
Il ne suffit pas d'héler un taxi pour qu'il s'arrête. Il ne suffit pas non plus d'y prendre place pour être sûr d'arriver à destination.Elle quitte le trottoir et avance hésitante en levant le bras. Comme pour se montrer plus persuasive. La remarquant, un taxi met son clignotant et se dirige vers elle. Il ralentit. Mais pas assez. Il la dépasse. La dame, la trentaine bien entamée, court pour le rejoindre.- Ben Aknoun SVP, demande-t-elle d'une voix presque suppliante.- Machi triki (Ce n'est pas sur mon chemin), je vais à la Grande Poste, répond le chauffeur avant de reprendre sa route sans sourciller.Sa voiture était pourtant vide et la règle est claire : un taxi qui n'a pas de client à bord n'a pas le droit de refuser de transporter une personne, quelle que soit sa destination. Mais les taxis à Alger, tout autant que dans les autres villes du pays, font leur loi. Qu'ils soient collectifs ou individuels, ils limitent généralement leurs déplacements aux grandes artères. Il ne suffit pas d'héler un taxi pour qu'il s'arrête.Il ne suffit pas d'y prendre place pour être sûr d'arriver à destination. La dame devra attendre un autre taxi, puis encore un autre, peut-être un troisième, un quatrième, jusqu'à tomber sur un chauffeur qui voudra bien l'emmener où elle veut. Une véritable galère. «C'est un véritable problème à Alger. Pour qu'un taxi accepte de vous emmener là où vous voulez, il faut doubler voire tripler le montant de la course pour qu'il accepte ; ce n'est pas normal», se plaint un Algérois assis sur la banquette arrière d'une R-19 bleue, qui sillonne le centre-ville, celle de Mohamed, 69 ans, chauffeur de taxi à Alger depuis plus de 25 ans. Il fait partie des 14 000 taxis qui sillonnent la capitale à longueur de journée.Satanés embouteillages !«C'est difficile pour nous», explique Mohamed. «Nous sommes en plein centre-ville, vous ne pouvez pas me demander de vous emmener maintenant à Bouzaréah, ça ne m'arrange pas de subir deux heures d'embouteillage pour 80 dinars», ajoute-t-il. D'après Mohamed, le fait que les chauffeurs de taxi d'Alger optent pour des lignes courtes et précises n'est qu'une conséquence.«Le problème, ce sont les embouteillages ! Je ne peux pas vous emmener où vous voulez ! Traverser la ville et aller dans les quartiers les plus inaccessibles parce que ça vous coûtera trop cher», insiste-t-il encore.Et pourtant, d'autres le font ! A Alger, les taxis clandestins sont parfois décriés par ceux à qui ils font concurrence. Souvent adorés par ceux qu'ils dépannent. Ils attendent sur des aires de stationnement spécifiques.Ils font tout pour se faire reconnaître, mais tout en restant paradoxalement discrets ? de peur des contrôles de police. Ils peuvent vous accoster en pleine rue pour vous proposer leurs services, ou mieux travaillent par appels, en comptant sur «le téléphone arabe». Leurs numéros se transmettent parfois entre amis.Leurs noms circulent de réseau en réseau. Ils n'ont pas de voiture jaune, aucun dispositif lumineux à l'extérieur, et encore moins de compteur à bord, mais une clientèle en or. Leur point fort : vous emmener exactement où vous voulez. «C'est de la concurrence déloyale. Parce qu'ils ne payent pas d'impôts. Et nous volent nos clients», lâche Mohamed, qui après 25 ans de métier supporte de plus en plus mal ce phénomène qui se généralise. Il ne comprend pas pourquoi les clients se plaignent souvent de la cherté des courses en taxi, en leur concédant quelques pièces de monnaie, alors «qu'ils ne rechignent jamais avec les clandestins».«Ils montent en voiture avec de parfaits inconnus qui ne sont même pas déclarés, ils ne se rendent pas compte que leur sécurité n'est pas garantie, mais ils les payent cher et avec le sourire», dénonce encore Mohamed.Les habitués des taxis à Alger ne sont pas toujours de cet avis.«Vive les clandestins»«Ce sont souvent des pères de famille au chômage, ils essayent de boucler des fins de mois difficiles», fait remarquer le vieux confortablement assis sur la banquette arrière de la R-19 bleue. «C'est vrai, ce qui rend cette problématique très complexe» se ravise Mohamed. Omar, 45 ans, fait partie de ces chauffeurs de taxi clandestin qui vous emmènent où vous voulez à condition que vous y mettiez le prix.«Ce n'est pas de la concurrence déloyale, on n'a juste pas le choix», rétorque Omar qui est entré dans «le marché informel par dépit», assure-t-il. «Il faut être ancien moudjahid pour avoir une licence», lâche-t-il encore. «Je n'ai pas pu en avoir une, c'est compliqué de trouver quelqu'un qui accepte de te la louer, les gens se les arrachent», ajoute Omar dépité.Djamila, 30 ans, galère de taxi en taxi depuis quatre mois. «J'ai eu un retrait de permis et je suis déléguée commerciale, mon travail ce sont les déplacements, alors je n'ai d'autre choix que de mettre la main à la poche.» Mais Djamila n'a pas opté pour n'importe quels taxis. «Vive les clandestins !», lâche-t-elle. «C'est grâce à eux que je m'en sors ; certes, je paye trois à quatre fois plus cher, mais ils m'emmènent où je veux, quand je le veux, il suffit d'un coup de téléphone pour éviter la galère.» Ils seraient aussi nombreux que les taxis réguliers à exercer dans la capitale, alimentant un marché parallèle florissant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Bouredji Fella
Source : www.elwatan.com