«L'histoire est
une galerie de tableaux où il y a peu d'originaux et beaucoup de copies». Tocqueville
C'est bien connu,
les parlementaires en Algérie n'ont pas l'initiative des lois, ne peuvent
renvoyer ou amputer dans le fond un texte qui leur est proposé et encore moins
sanctionner un ministre ou un gouvernement par des interpellations sérieuses,
des commissions d'enquête qui vont au bout en étant médiatisées par les médias
publics.
Dans le pays, le Parlement, le gouvernement,
les médias, les citoyens savent tout ça au même titre que les décideurs
étrangers, et personne ne viendra démontrer dans les faits le contraire. De son
côté, l'opposition minoritaire à vie dans les pays arabes fait ce qu'elle peut
dans des conditions surréalistes. Si elle n'est pas estimée être à la solde de
qui vous savez, la main d'Orlac, anti-patriotique de naissance, incompétente
génétiquement (elle est née chez nous, on ne peut pas lui faire confiance, sauf
si elle est au pouvoir), elle est domiciliée dans quelques journaux privés, des
T.V. étrangères (qui sont la main de…).
C'est bien connu, les parlementaires en
Algérie, et tout le monde en a une parfaite conscience, n'étudient nullement
les textes de loi qui leur viennent d'ailleurs, ne s'intéressent pas à leur
cohérence, à leur articulation sur la réalité, à leur coût et encore moins aux
marchés publics qu'ils génèrent. Ce n'est pas leur travail ; leurs
responsabilités sont totalement dégagées dès lors que le salaire, les
privilèges, la retraite et l'alternance des déplacements à l'étranger sont
assurés. Personne ne viendra devant de vrais juristes constitutionnels
démontrer le contraire. Et l'opposition continue le travail, tout en sachant que
dans une démocratie, c'est la majorité qui impose. Ce système parfaitement
clair résume les gouvernances dans les pays arabes et dans de nombreux Etats
africains, les deux matrices actuelles de la RADP, fidèle et solidaire avec ses
jumeaux politiques.
Une fois posés, ces constats basiques et
surtout irréfutables, confortés par «l'immaturité» du peuple, «l'omniscience»
des gouvernants et la nécessaire transition estimée à une soixantaine de
décennies à partir de 2038, qu'en est-il du cinéma au Parlement et dans la
périphérie du pouvoir ? La cacophonie d'une série de textes et d'organismes qui
se réorganisent à chaque lune, l'aphasie des professionnels, des critiques, des
«experts» et «consultants» rémunérés pour adouber n'importe quoi et dire amen à
la hiérarchie, à ce qui est supposé être le bon cap, dans l'attente d'une
nomination, d'un poste, valent bien qu'une casquette soit avalée et que le
bricolage du haut soit salué avec moult génuflexions et exclamations
journalistiques béates qui reviennent avec la puissance d'un boomerang balancé
par Superman en personne.
Comme le Parlement s'intéresse aux textes sur
le cinéma en Algérie et dans le monde comme à la première dent du
vice-président de la commission X, tout passe, repasse pour trépasser dans les
pages du J.O. sans que les branches constitutives d'une industrie du film ou
d'une production audiovisuelle ne voient le jour. A quelques jours de la fin de
l'année, des esprits blagueurs nous parlent d'une éventuelle et future grille
des programmes ENTV ! A la fin de décembre ! Dans le J.O. daté du 25 août 2004,
le Centre de diffusion cinématographique (C.D.C.) est réorganisé et change de
dénomination. Il devient le Centre national de la cinématographie et de
l'audiovisuel (C.N.C.A.). Cet organisme a un conseil d'orientation dans lequel,
allez savoir pourquoi, siègent des représentants de la Défense nationale, des
moudjahidine, de l'O.N.C.I. Ce qui n'interpelle ni des «experts» maison ni des
parlementaires, tant ces présences sont incongrues dans un art de libertés,
d'audaces formelles, de contestations, etc. Mais comme il y a un moule
politico-administratif depuis 1962, pourquoi innover ? Donc le C.N.C.A., selon
le J.O. cité, a de larges et de nombreuses missions et prérogatives dans la
réglementation, l'économie du cinéma, de l'audiovisuel et du multimédia, la
promotion, la diffusion, le patrimoine et les archives. Il a un budget, des
recettes, des subventions de l'Etat, un D.G. «décrétable», etc. Il est un
mélange d'une major de Hollywood, du C.N.C. français, de l'ONDA, puisqu'il doit
«récupérer et gérer les droits des films cinématographiques de court ou long
métrages sur tous supports ou genres, y compris les archives filmées, produits
ou co-produits par l'Etat». Depuis 2004 donc, ni la profession, ni le Parlement
et encore moins les «experts» n'ont suivi le travail, donc la production de ce
centre qui transforme l'Etat en producteur et coproducteur. Ce ne sont pas des
entreprises qui créent des produits, mais l'administration dans notre beau pays
!
