Alger - A la une

Bon sang ne saurait mentir



À l'inverse de la doctrine européocentriste et ses promoteurs: « l'Algérie, une nation en formation », la mise au net est venue de Mostefa Lacheraf, homme politique, leader nationaliste de la guerre de Libération nationale, dans son ouvrage L'Algérie nation et société. L'écrivain qu'il était aussi y fait une démonstration socio-historique de l'existence d'une nation qu'il ne faut pas assimiler aux critères des nations européennes, produit du Siècle des Lumières et de la révolution industrielle. Cette civilisation, en pleine ascension, nourrie au sein de l'Eglise chrétienne, déconsidérait totalement les autres cultures, les autres sociétés à structures traditionnelles, dites aussi archaïques, voire barbares. Elle leur passera dessus comme un rouleau compresseur, le glaive et la croix faisant force de loi. Malheur à celui qui osera contester le nouvel ordre instauré dans le sang. La négation de l'existence de nations structurées différentes de leur propre modèle est partout la règle. Une sorte de légitimation de l'entreprise de colonisation, d'esclavage et de pillage des richesses comme moteur. S'ensuivent d'incessants soulèvements populaires, des luttes armées qui allaient, bien que des décennies après, démontrer la fatuité du rêve colonial qui aura tout de même vécu plus de cinq siècles dans le cas du Portugal ou de l'Espagne. Le bilan négatif à l'extrême de leur passage a pour interface des dommages moraux irréversibles. Il n'est pas faux de dire que les peuples coloniaux étaient particulièrement objet d'infantilisation qui survivra même au départ forcé des maîtres autoproclamés.Au demeurant, les élites formées par leurs soins allaient continuer cette funeste entreprise de déculturation en tenant leurs concitoyens loin des affaires qui les concernent directement ou pas, par la mise en place d'un système autocratique. La revendication de l'authenticité ou du retour aux sources, nouvelle doctrine très répandue en Afrique, aura provoqué des destructions irréparables du fait de son incohérence. Tant et si bien que pour reconnaître un dictateur, il suffit de se référer à ses discours sur le sujet. Fort heureusement, la formule aura vécu. Toutefois, de nouveaux défis s'imposent aux nations émergentes désireuses de s'affranchir de toute tutelle étrangère et de vivre librement leur identité et leur libre arbitre.
De nombreuses crises viennent justement de cette soif de liberté à laquelle s'opposent violemment les maîtres d'hier sous divers prétextes sous le couvert justement de démocratie, droits de l'Homme, de libération de la femme. Nous n'irons pas jusqu'à dire que cela n'est rien d'autre qu'un faux, usage de faux, mais les arrière-pensées qui motivent tout le bruit fait autour sont en eux-mêmes révélateurs des vraies motivations. Oui, le néo-colonialisme n'est pas une vue de l'esprit. Les maîtres d'hier continuent encore à subjuguer les pays fragiles pour les soumettre.
L'environnement de l'Algérie est un cas d'espèce où les ingérences étrangères sont un sport auquel s'adonnent, à grand renfort de publicité, des nations extra-africaines. La situation se corse davantage dès lors qu'il s'agit d'intérêts géostratégiques à préserver. Des dirigeants de pays d'Afrique se voient flanqués, dans leur cercle immédiat, d'un préposé aux affaires françaises par exemple car, pour la France, c'est la tradition. C'était manifeste au Tchad, suite au coup d'Etat. Nous n'omettrons pas aussi le pourrissement entretenu en Libye, au Mali et les menaces permanentes sur le Burkina Faso, la Guinée et le Sahara Occidental. De véritables bombes à retardement. Tout résistant est alors passible de sévères sanctions. À ce propos, le bras de fer Alger-Paris dans la région sahélo-saharienne et en Libye donne un aperçu de la fin d'une époque à laquelle s'accrochent encore les messieurs de la coloniale. Les dirigeants français ratent un rendez-vous de l'Histoire, faisant perpétuer un ordre et rendant plus velléitaires ses ex-colonies (l'Algérie) voulant en faire un sous-traitant, oubliant du coup que le lion n'a plus ses dents.
Brahim Taouchichet
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