A l'abri des regards, comme retirées du monde où ne passe nulle route,abandonnées par leurs habitants lors de la décennie noire, les vastes terresverdoyantes de Kef Bouaïcha, M'lied, Bounefa et Trelli qui s'étendent sur 197km², soit presque 20.000 ha, à l'extrême ouest du chef-lieu de wilayad'El-Tarf, dans la commune de Chihani, vivent depuis trois ans, au rythme duretour de nombreuses familles encouragées par les mesures prises par l'Etat.Elles s'adonnent à différentes activités culturales telles les culturesvivrières, le maraîchage, l'arboriculture, le vignoble, les céréales, l'élevagebovin avec un cheptel estimé à 4.000 têtes. Lors d'une virée effectuée lundipassé, en compagnie du maire de Chihani, nous sommes allés à la rencontre deces téméraires de la montagne où s'enchevêtrent une multitude de bassescollines vertes sur lesquelles ont été érigées des bâtisses dans le cadre dulogement rural, distantes de quelques centaines de mètres les unes des autres.Kef Bouaïcha était notre première étape après un détour de 10 km en passant parDréan puis Sidi Djemil à Besbès car le pont suspendu datant de 1898, de 5 ansenviron plus vieux que celui de Sidi Rached à Constantine, du même architectefrançais Arnodin, est défectueux. Les études effectuées par des Italiens et lestravaux en cours par une entreprise algérienne auront coûté 23 milliards decentimes. La réception est prévue pour le mois d'août prochain et permettrad'accéder directement à ces vastes terres à partir de Chihani. A Kef Bouaïcha, c'est un gendarmeen retraite que nous avons rencontré. Avec l'aide de ses enfants rompus autravail de la terre, il a pu mettre en valeur des centaines d'oliviers que lesmaquis, broussailles et herbes sauvages, avaient envahis pour redonner éclat etespace à une zone naguère impénétrable avec seulement la force des bras et desoutils simples comme la hache, la scie et autres. Cigarette au coin de la lèvreet tout content, il lancera au maire «je viens d'acheter avec facilité unetronçonneuse, ce qui me permettra d'aller plus vite». Le travail n'est pas sansrisque avec ces scorpions terrés sous les pierres, les serpents ou cette minedatant de l'époque coloniale découverte par hasard». Non loin de là, c'est Lemlieb oùles Saker sont retournés en force avec leurs familles sur des terres qu'ilsn'ont quittées que forcés, pendant la révolution et la décennie noire. Eneffet, considéré comme un haut-lieu de la Révolution, la région compte denombreux martyrs sans qu'un seul habitant n'en prononce le mot, préférant lamodestie et la simplicité qui leur sied. «Mon père a été tué là-bas». «Mononcle et trois autres habitants ont été exécutés en contrebas de cettecolline». A. Aziz, sans ambages parlera des efforts de la commune qui ne ménageaucun effort pour leur venir en aide malgré ses maigres ressources. Son frèreajoutera que l'acheminement d'une citerne d'eau leur revient à 1.000 DA. Un peuplus loin, une centaine de vaches broutaient de la luzerne sous le regard dedeux vieux maquisards. L'un d'eux nous dira qu'il doit supplier les autrespropriétaires terriens pour le laisser abreuver ses bêtes dans l'Oued Seybousesitué à un kilomètre de là. Encore l'eau qui pose un grand problème! A Bouneffa, nous nous sommesrendus chez Adjal Ramdane dont la parcelle de 20 ha, acquise dans le cadre duPPDR, est une réussite totale avec des pommiers qui commencent à donner desfruits. Mais, à quel prix! Lui, qui avait passé des nuits et des nuits sous unarbre, dans un abri de fortune, en pleine forêt parmi les sangliers et lesautres animaux sauvages. Maintenant, il a construit samaison de campagne et son verger même clôturé avec du grillage «zimmerman» etoù le treillis soudé ne résiste pas parfois aux assauts des sangliers que deuxgardiens tâchent d'éloigner sans armes, avec seulement des moyens comme lespièges. Puis, de nous montrer ce creux qui conviendrait parfaitement à uneretenue collinaire. En trois ans, il dira qu'il avait transporté presque500.000 litres d'eau en nous laissant le soin de faire le calcul. C'est en étéque le problème se pose pour irriguer et arroser les autres cultures, abreuverle cheptel et éviter aux abeilles d'aller chercher loin pour boire. Séparé parune piste, sur l'autre versant, Abdi a relevé le défi en réussissant saplantation de vignoble alors que d'autres sur les concessions de 60 ha ont dûdéchanter et abandonner à cause des frais liés à l'eau. A. Malek a dû creuser 4fosses et des relais pour acheminer l'eau de Oued Seybouse jusqu'à son champ depastèques, l'année passée, dont le poids avait atteint quelque 18 kg la pièce.Les Brinis, Saker, Ghouafria, Abdi, Dali, Bouziane, Djedaïdia, ont dû dépenserjusqu'à 20 millions de centimes pour faire de petites retenues collinaires enlouant des engins mais toutes n'ont pas tenues. Chacun à sa manière, tous ontaccompli un travail de titans à la force des bras et avec des moyens dérisoiresrien que pour l'amour de la terre. Le maire nous dira que 1,2milliard de centimes ont été affectés pour l'ouverture de pistes sur 10 km etque la région est un vivier économique de grande importance qui fait vivre descentaines de personnes qui étaient toutes au chômage. Il a précisé par ailleursque la présence de ces gens constitue un véritable rempart contre les incendiesde forêts lesquelles sont fréquentées par une multitude d'oiseaux et de cerfsde Barbarie. Le secteur des forêts présent ne cesse d'apporter aide etassistance et à un degré moindre celui de l'agriculture mais «le grand absentest celui de l'hydraulique qui est au fait de la situation mais qui n'a rienfait encore», dira le maire. Car tant d'efforts et de sacrifices risquent dedisparaître au cas où de petites retenues collinaires ne voient pas le jour.Pour l'électricité, les services de la DMI doivent d'abord faire des sortiessur le terrain pour constater de visu la situation. Enfin, la région trèsprometteuse en tous points de vue mérite tous les encouragements.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : A Ouelâa
Source : www.lequotidien-oran.com