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Ce que l'urne nous dit



Ce que l'urne nous dit
L'urne a tranché, le FLN n'est plus le seul acteur avec une majorité écrasanteCette situation entachera donc très sérieusement la crédibilité du prochain Parlement appelé pourtant à prendre des décisions économiques cruciales.De prime abord, il n'y a pas de surprise puisque les partis au pouvoir prennent les deux premières places, talonnés par les islamistes, viennent ensuite les démocrates. Mais à bien analyser, à bien regarder ces résultats, c'est un séisme underground qui vient de se produire. Le système est secoué de l'intérieur. Le FLN n'est plus le seul acteur avec une majorité écrasante. Il doit désormais composer soit avec son rival le RND ou avec d'autres formations politiques pour espérer passer ses projets. Le vieux parti saura-t-il le faire' Aura-t-il la capacité de rassembler une majorité au Parlement lui qui a échoué à garder la cohésion de ses rangs' Le vieux parti a sérieusement vacillé et il y a des raisons évidentes pour cela. Djamel Ould Abbès a entamé sa campagne électorale avec un scandale: «Une importante somme d'argent et 52 dossiers de candidats aux législatives» ont été découverts chez lui après une perquisition des services de sécurité dans son domicile à la résidence d'Etat de Club des pins. Avant même d'étouffer ce nuisible scandale, il a été entraîné dans une autre polémique, celle de son passé révolutionnaire. Complètement aspiré par ce dossier, Ould Abbès passait la majeure partie de son temps dans les meetings à apporter des preuves qu'il a été condamné à mort durant la guerre de Libération nationale au lieu de dérouler son programme de campagne.La suite on la connaît maintenant, le FLN a perdu 25% de ses sièges par rapport aux législatives de 2012.Si l'on prend Alger, on comprendra que les faiblesses du FLN se situaient en effet dans la manière avec laquelle il a mené sa campagne. Pour la première fois depuis l'ouverture démocratique, le FLN a su s'imposer à Alger avec 10 sièges. C'est parce que son candidat Sid Ahmed Ferroukhi a mené une vraie campagne de proximité et son staff a fait un travail remarquable. Mais ce n'est pas suffisant pour calmer un parti habitué à avoir la part du lion. Le FLN risque de connaître des remous dans les semaines à venir et il n'est pas exclu d'organiser même un congrès extraordinaire. Il doit agir vite, très vite au risque de mordre la poussière aux élections communales d'octobre prochain. S'il lui arrivait de perdre cette majorité, la porte sera grande ouverte à l'inconnu pour le vieux parti. Surtout que son frère ennemi, le RND s'en sort revigoré dans ces législatives. Il réalise un score record depuis 1997 avec 97 sièges. Il faute dire que cette situation était prévisible au vu de l'énergie dépensée sur le terrain par son secrétaire général. Ahmed Ouyahia qui a mouillé le burnous et son travail pédagogique a payé. Structuré, sans grands remous, Ouyahia a présenté un vrai programme politique, économique et social durant tous ses meetings de campagne... Ce parti va-t-il s'allier avec le FLN ou avec les autres formations pour constituer une majorité parlementaire' La suite des événements est passionnante et promet des rebondissements. Désormais, rien ne se fera sans le RND.L'autre enseignement à tirer de cette consultation concerne la mouvance islamiste. Ramassée à la cuillère en 2012 alors qu'elle surfait sur la vague du printemps arabe, voilà qu'elle trébuche une seconde fois en ne récoltant que 67 sièges si l'on compte dans ses rangs le TAJ qui refuse de se revendiquer du «taj» d'islamiste. L'exception algérienne vient de se confirmer encore une fois. Elle se décline comme suit: une société qui d'apparence s'islamise de plus en plus mais qui, au fond, refuse de s'aligner sur l'idéologie théocratique. Un véritable cas d'école qui doit susciter l'intérêt des chercheurs en la matière. L'Algérie est une exception si on la compare aux autres pays arabes où cette mouvance domine le Parlement comme au Maroc, en Tunisie et en Egypte. En Algérie, les islamistes ont perdu la bataille au plan militaire et viennent de subir un revers sur le terrain politique. Reste la mouvance démocratique, elle a payé le fort taux d'abstention. Le PT reçoit un coup dur avec seulement 10 sièges. Le FFS et le RCD ont échoué, y compris dans leur propre fief, en Kabylie. Pour prendre l'exemple du RCD, il n'a récolté que les voix de ses militants. Le discours développé durant la campagne n'a pas capté les autres électeurs qui, d'ailleurs,se sont abstenus. C'est ce qui explique cette bérézina.L'autre grande inconnue est constituée par les abstentionnistes. Plus de 57 partis engagés sur le terrain n'ont pas mobilisé les Algériens et les inciter à aller voter. Pourquoi cette bouderie' De quel bord politique et idéologique sont-ils' Plus de 60% des électeurs ne se sont pas exprimés. Pis encore, le nombre de bulletins nuls est effarant selon les premiers échos, même le ministre de l'Intérieur s'est abstenu d'en révéler le nombre exact. Sous cet angle de l'abstention, il faut dire que l'élection a été un échec surtout si l'on ajoute le très faible taux de participation de la communauté nationale à l'étranger. Cette situation entachera très sérieusement la crédibilité du prochain Parlement appelé pourtant à prendre des décisions économiques cruciales avec des perspectives pas très reluisantes.
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