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C'est le citoyen d'aujourd'hui et de demain Qui payera les frais des dégâts des coupures électriques '



L'événement du Ramadhan 2012, après la chaleur caniculaire et la folie inflationniste, est sans conteste la défaillance en matière d'alimentation en énergie électrique au niveau national. Les matériels électriques domestiques et industriels ont connu un mois de carême anémique. L'incapacité du réseau de la Sonelgaz à répondre à la demande nationale en énergie induisant des coupures intempestives de courant a provoqué l'ire des citoyens, déjà exténués par un mois de Ramadhan éreintant. A la soif, au manque de sommeil et aux augmentations sauvages des prix des produits de large consommation, les Algériens ont dû, par alternance (par régions et quartiers), goûter à une meïda de Ramadhan à la chandelle. Un romantisme forcé et torride qui provoqua émeutes et dégâts économiques. Le courant faible et les coupures brutales en plus d'épuiser les nerfs, endommagent le matériel branché au réseau. Et tout cela a un coût. Deux milliards de dinars pour les commerçants selon l'union générale des commerçants et artisans algériens (Ugcaa) jusqu'à la première semaine du mois d'août. Cinq milliards de DA à la fin du même mois, selon ses prévisions. Et ces chiffres restent bien en deçà de la réalité puisque l'Ugcaa, précise que son recensement ne touche que 400 commerçants sur 300 000. Et en l'absence d'enquête fiable, il est difficile d'établir un constat exhaustif des pertes. Mais qui doit prendre en charge le remboursement de ces dégâts ' En terme légal, des procédures de remboursement existent bien. L'article 91 du décret exécutif du 17 mars 2010 fixant les règles économiques pour les droits de raccordement aux réseaux d'alimentation en électricité et gaz obligent les distributeurs à élaborer des procédures pour le raccordement et d'autres pour le traitement des réclamations. Les clients ont 48h pour faire constater les dégâts et se faire rembourser par la société de distribution via son assureur, en l'occurrence pour la Sonelgaz, il s'agit de la Caat assurance. Ceci pour le côté procédurier. Mais la défaillance en alimentation électrique du Ramadhan 2012 a révélé nombre de carences plus affligeantes que la simple rupture de courant. On en relèvera essentiellement deux. La première se rapporte à la notion de citoyenneté. Les Algériens ne connaissent pas leurs droits. Déprimés par une bureaucratie rocambolesque, ils sont à des années-lumière de tout ce qui est formalités, paperasse et autres. En fait, ils vivent en marge de l'administration et lui préfèrent les méandres, de l'informel. Il n'est donc pas étonnant qu'au lendemain des polémiques nées de ces coupures d'électricité, la société de distribution d'Alger (SDA) filiale de la Sonelgaz, affirme qu'aucune plainte n'a été déposée au niveau de la wilaya d'Alger. Vivant au jour le jour, en rupture de confiance d'avec toute autorité, rares sont les Algériens, commerçants, industriels ou pas, à penser contracter une police d'assurance sans y être contraints. Partant de ce principe, ils préfèrent dans leur inconscience assumer les dégâts plutôt que de faire confiance à une boîte d'assurance. L'autre carence a trait à la misère de la gouvernance. Les coupures d'électricité de cet été ne sont que le côté visible d'une problématique générale. C'est une défaillance de gestion. Le résultat d'une absence de stratégie ou d'une politique de «réaction» à petit bras. Face à l'évolution arithmétique et indéniable de la société, de la démographie, de la technologie'il ne semble pas y avoir d'études prospectives, ni de démarches anticipatives. Dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, les gestionnaires algériens semblent parer au plus urgent en omettant de se projeter dans l'avenir aussi proche soit-il. C'est la gestion au gré des émeutes. Sans anticipation, sans projection dans l'avenir, tout devient problématique et pas seulement l'alimentation en électricité. C'est le cas pour le transport routier, le logement, l'emploi'Alors qui prendra en charge les pertes occasionnées par les coupures électriques ' Celui-là même qui assumera le retard enregistré dans l'émergence d'une économie hors hydrocarbures, les milliards de pétrodollars perdus dans l'importation massive pour la consommation quotidienne, les tergiversations dans l'entrée de plain-pied dans un système de bonne gouvernance'c'est le citoyen d'aujourd'hui et surtout de demain.
S. A.
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