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Bilan triennal : les ajustements sociaux ont-ils freiné la croissance '



Bilan triennal : les ajustements sociaux ont-ils freiné la croissance '
Les ajustements sociaux opérés par les pouvoirs publics ont-ils freiné la trajectoire de croissance, quand bien même les taux de croissance hors hydrocarbures de ces trois dernières années ont été supérieurs à 5% ' Des réponses controversées ont été apportées à l'occasion des débats sur le bilan économique et social de la nation ouverts en marge de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance. J'observe que ces ajustements se sont singulièrement accélérés ces trois dernières années. Aussi dans ce champ daté, il serait intéressant d'en analyser trois lignes de force qui me paraissent essentielles : l'origine et la nature de ces ajustements, leur poids financier et budgétaire et leur impact sur la sphère économique et social y compris leur effet éventuel d'éviction. Nous verrons que cette démarche offrira une bonne grille de lecture non seulement du bilan économique triennal mais aussi des perspectives économiques et sociales de moyen terme.
L'idée généralement admise ,dans certains milieux socio professionnels et politiques en Algérie, est que les transferts sociaux, les augmentations de salaires et les politiques sociales ont non seulement freiné la trajectoire de croissance mais consolident durablement la nature rentière du système économique. D'autres, ici et ailleurs, disent même que, ce faisant, « l'on achète la paix sociale ». Paradoxalement certaines institutions internationales, libérales par vocation, sont, à présent, plus nuancées sur cette question.
Ainsi tirant les enseignements sur les changements survenus en Tunisie, le précédent directeur général du FMI déclarait voir recadrer les processus de réformes économiques dans la région en indiquant que ces derniers n'ont de sens et de durabilité que s'il prenait en charge la demande sociale. Force est de constater que cela n'avait pas été le cas.
Dans le même ordre d'idées, Joël Toujas Bernarté, responsable du FMI pour la région relevait, dans l'édition du 26 janvier 2011 du bulletin en ligne de la même institution, trois éléments de bilan de l'économie algérienne généralement admis. D'abord il identifie le chômage comme la menace majeure pour la cohésion sociale constatant qu'en Algérie « malgré quelques progrès, le chômage reste élevé, surtout chez les jeunes ». Il poursuit en disant « que les récents investissements dans les infrastructures et de l'éducation sont un pas positif ». Il met enfin l'accent sur la contrainte récurrente de l'économie algérienne en soulignant que « le pays doit faire plus pour améliorer le climat des affaires et créer des emplois ». Dix mois après en octobre 2011, lors de la présentation à Alger des résultats des consultations avec les autorités algériennes au titre de l'article 4 du FMI, il confirme qu' « à moyen terme les perspectives économiques restent favorables, à condition que des réformes ambitieuses soient poursuivies ». Il met cependant un bémol en soulignant que « ces perspectives sont, cependant, soumises à certains risques : d'une part, la détérioration de l'environnement économique international pourrait entraîner une baisse prolongée du prix du pétrole qui dégraderait fortement les équilibres budgétaires, dune part ; d'autre part, avec la maturation du programme des investissements publics, le secteur privé devra être en mesure de prendre le relais comme moteur de la croissance de l'activité hors hydrocarbures».
Partant de la même analyse et sous la pression de l'élargissement de la contestation sociale, (sept cent mouvements sociaux par mois pour le premier trimestre 2011) les pouvoirs publics ont donné la priorité au traitement des besoins sociaux. C'est ainsi que 1.090. 435 emplois « aidés » (travaux d'utilité publique à haute intensité de main d'oeuvre, dispositif d'aide à l'insertion professionnelle, ANSEJ, ANGEM etc.) ont été crées le premier semestre 2011 selon les services du Premier ministère. La liste de soutien aux produits à large consommation a été reconduite et élargie et la construction de logements sociaux accélérée.
Ces instruments de régulation sociale, budgétaires pour l'essentiel, auraient dû contenir des contre mesures à l'effet d'en contrecarrer les conséquences négatives. Parmi ces contre mesures , la plus importante est sans doute la mise en place d'un dialogue social permanent et exhaustif entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics mais élargi aux autres segments sociaux telle que la jeunesse. C'est dans cet espace de concertation que devraient être traités les sujets qui fâchent. Illustrons à ce propos quelques divergences à redresser rapidement.
La faible tarification actuelle de l'énergie et d'autres produits de large consommation qui conduit au gaspillage et aux fuites aux frontières ne saurait rester sans correctif. La mauvaise préparation et le manque d'accompagnement du jeune investisseur qui sont à l'origine de l'accumulation de créances non performantes et finalement au non remboursement de prêts consentis sont à reprendre sérieusement. Le soutien à l'agriculture s'il ne s'accompagne par une maîtrise des prix à la consommation, à l'image de celui de la pomme de terre, pose le problème de la finalité de ce soutien. Ajoutons que si le programme des énergies renouvelables lancé en 2011 et ceux de la réalisation de infrastructures et la construction de logements ne s'appuient pas, de façon significative, sur les entreprises et les facteurs de production locaux, l'économie algérienne perdra des points de croissance au profit du reste du monde. De façon plus générale, la question de l'efficacité et de la pertinence de la dépense publique est posée si l'investissement public massif (286milliards de dollars pour le plan quinquennal 2010-2014) ne produit pas d'effet sur le développement local en termes de génération d'activités et de développement des élites entrepreneuriales privées. Car les dotations budgétaires d'aujourd'hui qui ne produisent pas d'effet d'entraînement dans la sphère réelle et le capital humain constitueront inévitablement les dettes de demain. Pour terminer, d'autres reculs importants sont perceptibles dans l'élargissement de la sphère informelle, l'inorganisation des marchés et son corollaire la faible bancarisation et le manque de traçabilité des activités et des opérations commerciales. Les compromis inévitables du début de l'année 2011 en matière d'obligation de payer par chèque pour toute opération commerciale supérieure çà 500 000 DA et de s'acquitter de la TVA produisent des conséquences négatives qu'il faudra bien réduire.
Finalement pour conclure, l'intérêt de tout bilan est de repérer les mesures d'ajustement à opérer. Pour cette fois nous sommes bien servis. Les uns comme les autres.
M. M.
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