Dans le J.O. daté du 11 septembre 2005, il
est rajouté une liste «des activités, travaux et prestations pouvant être
effectués par le C.N.C.A». On y trouve pêle-mêle des «trucs» dignes de petites
PME/PMI de petits pays en matière de cinéma. Personne dans la profession, au
Parlement, au gouvernement, parmi les «experts» et «consultants», n'est choqué
de voir une institution censée être le nec plus ultra du cinéma s'adonner à la
«location de matériel technique», d'accessoires», de «scénographie», à la
«location de copies» (sic !)», du matériel d'éclairage… Ce centre peut aussi
réaliser des «études, des publications, revues et ouvrages». Il peut prester
des «salles de cinéma, des studios et laboratoires». Il peut faire de…»la
synchronisation» du traitement de films dans le laboratoire (c'est
textuellement dans le J.O,), «du montage des films et vidéos». Il vaut mieux
arrêter là la liste des aberrations fourre-tout cautionnées jusqu'à leur
publication dans la mémoire du pays.
Dans le J.O. du 9 octobre 2005, le même CNCA,
dont personne n'entend parler à ce jour, est une fois encore réorganisé dans
son «organisation interne». Celle-ci reprend des missions fixées un mois
auparavant, avec des directions, des départements, «des finances, de la
comptabilité», de «moyens fixes et mobiles», de législation, de répression des
infractions «à la réglementation» en vue de «leur poursuite par l'autorité
compétente» (sic). Il étudie «des projets d'accords internationaux de
coproduction en vue de les soumettre à la décision du ministère de tutelle». Il
ne reste plus aux «experts» au Parlement, aux professionnels nationaux et
étrangers, qu'à lire les publications et ouvrages édités par le CNCA, mesurer
le chemin parcouru, la liste annuelle des productions, coproductions, des
prestations fournies, le montant de leurs revenus, les recettes des salles et
enfin s'alimenter l'esprit avec les études payantes fournies par le C.N.C.A.
Mais avant d'évaluer le travail du C.N.C.A. et les progrès qu'il fait faire aux
secteurs, voilà que tombe un O.C.N.I. (objet-cinématographique-non-identifié),
qui ressemble comme une copie au C.NC.A. Le J.O. du 3 octobre 2010 annonce la
création du Centre algérien du développement du cinéma (C.A.D.C.), en même
temps que la modification de l'article 4 du décret du 23 août 2004. Le
nouveau-né a les mêmes missions, la même organisation (conseil d'administration
avec les incontournables ministères de la Défense nationale, des moudjahidine
et un représentant du… C.N.C.A.
Le pays a donc plusieurs bureaucraties pour
faire pleuvoir des films comme neige à Moscou. Vivement que le Président signe
des décrets pour que s'arrête enfin l'inflation d'organismes identiques, de
budgets d'organigrammes, pour qu'enfin des «centres» deviennent réputés
commerçants et louent des lampes, des laboratoires, des décors, du matériel
technique du niveau d'Avatar, des copies, etc. Et si des «experts» de Miami ou
des «consultants» d'ailleurs le veulent, dans le journal de leur choix, qu'ils
expliquent les différences entre ces organismes et surtout la logique qui fera
de l'administration Le producteur, Le distributeur, L'exploitant, Le technicien
du film, Le censeur, Le scénariste, etc.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com