subsidiaires. Même le représentant du MPA et celui du FLN qui soutiennent le même candidat ont tenté de nous vendre cela.Il y a eu aussi les braves représentants de Moussa Touati et Abdelaziz Belaïd qui ont mis dans un terrible embarras la pauvre animatrice qui, visiblement, ne s'y attendait pas. Mais on ne contredit pas quelqu'un qui revendique la fatalité du destin, comme on ne se prive pas de rappeler qu'on préfère l'Algérie à la démocratie !laouarisliman@gmail.com


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