L'année 2019 aura été fatale pour les velléités industrielles dans le domaine automobile de l'ancien régime emporté par la lame de fond du Hirak. Une démarche alambiquée aux desseins non avoués, aux antipodes d'une stratégie mûrement réfléchie et qui n'a cessé d'être décriée en profondeur, aussi bien par les économistes et les experts que par les citoyens.«Gonflage des pneus», «importations déguisées», «détournement des deniers publics», «enrichissement illicite»? autant de qualificatifs qui décrivent une démarche biaisée dès ses débuts par des textes réglementaires élaborés à la hussarde, sans consultations au préalable et une véritable OPA effectuée par l'ancien ministre de l'Industrie, Bouchouareb, en redistribuant, à sa convenance, les marques en présence à de nouveaux opérateurs triés sur le volet.
Les indices d'une faillite inéluctable
Quatre années après, les résultats sont bien loin des objectifs annoncés. Une facture en devises de plus en plus lourde pour le Trésor public, absence totale d'intégration locale, exception faite de l'usine Renault, des prix de vente des véhicules «made in Algeria» en hausse vertigineuse par rapport aux mêmes modèles importés précédemment, une qualité médiocre du service après-vente et une disponibilité aléatoire des pièces de rechange? Autant dire que cette pseudo-politique de développement d'une industrie mécanique en Algérie disposait intrinsèquement de ses propres indices d'une faillite inéluctable.
Première mesure décidée en urgence par le gouvernement post-Hirak, c'était l'imposition pour 2019 d'enveloppes financières plafonnées pour chaque marque, afin de juguler un tant soit peu la saignée. Ainsi, Renault se voyait attribuer le montant de 660 millions de dollars, Sovac, représentant du groupe Volkswagen 600 millions, Glovis pour KIA 380 millions et Tahkout pour Hyundai, 360 millions de dollars. Les restrictions ont concerné également le nombre de modèles produits par chaque marque et qui doivent être conformes aux autorisations accordées par le Conseil national de l'investissement (CNI), ainsi que les cylindrées des motorisations. Globalement, un montant total de près de 2 milliards de dollars a été de ce fait consacré à cette activité pour l'exercice 2019.
De graves préjudices au Trésor public
La réaction des opérateurs ne s'était pas fait attendre. Entre «stupéfaction et désolation», certains estimaient que cette décision «aura de lourdes répercussions sur les investissements déjà réalisés et sur ceux à venir». Mais ils étaient loin de se douter que ce n'était que le début d'un long processus de remise en cause et de vérification entrepris par les services de sécurité et confirmé par la justice, et qui a vite abouti à l'incarcération des patrons de cinq groupes ayant des projets d'assemblage de véhicules, en l'occurrence Tahkout, Sovac, Mazouz, Gloviz et Ival. Des condamnations ont été prononcées en première instance à l'encontre des trois derniers et d'autres procès sont attendus pour les deux autres, dès le début de l'année prochaine.
Les procès retransmis en direct sur les chaînes de télévision privées ont levé le voile sur de graves préjudices causés au Trésor public, estimés à 110 milliards de dinars.
De son côté, et au lendemain de son investiture à la magistrature suprême, le nouveau président de la République a effectué sa première sortie officielle à la Foire de la production algérienne où il a décliné les grandes lignes de sa refonte des différents pans de l'économie nationale. L'industrie automobile y a fait l'objet de déclarations significatives de sa vision de développement de ce secteur.
Pour lui, la priorité, c'est de créer un tissu de sous-traitance, seule condition d'accès à une véritable industrie automobile créatrice de richesses et d'emplois. Par hasard de calendrier, ces évènements majeurs et déterminants pour cette activité interviennent à la clôture de l'exercice 2019 et à la veille de la nomination d'un nouveau staff gouvernemental.
Que l'année 2020 soit porteuse de signes positifs pour une relance de cette activité et une disponibilité de véhicules à des prix raisonnables au plus grand bien du citoyen.
B. Bellil
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Belkacem Bellil
Source : www.lesoirdalgerie.com