Parfois, on tient ses comptes : on consigne alors soigneusement sur un petit cahier chaque sou dépensé pour savoir où filait la paye. On échafaude des projets comme celui d'économiser 20% sur tous les achats, sachant que, si l'on faisait cela toute l'année, cela équivaudrait à une augmentation de salaire de 20%. Ce qui nous ouvre la voie pour de modestes vacances d'été en Tunisie ! Par exemple, on remplace deux fois par semaine la viande par du poisson, et l'on choisit non pas des filets, mais des petits merlans argentés ou de la sardine bas de gamme, qui coûteraient deux fois moins cher. Dans le jargon populaire, il y a des expressions comme «jeter son argent par les fenêtres», «l'argent lui file entre les mains», ou encore «c'est un panier percé», ce qui signifie que la personne en question est trop dépensière, voire un peu inconsciente. Savoir gérer son budget, c'est plus qu'un art, c'est même de la sagesse. «C'est un garçon sérieux et économe», disaient autrefois les parents pour approuver le choix de leur futur gendre. Et c'est un fait, en ces temps-là, d'avoir l'air économe. Le cheveu tiré, l'allure nette et propre, on pouvait se permettre d'avoir un stoppage à son pantalon, sans passer pour un clochard. C'est plutôt chic d'avoir une veste en cuir un peu élimée, au bas des manches et de bonnes chaussures ressemelées pour la troisième fois. Des gens comme cela, il en reste peu par les temps qui courent.Sortant cet été avec des amis dans un restaurant chic à Alger, nous nous régalâmes des plats aussi variés que délicieux que l'on nous avait servis. Notre liesse de fins gourmets se poursuivait jusqu'au moment où il fallait régler les consommations : une somme astronomique comparée à celle que nous avions payée dans le même endroit trois ans auparavant.
Chacun s'apprêtait à masquer sa surprise derrière un sourire un peu gêné, quand l'un de mes amis, connu pour son humour, oserait émettre un sifflement évocateur : «la patate welate ghalia ya el-khawa!» (ça fait cher la patate ici, mes frères !), dit-il au garçon ébahi. Et à chacun de rire, soulagé de voir qu'il n'était pas le seul, à trouver la note salée et que quelqu'un oserait le faire remarquer. Mais ce genre de réactions aux prix élevés est rare. En témoigne cette petite anecdote d'une quinquagénaire algéroise : «je vois en vitrine l'ensemble en tricot de mes rêves ; j'entre et demande gentiment le prix : 3. 200 dinars, répond la vendeuse, ce que je trouve raisonnable. Je fais trois courses en ville, le temps de me décider, et reviens dans la boutique. C'est seulement alors que je m'apprêtais à payer que la jeune vendeuse m'annonça d'un ton mitigé : «A propos, je me suis trompée : 3. 200 dinars, c'est la jupe seulement ; avec le chemisier, 4.800 dinars». Quand je lui ai dit qu'à ce prix-là, je ne les prenais pas, elle m'a regardée, bouche bée : «Mais, Madame, puisqu'ils vous plaisent, c'est ça qui compte : nos plaisirs n'ont pas de prix !»
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamal Guerroua
Source : www.lequotidien-oran.com