
La légende de la chanson kabyle, Cherifa, n'est plus. La nouvelle est tombée hier matin. Elle est décédée durant la nuit de jeudi à Alger, à l'âge de 86 ans, après plus d'une année de lutte contre la maladie. C'est un monument de la culture algérienne qui s'en va. Ses chansons ont marqué plusieurs générations. Cherifa, ou Na Cherifa comme aimaient l'appeler ses inconditionnels, a consacré toute sa vie à la chanson. Un parcours artistique atypique, mais plein d'aléas.C'est à l'âge de 14 ans, en 1940, que la voix de la petite Cherifa a retenti pour la première fois sur les ondes de la radio. Depuis, elle n'a pas cessé de chanter.Une époque où il était très difficile, même pour un homme, de chanter. Mais l'amour de Na Cherifa pour la musique a dépassé toutes les entraves.De son vrai nom Ouardia Bouchemlel, Cherifa est née le 9 janvier 1926 au village Aït Yala, commune d'Ilmayen, dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, à l'est de la Kabylie. Abka aâla khir aya Aqvou, Ayazarzour et Aya zaouaou? sont des titres qui ont bercé plusieurs générations.Cherifa a excellé dans plusieurs rythmes de musique kabyle, comme achouiq, urar, chaâbi, chants religieux et même d'animation. Aguerrie par la misère, à l'image de tous les artistes de son époque, Cherifa reste l'une des voix les plus écoutées en Algérie.Les souffrances ont été une source d'inspiration pour elle. Ceux qui l'ont côtoyée de près gardent d'elle le souvenir d'une femme digne et respectueuse. «J'ai commencé à chanter toute seule dès l'âge de 6 ans, au début des années 1930 et en cachette bien sûr.J'ai passé mon enfance à garder des chèvres et des moutons. C'était pour moi le moment idéal pour chanter au bord de la rivière. J'adorais les échos de ma voix qui retentissaient en pleine nature. On dirait que j'étais toujours accompagnée d'un ange.C'est à partir de là que j'ai su que j'étais née pour chanter», avait déclaré Cherifa lors d'une émission consacrée à sa longue carrière par Berbère Télévision. Après l'indépendance, et pour des raisons politiques, Cherifa a été interdite à la télévision et à la Radio algériennes, mais elle n'a pas baissé les bras. Cette interdiction, qui frappait beaucoup d'autres chanteurs algériens à l'époque, n'a altéré en rien sa volonté de s'épanouir dans le domaine de la chanson. Elle a percé encore et s'est imposée sur la scène artistique. Après 1980, elle a été autorisée une nouvelle fois à s'exprimer sur les ondes de la Radio algérienne.Cherifa anima alors une des meilleures émissions radiophoniques de la radio kabyle jusqu'à 1997. «Nouva El Khalat» ou «Au tour des jeunes filles» était le titre de son émission hebdomadaire.Rares étaient les jeunes filles et les familles kabyles qui la rataient. Na Cherifa sera enterrée dans sa ville natale aujourd'hui, selon des membres de sa famille. Avant de mourir, elle a regretté une seule chose :que personne n'ait cherché après elle? L'oubli est hélas le sort réservé à nombre de chanteurs algériens.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A I
Source : www.letempsdz.com